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Propos sexistes envers les Belgian Cats : plus qu’un "dérapage", un phénomène de société

Propos sexistes envers les Belgian Cats : plus qu’un "dérapage", un phénomène de société
08 août 2021 à 17:493 min
Par Kamel Azzouz avec Anthony Roberfroid

Ce sont des déclarations sexistes qui ont choqué tant au nord qu’au sud du pays. Alors qu’il pensait être hors antenne, Eddy Demarez, journaliste sportif de la VRT, a tenu des propos injurieux et homophobes à l’encontre des Belgian Cats lors d’un Facebook Live de Sporza.

Sur les réseaux sociaux, tout comme dans le monde sportif et politique, les réactions n’ont pas tardé à fuser pour condamner les dires du journaliste. Les Belgian Cats ont réagi samedi avec colère. Sur Twitter, la capitaine de l’équipe Ann Wauters, choquée, a qualifié cet incident de "totalement inacceptable" et "répugnant".

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Au sein du gouvernement flamand, le ministre des médias Benjamin Dalle (CD&V) a déclaré sur Twitter que "ces propos homophobes et offensants n’ont pas leur place sur les réseaux sociaux."

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Très vite la VRT s’est distanciée de son journaliste. Celui-ci a été suspendu et ne commentera plus les programmes. Des réunions avec sa direction ont été prévues.

De son côté, le Comité olympique et interfédéral belge (COIB) a pris acte de ses déclarations en précisant dans un communiqué qu’elles "ne sont clairement pas en accord avec les valeurs du COIB, de l’équipe belge et du mouvement olympique".

Force est de constater que, dans le monde du sport comme dans la société, ces stéréotypes sont encore bien présents.

Un monde construit par les hommes, pour les hommes

Plus que jamais, les femmes sont aujourd’hui davantage présentes dans le sport de haut niveau et à la télévision. Pourtant, en 2021, il n’est pas rare d’entendre encore des commentaires sexistes.

Un constat qui n’étonne pas Natacha Lapeyroux, doctorante en Sociologie des médias et du sport à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris III : "Historiquement, le monde du sport était construit par les hommes, pour les hommes. Il a été commenté par des hommes et est toujours majoritairement commenté par des hommes. Il y a cette idée que chez les hommes, notamment dans les sports collectifs, l’homosociabilité (c’est-à-dire le fait de se retrouver entre hommes, ndlr.) favorise l’acquisition de certaines compétences comme la virilité, la force, le goût de la compétition…".


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Pour la sociologue, cette conception est toujours d’actualité au sein de notre société. Au travers de ses thèses, elle a démontré que la société masculinise les femmes qui pratiquent des sports historiquement dits 'masculins', même au plus haut niveau : "Pour certains, le fait que les femmes fassent du sport laisse penser que ça les détournerait de la maternité, de la famille et que ça les viriliserait. Elles seraient alors détournées de l’hétérosexualité et ça les orienterait vers des relations sexuelles lesbiennes. Ces conceptions, ces préjugés sont bien évidemment très stéréotypés mais ils existent toujours."

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Des solutions pour déconstruire ces stéréotypes

Pour Natacha Lapeyroux, il est possible de déconstruire ces clichés au travers de l’enseignement : "Il faudrait qu’il y ait des formations sur ces questions-là dans les écoles de sports et de journalisme. On a tous été élevés d’une certaine manière, on a tous des stéréotypes qui sont ancrés en nous. C’est important de les déconstruire et qu’il y ait des spécialistes qui en parlent."

La sociologue souligne également l’importance de mettre en avant des sportives et des sportifs qui pratiquent un sport qui, historiquement, n’est pas associé à leur genre : "Il faudrait montrer de plus en plus des femmes investies dans certains sports dans les médias. Mais il faudrait aussi montrer des hommes investis dans des sports dits 'historiquement féminins'. Cela permettrait de faire évoluer les représentations."


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Une manière donc de briser les préjugés sur le "genre" de certains sports. Et l’aide des fédérations aura son importance : "Rien que montrer ou donner la parole à un homme qui fait de la danse classique ou une femme qui pratique du football, ça aide à se dire 'je peux pratiquer ce sport'. Il faut aussi que les fédérations mettent en place une campagne de communication pour promouvoir ces disciplines auprès de ces publics avec un discours qui les valorise, qui les mette en avant et qui les incite à pratiquer ces sports."

Dans un communiqué commun, la fédération belge de basket ainsi que les Belgian Cats ont demandé la démission du journaliste.

Extrait de notre journal de la mi-journée :

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