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Propagande: le groupe terroriste État islamique joue sur tous les tableaux

Propagande: le groupe terroriste État islamique joue sur tous les tableaux
06 janv. 2015 à 14:32 - mise à jour 06 janv. 2015 à 17:512 min
Par Rachel Crivellaro

Cela ressemble à un film touristique. Une homme - sourire aux lèvres - déambule paisiblement dans les rues de Mossoul, la ville irakienne tombée aux mains des djihadistes en juin dernier. Sauf que, derrière la caméra, le metteur en scène c'est l’État islamique (EI). Et devant la caméra : l'otage britannique John Cantlie. Le photographe indépendant, capturé en 2012 avec le journaliste américain James Foley, a déjà été utilisé par l'EI dans ses vidéos de propagande, notamment dans la ville syrienne de Kobané. Cette fois-ci, c'est presque la douceur de vivre à Mossoul qu'il est chargé de vanter. "Ici, ce n'est pas une ville qui vit dans la terreur, comme les médias occidentaux tentent de vous faire croire. C'est juste une ville normale qui où la vie suit son train-train quotidien", affirme-t-il dans la vidéo.

Malgré le ton enjoué, John Cantlie s'exprime sans doute sous la contrainte. Comme c'est le cas dans toutes les productions vidéos de l'EI. Mais cette fois, la mise en scène a clairement changé. Pas de combinaison rappelant celle des prisonniers de Guantanamo, pas de décapitation et autres simulacres d'exécutions, comme dans les vidéos auxquelles l'EI nous avaient habitué. Les djihadistes changent de registre. Probablement parce qu'ici ils s'adressent à un autre public.

"Ils jouent sur plusieurs tableaux. Ici, il s'agit de démontrer que la vie quotidienne continue normalement dans les villes contrôlée par l'EI. Le message s'adresse surtout à ceux qui bombardent leurs positions. C'est une manière de démontrer que Daech n'est pas atteint par les attaques", explique Olivier Leroy, chercheur à l’École royale militaire. "C'est différent des vidéos sur les exécutions.  Outre d'entretenir un climat de terreur, elles ont aussi pour but de galvaniser les troupes et les nouvelles recrues. Là c'est une communication plus à usage interne".

Le nerf de la guerre

Ce nouveau virage dans la propagande de l'EI est probablement à comprendre à l'aune des récentes frappes aériennes. Des frappes qui ont profondément entamé les capacités financières de l'EI, qui tire principalement ses revenus de la contrebande. Les activités de type mafieux - rançons, rackets en tous genres mais surtout le trafic de pétrole - constituent sa principale source de revenus. L'EI a pris le contrôle d'un large secteur pétrolier qui va de Raqqa à Al-Bukamal ainsi que du pipeline qui relie les champs pétroliers proches de Palmyre à ceux du nord-est de la Syrie. Des gisements qui produiraient jusqu'à 30 000 barils par jour, mais voilà ce sont des cibles stratégiques pour les bombardements de la coalition internationale.

A cela s'ajoute le trésor de guerre constitué lors de la prise de villes comme Mossoul, l'EI y a fait main basse sur les avoirs des trois grandes banques. "En fait, on estime que l'EI dispose d'à peu près 2 milliards de dollars. Cela peut sembler beaucoup pour une organisation terroriste, ça l'est nettement moins quand il s'agit d'administrer des villes comme Mossoul, la deuxième ville d'Irak qui compte quand même 2 millions d'habitants", souligne Olivier Leroy.

Pourtant, avec cette dernière vidéo, l'EI semble vouloir modifier, redorer son image. A l'instar du Hezbollah, il s'agit de démontrer que le groupe se soucie de la bonne gouvernance des territoires conquis, d'assurer le bon fonctionnement de services essentiels comme l'électricité ou l'eau, d'ouvrir des écoles, de construire de nouvelles routes, etc. Un objectif envers et contre tout, qui ne serait pas détourné par les attaques de la coalition.

RTBF

La vidéo de propagande de l'Etat Islamique

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