Politique

Prolongation de Doel 4 et Tihange 3 : "un bon deal" selon le Premier ministre

22 juil. 2022 à 09:22Temps de lecture4 min
Par Himad Messoudi

C’est un Premier ministre avec un sourire grand comme ça qui s’est présenté ce vendredi matin, flanqué de la ministre de l’Energie, Tinne Van Der Straeten, pour présenter l’accord de principe entre l’Etat belge et Engie pour la prolongation des réacteurs nucléaires de Tihange 3 et Doel 4. "C’est une étape cruciale pour garantir l’indépendance énergétique de notre pays s’est félicité Alexander De Croo. C’est bon pour tout le monde, pour nous en tant que société, pour les familles, pour les entreprises. Pour la première fois, nous prenons notre destin en main par rapport à l’énergie, de manière intelligente."

Et cette manière intelligente, selon le Premier, c’est une collaboration entre Engie et l’Etat fédéral dans le cadre d’une société commune. L’Etat ne sera pas exploitant, "cela ne fait pas partie des missions clés d’un Etat, le privé maîtrise mieux" justifiait le libéral : Engie sera donc seul exploitant. "On rentre dans le capital, nous ancrons les centrales dans notre pays, les décisions stratégiques aussi, qui ont un impact sur l’économie, la sécurité de notre pays. En entrant dans le capital, nous avons notre mot à dire"

Les deux centrales doivent rouvrir en octobre 2026 "dans la sécurité absolue et sous l’approbation des autorités de sécurité" précise encore le Premier ministre.

Un "cadre" pour les déchets

Pour l’épineux dossier du stockage des déchets, un "cadre" sera défini. "Les coûts du démantèlement et du stockage sont à la charge du secteur et nous allons définir de quelle manière cela va se faire et quels sont les engagements de l’exploitant".

Pour Alexandre De Croo, il s’agit d’un "bon deal pour le pays, un accord équilibré où on clarifie totalement qui est responsable de quoi. On a travaillé de façon honnête, pendant de longues semaines, en évitant les fuites dans la presse" sourit le Premier.

La ministre de l’Energie semble – ce n’est qu’une impression – moins enthousiaste à propos de cet accord, qui, il est vrai, ne correspond pas à l’accord de gouvernement tel que négocié à l’été 2020. Raison pour laquelle l’écologiste rappelle que cette décision a été prise d’abord et avant tout "dans le contexte d’une guerre sur le sol européen. Nous prenons cette décision pour assurer notre indépendance énergétique. L’énergie est devenue une question de sécurité nationale. Prolonger, c’est apporter une sûreté. Oui, il y aura un coût, mais le bénéfice va au-delà de ce coût." Alexandre De Croo ajoute que les bénéfice de cette entité commune pourront être réinvestis dans la société belge, dans les énergies renouvelables, par exemple.

Même si cet accord de principe est, selon le Premier ministre, un "énorme pas en avant", il reste encore pas mal d’éléments à préciser, comme le coût à déterminer de la gestion des déchets. Alexandre De Croo a évoqué le "modèle allemand" pour cette problématique. Notons que l’entreprise commune sera détenue à parts égales par l’Etat et Engie. Et que l’accord définitif entre les deux doit être entériné pour le 31 décembre. Engie confirme, dans un communiqué envoyé à l’agence Belga, une "déclaration d’intention non contraignante pour évaluer la faisabilité et les conditions d’un renouvellement des deux réacteurs les plus récents, Doel 4 et Tihange 3."

Le MR veut prolonger d’autres centrales, FEB "satisfaite", l'opposition critique

Lors de la conférence de presse du gouvernement fédéral, il était bien question de prolonger deux centrales et d’arrêter les 5 autres d’ici 2025. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, insiste, via Twitter, pour que d’autres centrales soient prolongées, "Sans cela, notre pays risque le black-out et des prix dramatiques. Alors que tous les pays européens limitent leur dépendance au gaz, faire le contraire serait irresponsable. L’énergie nucléaire est un choix évident pour le climat, l’économie et la sécurité."

Dans l’opposition, Défi parle d’un "soi-disant ‘accord de principe' qui n’est en réalité qu’un accord pour… commencer à négocier un tant soit peu sérieusement jusqu’en décembre 2022. Il n’y a toujours aucune certitude que les deux réacteurs rouvriront en 2026. La première pierre d’une nouvelle centrale au gaz, choix du gouvernement pour 'compenser' la fermeture des réacteurs nucléaires, n’a toujours pas été posée. Pour DéFI, nous sommes face à un désastre énergétique et écologique total."

Le PTB, lui, dénonce ce deal : "le gouvernement met en place, en collaboration avec Engie, une nouvelle société. Se cacher derrière le prétexte que le gouvernement n’est donc pas l’exploitant direct, c’est vraiment du bla-bla politicien. Il a été démontré à maintes reprises que, dans ces partenariats public-privé, les bénéfices sont pour le secteur privé, les pertes pour la société. Deuxièmement, le gouvernement écrit que "le coût des déchets nucléaires est à la charge de l'exploitant", mais, en même temps, il admet qu'au-delà d'un certain montant maximum prédéterminé, il paiera tous les coûts supplémentaires. Les experts affirment que ces coûts sont aujourd'hui sous-estimés. Cette déclaration d'intention fera donc peser à l'avenir la facture sur le contribuable" peste Sofie Merckx, la cheffe de groupe PTB à la Chambre.

Quant à la FEB, elle a indiqué à l'agence Belga sa satisfaction : "Il s'agit d'une nouvelle étape dans la prolongation des réacteurs nucléaires qui donne donc à notre pays et à son économie une plus grande confiance dans la future sécurité d'approvisionnement".

Rendez-vous donc à la fin de l’année pour avoir le fin mot de l’histoire. C’est le temps que s’est donné le gouvernement et Engie pour prolonger concrètement ce que seront les deux dernières centrales nucléaires belges.

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