Vers une interdiction du glyphosate? Des agriculteurs "pris au piège"

Dans la ferme de Louis et de Laurent, à  Fernelmont, on approuve le projet d'interdition pour les particuliers. Mais on redoute d'éventuelles nouvelles mesures encore plus restrictives pour les cultures. Car selon les agriculteurs, les herbicides "bio" ne
28 avr. 2017 à 16:36 - mise à jour 28 avr. 2017 à 16:43Temps de lecture3 min
Par Jean-Claude Hennuy

Le ministre fédéral de l'agriculture, Willy Borsus, veut interdire la vente de glyphosate aux particuliers. Une mesure qui viendrait donc clarifier la situation, les régions ayant déjà pris l'initiative de leur côté. Pour rappel, cette substance active est présente dans l'herbicide "Roundup", de la firme Monsanto. Et selon plusieurs études, elle serait cancérigène.

A ce jour, le projet d'arrêté du ministre fédéral vise uniquement l'interdiction de vente aux particuliers... qui devront donc utiliser des produits bio ou l'huile de bras pour se débarrasser des mauvaises herbes. Mais à terme, d'autres mesures viseront les utilisateurs professionnels.

L'avis des agriculteurs 

Nous nous sommes rendus chez un cultivateur de Fernelmont, près de Namur, qui pratique à la fois l'agriculture biologique (à hauteur de 30%) et à la fois la culture conventionnelle. 

Pour Laurent Houbotte, le fils de cette famille d'agriculteurs, l'utilisation des produits naturels, comme les insecticides biologiques, est très contraignante. "Traiter nos terres avec des produits bio, cela revient plus cher. C'est moins efficace. Et cela demande beaucoup plus de travail. En effet, quand on utilise un produit naturel, nous devons labourer la terre. A plusieurs reprises. Ce qui entraîne une plus grande érosion du sol. Qui plus est, cela signifie aussi plus de passages en tracteur. Et donc davantage de carburant consommé."

Difficile donc, pour cet exploitant, de se passer complètement de produits chimiques, comme le glyphosate. Il n'a d'ailleurs pas d'intention de basculer à court terme vers une agriculture 100% biologique.   

Un contexte difficile 

Comme l'explique Louis, le père de Laurent, "dans le contexte actuel déjà très difficile pour les agriculteurs, imposer des contraintes et des coûts supplémentaires pourrait être fatal à l'agriculture wallonne". On le répète souvent. La concurrence européenne et supra-européenne est vraiment rude pour nos producteurs. D'autant que les normes sanitaires, les contrôles et les réglementations sont exigeantes en Belgique. Plus que dans d'autres pays européens. Et plus que dans certains états d'Amérique latine, par exemple. "Qui plus est, les règles ne sont même pas homogènes dans tous les Etats membres européens", précise Laurent.  

L'avis de FWA

Pour Bernard Decock, de la Fédération wallonne de l'Agriculture (FWA), la réglementation et les contrôles existants permettent déjà de minimiser l'impact du glyphosate sur les légumes et les céréales. Le produit chimique est d'ailleurs utilisé uniquement entre les périodes de culture. "Nos méthodes sont très différentes de celles des Etats-Unis, par exemple. Chez nous, pas d'utilisation intensive. Pas de surdose. Tout est contrôlé. Pas d'OGM non plus. Mais une pulvérisation inter-cultures. Il n'y a donc pas de glyphosate projeté directement sur les plantes ou les aliments. La molécule chimique se dégrade assez rapidement. Et l'impact sanitaire est donc minimisé". Un argument contesté par certains scientifiques qui affirment que des résidus peuvent contaminer les futures pousses et donc nuire à la santé des consommateurs. Un monde scientifique qui prône le principe de précaution et dénonce le lobbying des multinationales prêtes à vendre leurs produits chimiques envers et contre tout. 

Reste que les agriculteurs belges sont véritablement pris au piège. Ils souhaiteraient pouvoir se passer du chimique; mais faute de réelle alternative, dans un contexte déjà pesant et face aux incertitudes de l'avenir, les producteurs belges croisent les doigts pour ne pas se voir imposer de nouvelles restrictions. Leur espoir? La recherche scientifique. Et une nouvelle molécule, efficace, bon marché et sans le moindre risque pour la santé. "Nous espérons vraiment une solution valable pour les producteurs, les consommateurs et les défenseurs de l'environnement. Nous sommes d'ailleurs les premiers exposés aux herbicides et aux pesticides", rappellent les agriculteurs.

 

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