Profs ou élèves en quarantaine : comment les écoles gèrent l'enseignement en temps de coronavirus

Profs ou élèves en quarantaine : comment les écoles s'organisent

© BRUNO FAHY - BELGA

Toutes les écoles que nous avons contactées ont un point commun en cette crise de coronavirus : elles ont déjà eu des professeurs et/ou des élèves en quarantaine. Les règles sont les mêmes pour toutes, elles sont définies par circulaire (celle-ci pour le fondamental, et celle-ci pour le secondaire) : un professeur qui est sous “certificat de quarantaine” (parce qu’il est positif mais asymptomatique, ou parce qu’il est en attente des résultats d’un test) n’est pas en incapacité de travail, il doit donc rester à disposition de son pouvoir organisateur.

Les professeurs sont tenus d’assurer une continuité pédagogique. Et les élèves qui seraient en quarantaine peuvent quant à eux recevoir du travail de leur professeur, histoire de rester à jour.

Comment assurer la continuité pédagogique ?

Mais comment cela s’organise-t-il concrètement ? Là, les situations varient beaucoup d’une école à une autre. Certaines sont rodées au numérique. L’Institut des Dames de Marie à Schaerbeek avait déjà l’habitude de travailler avec la plateforme en ligne Smartschool bien avant le confinement. Si un élève est en quarantaine (il y en a déjà eu 80), il reçoit les documents via la plateforme, et grâce à une caméra placée dans la classe, il peut suivre les cours en live.

Quand un professeur doit rester chez lui, c’est plus compliqué d’organiser des cours en direct. “On pourrait projeter le cours dans la salle de classe, explique la directrice Isabelle Warichet, mais il n’y aurait pas d’interaction, et il faudrait de toute façon quelqu’un pour surveiller les élèves”. Du coup, si le cours est en fin ou en début de journée, les élèves sont libérés et travaillent chez eux sur base des instructions données par le professeur via la plateforme. Quand c’est en pleine journée, ils font de même mais à l’étude, sous surveillance.

Du papier et une multitude de plateformes

Vinciane Rosart, directrice de la section fondamentale de l’Athénée royal de Saint-Servais, une école à encadrement différencié, préfère remplacer ses professeurs en quarantaine. Avec des élèves jeunes et souvent touchés par la fracture numérique, c’est plus facile. “Si un élève doit rester chez lui, précise-t-elle, l’école essaie surtout de lui fournir des documents papiers…” Depuis le confinement, ils ont tout de même recours à l’outil de collaboration en ligne Padlet, mais tous les élèves n’ont pas l’équipement, la connexion ou l’assistance nécessaires pour en faire usage.


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Dans un autre athénée de Bruxelles, les professeurs doivent donner à l’avance aux plus jeunes des cours en papier pour 15 jours, pour qu’ils soient prêts à travailler en cas de quarantaine. Pour les plus grands, l’équipe vient de recevoir une formation à Teams.

La plateforme de la Fédération, Happi, pas obligatoire

Teams, Padlet et Smartschool : voilà déjà trois noms de plateforme. Et il y en a d’autres. Beaucoup d’autres. Depuis la fin du mois d’août, la Fédération Wallonie Bruxelles a mis à disposition Happi. Au cabinet de la Ministre Caroline Désir, on nous signale qu’elle compte 600 écoles inscrites et 110.000 utilisateurs. Mais elle n’est pas obligatoire.

Chaque école est libre de choisir. Et même, parfois, chaque professeur. C’est le cas à l’Institut Sainte-Famille d’Helmet à Schaerbeek (enseignement fondamental). “Chaque prof utilise la plateforme qui lui convient, selon ses préférences et son niveau d’informatique, indique la directrice Damienne Magerman. Certains n’utilisent que WhatsApp. Donc les parents qui ont plusieurs enfants dans l’école sont susceptibles d’être confrontés à plusieurs outils différents.” Et là aussi, le format papier reste important pour pouvoir atteindre tous les élèves.

Toujours cette fracture numérique

Le confinement a donc poussé les écoles à se mettre au numérique mais la situation est encore très inégale selon les institutions, les professeurs, et les publics d’élèves. C’est aussi le constat de l’ASBL Educit. Elle porte le projet “Rentrée numérique”, destiné aux secondaires (à partir de la 4e), conçu en collaboration avec l’ensemble des réseaux de la Fédération, et dont le but est de réduire la fracture numérique.

Pour le moment, c’est beaucoup le règne de la débrouille, explique Daniel Verougstraete, l’un des fondateurs de l’association. Souvent, s’il y a bien une plateforme, il n’y a pas de formation ou pas de matériel adéquat. Les enseignants ont souvent de vieux ordinateurs ou ne savent pas comment l’utiliser. Et les élèves, quelle que soit leur origine socio-économique, ne sont pas toujours meilleurs : ils sont plus habitués aux smartphones qu’aux ordinateurs.

Équiper les élèves plutôt que les écoles

En parallèle de la mise à disposition d’une plateforme unique, l’ASBL défend l’idée d’équiper d’ordinateurs les élèves plutôt que les écoles, et d’accompagner les enseignants en les formant. “Il faut que les ordinateurs deviennent comme une latte ou une gomme, qu’on puisse les utiliser quelques instants pendant le cours. Ce n’est pas possible avec une salle informatique qu’il faut réserver et vers laquelle il faut se déplacer.

Pour le moment, les technopédagogues d’Educit travaillent dans seize écoles pilotes. L’objectif est d’arriver à une centaine d’écoles dans les deux ans, et de répandre au maximum l’approche dans tous les réseaux. Daniel Verougstraete dit d’ailleurs reconnaître “sa patte” dans la nouvelle stratégie numérique du ministre-président de la Fédération Wallonie Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet, et son Ministre du Budget et de l’Informatique, Frédéric Daerden.

Ils ont comme projet d’équiper 260.000 élèves de la 3e à la 7e secondaire d’un ordinateur ou d’une tablette. Dans son budget 2021, présenté ce 9 octobre, la Fédération a prévu de dégager 20 millions d’euros pour financer cette nouvelle stratégie.

Tant au niveau des écoles que de la Fédération, les choses bougent donc. Mais ce ne sera pas suffisant pour rassurer tout le monde en cas de reconfinement…

Absentéisme à l'école dû au coronavirus: sujet JT 12/10/2020

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