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Procès du faux taxi Collecto : l'individu reconnaît trois viols, 10 ans ferme requis par le ministère public

Justice / Procès du faux taximan suspecté du viol

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11 juin 2020 à 12:53 - mise à jour 11 juin 2020 à 13:143 min
Par Bruno Schmitz avec Belga

C’est un dossier qui avait fait grand bruit lors de sa révélation en novembre 2019. Un homme de 44 ans (Y.B.) est accusé d’avoir emmené, séquestré et violé des jeunes filles durant plusieurs années. Il se faisait passer pour un taxi pour pouvoir embarquer ces filles la nuit après des soirées de fêtes. Prévenu pour neuf viols, attentats à la pudeur et faits de menaces sur une période infractionnelle allant de juillet 2016 à son arrestation en novembre 2019son procès s’est ouvert ce matin devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. 

Le ministère public a requis jeudi en fin d'après-midi une peine de 10 ans d'emprisonnement ferme assortie de 5 ans de mise à disposition du tribunal d'application des peines (TAP) contre le faux taximan prévenu pour viols en série à Bruxelles.

Le ministère public a estimé que le prévenu représentait un danger pour la société. Etant donné le déni dont l'homme a fait preuve, il a estimé qu'un travail thérapeutique ne valait la peine d'être initié qu'à l'issue d'une période d'emprisonnement ferme. Pour le ministère public, la thérapie nécessite un certain degré de volonté de reconnaissance des faits pour espérer des résultats ce qui n'est, selon lui, pas encore le cas du prévenu. La mise disposition du tribunal d'application des peines permet de mettre en oeuvre des conditions et un suivi thérapeutique.
 

"Oui, j’ai abusé de ces jeunes filles"

Laure, Charlotte, Emilie et Alice, parmi d’autres. Au total, ce sont les noms de neuf jeunes filles qui sont égrainées par la cour. Leurs noms, mais surtout des histoires, toujours les mêmes. Celle d’un homme dans une voiture qui les embarque la nuit en leur promettant qu’il va les ramener chez elle, parfois en se faisant passer pour un taxi. Ils les embarquent, les emmènent, les menacent, parfois à l’aide d’un couteau, avant de procéder à des attouchements, ou carrément de les violer.

Ce matin, c’est le cas de la dernière victime qui a été entendue, celle qui a permis l’interpellation du prévenu. Une jeune fille, une étudiante, la petite vingtaine, qui fond en larme au moment où l’homme prend la parole. Il présente d’abord ses excuses. "Oui, j’ai abusé de ces jeunes filles", reconnaît-il. " Par contre, je n’ai jamais utilisé de couteau. Je ne les ai jamais menacées", dit-il dans un français parfois un peu approximatif. "Je vous le jure, c’est la vérité".

L’homme reconnaît bien, par contre, avoir embarqué sa dernière victime à Bruxelles, le "2 novembre 2019, alors qu’elle attendait le taxi Collecto qu’elle avait commandé (des taxis moins chers pour les usagers des transports en commun à Bruxelles). Il se serait présenté comme le chauffeur de ce Collecto, vêtu d’un uniforme de la Stib. La jeune fille n’est pas ramenée chez elle, à Bruxelles, mais emmenée dans le Hainaut, dans la maison du prévenu. Là, ils auront une relation sexuelle.

" Vous l’avez abusée ? ", demande le juge.

" Pas abusé, mais profité d’elle ", répond le prévenu.

" Vous l’avez séquestrée ? ".

" Non, la porte était fermée à clé, mais les clés étaient sur la porte ".

" Pourtant, vous avez fait pression sur elle ? "

" Peut-être une pression psychologique. C’est vrai qu’elle n’était pas à l’aise".

Un prévenu qui accepte de reconnaître trois des neuf faits qui lui sont reprochés. Trois viols où des traces de son ADN ont été retrouvées sur les victimes. Il s'agit du plus ancien abus sexuel au dossier en date du 28 juillet 2016 où une fellation et un viol sont dénoncés, d'un viol commis en juillet 2018 sur une jeune fille inconsciente qu'il avait ramenée chez lui et de la dernière plainte d'une étudiante de l'Université libre de Bruxelles (ULB).

Par contre, ils nie avoir commis un autre viol, ainsi que les quatre attentats à la pudeur et les faits de menaces. Soit parce qu’il affirme que les jeunes filles "étaient consentantes", soit parce qu’il affirme ne pas se souvenir des faits.

"Victime de ses propres oublis"

Son avocat, Me Philippe De Keyser, parle quant à lui d’un homme qui aurait enfoui l’horreur des faits qu’il a commis et qui serait "victime de ses propres oublis". "Une peine, même longue, ne servira de toutes façon à rien, parce qu’elle ne changera pas la douleur des victimes et que mon client pourra sortir dans quelques années", affirme Me De Keyser. "Ce qu’il faut, c’est faire quelque chose pour protéger la société pour que mon client ne recommence pas".

Si la circonstance aggravante de séquestration sur la dernière victime est retenue, la peine théorique pourrait monter à 15, voire 20 ans de prison. Cet après-midi, les plaidoiries des avocats des trois parties civiles (deux des jeunes filles victimes de viol et la Stib) sont encore attendues, avant le réquisitoire du parquet .

La plaidoirie de l’avocat du prévenu et les répliques des avocats des parties civiles sont prévues pour la semaine prochaine, mardi matin. Le jugement est attendu d’ici quelques semaines.

 

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