Justice

Procès des attentats de Bruxelles : les assistants de justice au service des victimes du 22 mars

Les assistantes de justice dans les couleurs du Justitia

© Melanie Joris

28 nov. 2022 à 05:00 - mise à jour 29 nov. 2022 à 09:44Temps de lecture4 min
Par Melanie Joris du service judiciaire

Dix assistants de justice francophones seront présents quotidiennement pendant le procès des attentats de Bruxelles. Une présence bienveillante pour informer, accompagner et guider les victimes. Leur travail a commencé bien avant le procès. Ils sont actifs depuis les premières heures qui ont suivi les attentats.

Une présence pendant le procès

Ils sont assistants sociaux, psychologues ou encore criminologues. Lors de la première audience du procès d’assises, l’audience préliminaire, les assistants de justice sont présents et identifiables par leur chasuble bleu marine. Ils se sont postés à intervalle régulier sur le parcours qui mène jusqu’à la salle d’audience. Pascale Preudhomme est une des assistantes de justice : "Aujourd’hui, nous avons compté 6 à 8 victimes constituées parties civiles. Nous allons les rejoindre dans la salle d’audience pour être avec elles, voir si elles ont besoin de notre assistance", explique-t-elle.

Cette audience, bien que technique, a été le théâtre de plaidoiries déjà virulentes. Les avocats de la défense fustigent les boxes prévus pour les accusés. En fait, des cellules vitrées individuelles qui isolent les accusés. Les assistants de justice ont donc été sollicités par certaines victimes. Pascale Preudhomme : "Pour certaines personnes, ça a déjà été très compliqué comme confrontation. Le fait d’être là et de voir les accusés. Il y a déjà eu beaucoup d’émotions", observe-t-elle.

Mimouna Amri est une victime de l’attentat dans le métro. Elle a assisté à cette première audience avec une boule de stress coincée dans la gorge. "Je suis très stressée, même si ça fait une semaine que je me prépare avec mon avocat", nous souffle-t-elle, épaulée par Vinciane Vekeman, assistante de justice. Un dialogue se lie entre les deux femmes. "J’ai été prise en charge par le service d’aide aux victimes, je me sens rassurée", glisse Mimouna Amri. Vinciane Vekeman précise : "Oui, il y a un travail qui est fait en amont. On fournit des explications sur l’évolution de la procédure, sur chaque étape".

Avant de quitter le bâtiment du Justitia pour rejoindre ses enfants, Mimouna Amri sourit : "Quand je les vois avec leur chasuble bleue, je me sens rassurée. C’est un peu comme ma deuxième famille. Ils nous accompagnent, nous parlent. Ça nous donne de la force pour commencer ce procès".

Un travail entamé dès le 22 mars 2016

Les assistants de justice n’ont pas attendu le début du procès pour accompagner et guider les victimes. Leur travail a commencé le jour des attentats. Et depuis, de nombreuses étapes se sont enchaînées. Pascale Preudhomme : "Le premier jour, on a interpellé les magistrats pour être sûr d’être saisi du dossier. Ensuite, nous avons rencontré les juges d’instruction. Nous avons accompagné les victimes lors de leur constitution en partie civile. Nous avons organisé des rencontres avec les assurances, nous avons accompagné les victimes lors des visionnages des images de vidéosurveillance, lors de la lecture du dossier et lors de la reconstitution d’objets personnels. Nous étions également présents lors des commémorations", énumère l’assistante de justice.

Visionner les images de l’attentat

Au total, 105 visionnages ont été réalisés dans les bureaux du service d’accueil des victimes. Pour chaque victime qui le souhaitait, un travail de fourmi a été réalisé pour la retrouver sur les lieux de l’attentat. Sur base de souvenirs, comment la victime était habillée, où elle se trouvait, un petit clip vidéo a été extrait avec les images d’avant l’explosion et de l’explosion. Un travail réalisé avec beaucoup de respect et de pudeur.

En visionnant ces images, certaines victimes ont pu trouver des réponses. Pascale Preudhomme : "Après les attentats, les victimes se sont posé beaucoup de questions : "Comment ça s’est passé ? Où est-ce que j’étais ? Avec qui j’étais ? Qui était à côté de moi ? Est-ce que j’ai croisé les terroristes ?". Alors revoir les images, c’est une manière de se réapproprier les évènements". L’assistante sociale ajoute : "Cela a aussi permis aux victimes de mettre des mots sur des émotions et d’expliquer à leurs proches ce qui s’est passé. Pour certains, ça a permis de décoincer certaines situations".

Cela a aussi permis à certaines victimes de déculpabiliser. Pascale Preudhomme : "Certaines personnes se reprochaient de n’avoir rien fait, d’être restées tétanisées. Mais quand elles ont vu les images, elles ont compris qu’elles n’auraient rien pu faire. Tout a été tellement vite".

Récupérer des objets personnels

Un sac d’objets personnels, des pièces à conviction
Un sac d’objets personnels, des pièces à conviction © Melanie Joris

Dans leur bureau, les assistantes de justice ont encore des sacs en carton, zébrés d’autocollants de la police fédérale. Dans ces grands sacs, des pièces à conviction. Ou plutôt des objets personnels retrouvés sur les lieux des attentats. Depuis six ans, ces objets ont progressivement été remis à leurs propriétaires ou aux proches des personnes décédées.

Pascale Preudhomme : "On a restitué un GSM aux parents d’un enfant décédé. On a aussi rendu une paire de chaussures à une dame qui les avait perdues sur place. Ou encore une veste portée le jour des attentats. Rendre ces objets aux victimes, c’est encore leur permettre de se réapproprier ce moment", résume l’assistante sociale.

La Lecture du dossier

Accompagner les victimes dans la lecture de dossier, c’est une des tâches habituelles du service d’accueil des victimes. Généralement, un assistant de justice se charge de lire le dossier pour ensuite orienter la victime dans sa lecture. Ici, le dossier est très volumineux, les assistants de justice se sont donc réparti le travail.

Pascale Preudhomme : "On a lu le dossier pour savoir où étaient certaines pièces. On sait, par exemple, où se trouvent les photos. Certains ont besoin de les voir, d’autres ne veulent absolument pas s’y confronter. On sait aussi où se trouvent les rapports d’autopsie". Elle complète : "On propose aux victimes certaines balises, certaines protections pour lire le dossier. Libre à elles de s’en emparer ou pas".

On le voit, les assistants de justice sont présents depuis le premier jour pour accompagner les victimes. Tout en discrétion, à la disposition des victimes qui en auraient besoin. Toujours avec un souci d’information. "Ce que nous faisons, c’est une écoute proactive. Nous faisons attention aux personnes, nous sommes empathiques et ouverts", conclut Pascale Preudhomme.

 

En cas de besoin, vous pouvez joindre le Service d'accueil des victimes au numéro suivant : 02 363 00 00 

Visionnez le reportage diffusé dans le JT de 19h30 du 28/11/2022

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