Justice

Procès des attentats de Bruxelles : "La webradio, c’est la présence invisible des victimes à l’audience"

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Par Laurent Van de berg

Depuis décembre 2022, le procès des attentats de Bruxelles se déroule dans le bâtiment du "Justitia" sur l’ancien site de l’OTAN à Haren. C’est là que les rescapés des attentats sont venus raconter leur 22 mars 2016 et là que les accusés sont entendus. Ces débats sont publics et peuvent être suivis sur place mais également à distance pour certains via une webradio.

Une webradio inédite

Le système s’inspire de celui mis en place pour les victimes du procès des attentats de Paris. Pour la première fois en Belgique, les débats d’un procès peuvent être suivis à distance via une webradio. Les débats y sont diffusés avec trente minutes de latence. Un peu moins de 150 personnes, victimes et avocats confondus, ont obtenu l’autorisation de la présidente de la cour d’assises pour l’écouter.

La régie d’où est émise la webradio
La régie d’où est émise la webradio © Mélanie Joris

Le sentiment d’être "acteur du procès"

Nathalie Dexpert était à l’aéroport le 22 mars. Elle se trouvait dans le hall des arrivées, un étage sous les bombes qui ont explosé. Blessée psychologiquement, elle s’investit dans le procès. La webradio est devenue pour elle un outil indispensable. Elle vit près de Dunkerque, à 190 kilomètres de la cour d’assises.

Nathalie Dexpert, victime de l’attentat à l’aéroport, suit le procès à Bruxelles ou depuis Dunkerque.
Nathalie Dexpert, victime de l’attentat à l’aéroport, suit le procès à Bruxelles ou depuis Dunkerque. © Tous droits réservés

"J’ai commencé à assister au procès sur place pour visualiser les lieux, mettre des voix sur des visages. Je ne sais pas toujours me rendre à Bruxelles. Cela représente un coût élevé, la route. Pouvoir se connecter quand on veut, on se sent quand même acteur, on arrive à suivre le procès sur la longueur" explique Nathalie.

Ce procès sera long. Le verdict sur la culpabilité devrait avoir lieu en juillet et les peines en septembre. Pendant ces nombreux mois, difficile de concilier vie privée, professionnelle, fatigue, poids émotionnel et distance entre le domicile et le Justitia.

"La raison pour laquelle le pas a été franchi chez nous, c’est qu’un des attentats a été perpétré à Zaventem, il y avait des victimes d’un peu partout dans le monde et c’était la possibilité pour ces personnes de pouvoir suivre les débats sans devoir se déplacer jusqu’à Bruxelles" explique Luc Hennart, porte-parole pour la cour d’assises.

Le risque d’addiction et la solitude

"C’est difficile de se dire : "oh cette semaine, je n’écoute pas, je mets de côté" parce que quand on revient la semaine d’après on a l’impression d’avoir raté des chapitres du livre et qu’on ne récupérera jamais parce que les choses avancent et on ne reviendra pas sur les points." explique Christelle, rescapée de l’attentat au métro Maelbeek et utilisatrice de la webradio. Elle ajoute "il faut aussi faire attention à soi parce que la webradio, elle est vraiment tellement entrée dans la maison, dans les oreilles, dans le quotidien".

Christelle est rescapée de l’attentat au métro Maelbeek
Christelle est rescapée de l’attentat au métro Maelbeek © Tous droits réservés

"Je suis connectée tous les matins à 9 heures pour suivre le début de journée. Par contre, il ne faut pas être accroché tout le temps à la webradio et il faut aussi réussir à en parler. Vu qu’on est tout seul face à ce que l’on entend, ce n’est pas toujours évident à digérer toutes les infos que l’on a" estime Nathalie.

Le sentiment est identique pour Christelle : "Pendant les audiences, on est à côté de quelqu’un, on fait des petits commentaires, on se demande si ça va. Si ça ne va pas, on se prend dans les bras, on rigole. Plein de choses qu’on n’a pas du tout avec la webradio. Il y a un côté très solitaire qu’il faut pouvoir gérer effectivement" explique Christelle Giovanetti.

La diffusion externe des débats est interdite

Aucune image n’est diffusée. L’utilisation de cette webradio est d’ailleurs très réglementée pour éviter enregistrement ou diffusion externe.

"C’est très sérieux comme interdiction parce que c’est sanctionné pénalement si d’une manière ou d’une autre, les personnes autorisées permettent à d’autres d’écouter ou éventuellement d’enregistrer" prévient Luc Hennart, porte-parole pour la cour d’assises.

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