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Procès de Nicolas Sarkozy : l'ancien juge Azibert réfute les accusations d'influence

Procès de Nicolas Sarkozy : l’ancien juge Azibert réfute les accusations d’influence
02 déc. 2020 à 21:13 - mise à jour 02 déc. 2020 à 21:13Temps de lecture3 min
Par Belga

"Ça m’intéressait sur un plan juridique": l’ex-haut magistrat Gilbert Azibert, jugé au côté de Nicolas Sarkozy pour corruption, a vivement réfuté mercredi avoir influé sur un pourvoi de l’ex-président dans l’affaire Bettencourt en échange d’un "coup de pouce" pour un poste à Monaco.

"Grotesque", "indigne": le ton assuré à la barre du tribunal correctionnel, Gilbert Azibert, 73 ans, un masque FFP2 glissé sous ses lunettes, s’emporte contre des "accusations insupportables".

Après 40 ans d’une carrière sans accroc, qui l’a mené de Marseille à la Cour de cassation en passant par la Chancellerie, il a pris sa retraite après sa mise en cause dans l’affaire des "écoutes", qui l’a "détruit" six ans et demi plus tôt.

Début 2014, les juges enquêtant sur des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 découvrent que l’ex-chef de l’Etat converse avec son avocat Thierry Herzog sur une ligne officieuse, ouverte sous l’alias de "Paul Bismuth".


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Dans certains échanges, l’ancien président s’inquiète du sort de son pourvoi déposé devant la Cour de cassation pour que lui soient rendus ses agendas saisis dans l’affaire Bettencourt. Dans ce dossier, il avait obtenu un non-lieu fin 2013 mais ses agendas étaient susceptibles d’intéresser les juges dans d’autres affaires.

Gilbert Azibert, ami de 25 ans de Me Herzog et alors avocat général dans une chambre civile de la Cour, est soupçonné d’avoir cherché à obtenir des informations couvertes par le secret et tenté d’influencer ses collègues de la chambre criminelle amenés à se prononcer sur ce pourvoi.

Et ce, en contrepartie d’une intervention du "président Sarkozy" pour le poste de prestige que le magistrat convoitait à Monaco, et pour lequel il affirme devant le tribunal "ne pas avoir candidaté".


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Ces accusations de corruption et de trafic d’influence ont à nouveau été balayées par Gilbert Azibert, et la défense tout entière, Hervé Temime, l’un des défenseurs de Me Herzog, vitupérant contre un "dossier horrible".

"On me fait grief d’avoir contacté je ne sais qui pour obtenir je ne sais quoi. […] Mais tout ce qui est à décharge, on n’en parle pas", regrette M. Azibert. Le regard appuyé vers les procureurs financiers, il rappelle que tous les conseillers de la Cour ont assuré lors de l’enquête qu’il ne "les avait pas contactés".

Dans des conversations entre Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog, ce dernier laisse pourtant entendre que le magistrat a "glané" des "informations privilégiées" et qu’il a bien contacté des conseillers, relève la présidente Christine Mée.

"Peut-être que Thierry Herzog a voulu rassurer son client", avance Gilbert Azibert.

Et quid de l’arrêt de la chambre de l’instruction de Bordeaux sur les agendas présidentiels trouvé en perquisition à son domicile, transmis par Me Herzog alors qu’il était couvert par le secret ?

"Je n’ai pas caché que c’est lui (Thierry Herzog) qui me l’avait donné", assume Gilbert Azibert. Après l’échec d’un envoi par mail, il était même allé le récupérer dans le cabinet de Me Herzog.

"Je ne me suis pas posé la question (du secret). Pour moi, c’est un document de travail qu’on a retrouvé chez moi comme d’autres qu’on n’a pas voulu voir", se défend le prévenu, "excédé" de se trouver devant le tribunal.

Il insiste à plusieurs reprises sur sa spécialisation en procédure pénale, lui qui "annotait depuis 30 ans" une revue juridique.


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Début 2014, "l’affaire B. intéresse la France entière" et la question juridique de la saisie des agendas d’un président de la République particulièrement Gilbert Azibert, "sur un plan juridique".

La Cour de cassation donnera finalement tort à Nicolas Sarkozy et, pour cet ex-haut magistrat, "il y a un problème constitutionnel sérieux qui n’a toujours pas été tranché", sur la "violation de la séparation des pouvoirs", dit-il au tribunal.

Nicolas Sarkozy, premier président de la Ve République à comparaître pour corruption, doit être interrogé lundi.

Profitant d’une saillie de la défense contre des écoutes jugées "illégales", l’ex-président se lève et promet de "(s’expliquer) sur toutes les conversations" car il veut "la vérité".

L’interrogatoire de Gilbert Azibert a été brutalement suspendu en fin de journée après de très vives tensions entre le parquet et la défense. Il reprendra jeudi.

Nicolas Sarkozy: ouverture du procès pour corruption (archives JT du 23/11/2020)

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