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Belgique

Prix de l’énergie : taxer les surprofits des entreprises énergétiques ne suffira pas, "il faut s’affranchir de l’énergie fossile chère et polluante"

La question éco

Les surprofits des entreprises énergétiques

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20 mai 2022 à 09:29 - mise à jour 20 mai 2022 à 09:542 min
Par Maud Wilquin sur base de "La question Eco" de La Première

Le prix de l’énergie ne cesse de grimper et pour une majorité de partis tels que le PS, Ecolo ou encore Groen, l’une des façons de contribuer à faire baisser le montant de la facture des citoyens est de taxer les surprofits des grandes entreprises énergétiques. La ministre Groen de l’Énergie, Tinne Van der Straeten, attend d’ailleurs d’ici la fin du mois un rapport de la Banque Nationale de Belgique pour clarifier le concept, étudier ce qui se fait dans les pays voisins.

Mais pour que les entreprises jouent le jeu, "il faudra que la demande du gouvernement soit bétonnée d’un point de vue juridique", estime Serge Quoidbach, auteur et rédacteur en chef adjoint du journal l’Écho. "Parce que les entreprises, elles, ont évidemment toutes sortes d’arguments contraires. Engie, par exemple, la maison mère d’Electrabel, peut faire valoir qu’elle paie déjà une contribution. Il s’agit de la taxe nucléaire, introduite en 2008. Pour l’exercice de cette année, le gouvernement s’attend à percevoir 680 millions d’euros, ce qui est un record. Par ailleurs, le fédéral est en négociation avec Engie pour prolonger deux réacteurs nucléaires. Des négociations difficiles, pas simple donc pour nos ministres d’aller exiger une rallonge supplémentaire."

 

En parallèle, le gouvernement devra également négocier avec les centrales au gaz, l’éolien, le solaire. "Il y a aussi toutes sortes d’acteurs comme Luminus, filiale du français EDF, Total Énergie, un autre Français, etc", reprend Serge Quoidbach. "Beaucoup d’entre eux sont détenus par des groupes étrangers. Et c’est là qu’apparaît un autre caillou dans les chaussures de nos politiques : aller exiger auprès de ces géants énergétiques des contributions pour la Belgique alors que ces entreprises ont d’autres agendas." Et aussi d’autres dépenses. Selon le rédacteur en chef, des entreprises telles que Total Energie peuvent avancer le fait que les profits générés par la hausse des prix sont directement reversés dans les investissements dans les énergies renouvelables.

"On les attend évidemment au tournant", précise Serge Quoidbach. "Et pour le coup, le bilan, c’est visiblement 'peut mieux faire'. La semaine passée, Carbone Tracker, l’un des groupes d’experts les plus à la pointe dans le domaine, a remis un rapport pour le moins mitigé. Dans les meilleurs ou plutôt les moins mauvais du classement, on retrouve les Européens. Total Énergie, par exemple, se place en troisième position, derrière l’espagnol Repsol et l’italien ENI, mais bien loin devant les groupes américains comme ExxonMobil."

Taxer les surprofits ne sera pas utile sur le long terme, estime Serge Quoidbach

"Ce qui frappe dans le rapport de Carbone Tracker, et qu’on oublie souvent de mentionner, c’est que la plus grosse partie de la pollution - Carbone Tracker évoque le chiffre de 85% des émissions de gaz à effet de serre de ces entreprises - provient non pas de la production d’énergie elle-même, ni de l’extraction, mais de l’utilisation finale du client. Et donc c’est nous et notre consommation personnelle qui en sommes en partie responsables", affirme-t-il.

"Ce qui m’amène à cette conclusion, on peut aller taxer les surprofits des entreprises énergétiques, si pas juridiquement, au moins moralement défendables. Pour le court terme en tout cas. Mais à long terme, ce qui importe surtout si on veut faire baisser les prix de l’énergie pour les ménages, c’est de nous affranchir au plus vite de l’énergie fossile chère et polluante. Ce sera bon pour la planète et bon pour notre portefeuille.

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