Prix de l'énergie

Prix de l'énergie : la FGTB n'appelle pas à la désobéissance sur le paiement des factures, mais dit "non" aux coupures de gaz et d’électricité

L'invité: Thierry Bodson, président de la FGTB

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06 sept. 2022 à 06:59 - mise à jour 06 sept. 2022 à 07:35Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base de l'Invité de Matin Première de Thomas Gadisseux

Après le cri d’alerte des patrons, place à la voix des travailleurs. Les organisations patronales ont déjà tiré la sonnette d’alarme, craignant des fermetures et la casse sociale dans les entreprises belges. Alors, quel est le regard des syndicats ? Comptent-ils canaliser la colère des travailleurs ou souffler sur les braises ?

"On n’est pas là pour mettre un couvercle sur la colère ou souffler sur les braises. On est là pour écouter ce que les travailleurs nous rapportent, relayer leurs revendications et priorités", estime Thierry Bodson, président de la FGTB. "Surtout faire en sorte que des solutions soient rapidement mises en place par rapport à leurs revendications, qu’on passe de l’angoisse aux solutions. Si ce n’est pas le cas il y aura certainement de la colère cet hiver-ci."

Les syndicats sont d’ailleurs invités à rencontrer le Premier ministre Alexander De Croo ce mercredi. L’occasion pour Thierry Bodson, président de la FGTB, de mettre certaines revendications sur la table.

Des mesures à court terme

Sur le court terme, Thierre Bodson estime qu’il faut absolument élargir le tarif social. "Aujourd’hui c’est à peu près 20% de la population qui en bénéficie mais il faudrait qu’il y en ait à peu près 40%." Selon lui, il faut d’ailleurs arrêter de faire référence au seuil de pauvreté. "Aujourd’hui on est aux environs de 1500, 1600 euros pour pouvoir bénéficier de ce tarif social, c’est nettement insuffisant", estime-t-il.

Quant aux mouvements de désobéissance qui pourraient voir le jour concernant le remboursement des factures d’énergies, "la position de la FTBG n’est pas d’appeler à la désobéissance", précise Thierry Bodson. "Par contre, dans les solutions à court terme, la FGTB indique qu’il ne peut y avoir aucune coupure d’électricité pour les citoyens qui ne paieront pas leurs factures durant l’hiver."

Pour résumer : "Non aux coupures de gaz et d’électricité cet hiver, mais pas un appel de la part de la FGTB à ne pas payer."

Des solutions structurelles

Du côté des solutions structurelles, Thierry Bodson évoque deux éléments à mettre sur la table.

"Par rapport à l’énergie, je crois qu’on commence à comprendre qu’un bien stratégique comme l’électricité doit être rendu au public et pas aux mains du privé", explique-t-il. "Sur le long terme, il faudra donc revoir comment on organise le marché de l’électricité et que cela soit rendu au public."

Thierry Bodson évoque ensuite la question des salaires : "Pour les travailleurs, je pense que la crise que l’on connaît aujourd’hui démontre à quel point la question des salaires a son importance." Selon lui, les solutions mises en place pour aider le paiement des factures d’électricité sont de l’ordre du moyen terme. "Il faudra donc réellement revoir comment on augmente le pouvoir d’achat des travailleurs et des allocataires sociaux dans ce pays."

L’ampleur de la colère

A quel point la colère est-elle en train de monter dans les entreprises ? Selon Thierry Bodson, c’est très diversifié. Déjà parce que ce sont les entreprises énergivores qui connaissent des problèmes aujourd’hui et souvent, "les entreprises énergivores ne sont pas les entreprises qui ont beaucoup de main-d’œuvre."

"Le problème pour nous est aussi de ne pas connaître la situation de réserve et de trésorerie des entreprises aujourd’hui. Parce qu’il peut y avoir des entreprises qui connaissent des difficultés en début de l’année 2022, mais qui ont les reins assez solides en termes de réserve pour pouvoir absorber le choc", ajoute-t-il.

"Quoi qu’il en soit, il faudra aider un certain nombre d’entreprises mais il faudra que ces aides soient ciblées, pas comme on l’a fait par le passé. Il faudra quelques ratios très clairs pour faire en sorte qu’on aide là où il faut aider."

Thierry Bodson ajoute qu’il faudra conditionner ces aides, "pour ne pas se retrouver comme en 2021-2022 avec des entreprises qui ont été aidées durant la crise covid et qui ont distribué des dividendes par après."

S’il y a des entreprises qui ferment, il faudra la mise en place d’un chômage temporaire de force majeure

Outre le tarif social pour les ménages, on évoque désormais un tarif énergie pour les entreprises. La FGTB est-elle prête, en tant que partenaire social, d’envisager ce filet de sécurité ? "À partir du moment où on a des entreprises qui risquent de fermer, il faudra voir de quelle façon on peut enclencher des solutions comme le report de l’ONSS – puisque ce sont les demandes du banc patronal."

Mais Thierry Bodson insiste également sur la mise en place de solutions concrètes pour le travailleur : "S’il y a des entreprises qui ferment, il faudra la mise en place d’un chômage temporaire de force majeure", illustre-t-il.

Des actions à venir

La FGTB annonce également des actions. "Nous avons à la FGTB un mandat pour passer à l’action le 21 septembre, pour mettre en évidence le refus patronal de discuter des allocations sociales et de l’enveloppe bien-être", conclut Thierry Bodson.

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