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Prisons: l'état d'une démocratie

Prisons: l'état d'une démocratie
09 mai 2016 à 09:562 min
Par Philippe Walkowiak

Une société se juge à l’état de ses prisons, disait Albert Camus ce que d’autres paraphrasent en On juge l’état d’une démocratie à l’état de ses prisons… Dans tous les cas, c’est dire l’état de la Belgique… et de ses citoyens.

Désintérêt

La Belgique en est arrivée à être obligée à envoyer l’armée pour " tenir " ses prisons. Ceci étant, elle n’agissait pas autrement quand elle envoyait la Gendarmerie, partie intégrante de la Défense Nationale mais on se trouvait alors dans une opération " classique " de maintien de l’ordre, alors qu’à présent le gouvernement se limite à parler d’ " opération humanitaire ". Il n’en reste pas moins que le symbole est fort, inédit même dans le passé récent des démocraties occidentales. C’est dire le désarroi du politique et l’impasse de la situation.

Celle-ci est aussi le résultat de dizaines d’années de désinvestissement dans les prisons. Ainsi, les partis d’opposition restent mesurés comme rarement pour un conflit social de deux semaines déjà qui s’en prend frontalement au gouvernement fédéral. Au PS, on généralise prudemment à un désinvestissement global dans les services publics, sachant que la situation actuelle des prisons est le fruit d’un désintérêt de plus d’un quart de siècle. S’occuper des prisons et des détenus n’a jamais été électoralement porteur, dès lors quand il y avait des économies à faire…

Laisser pourrir

Le gouvernement fédéral actuel n’a jamais dévié de sa trajectoire lors d’un conflit social. Les syndicats l’ont appris à leurs dépens ; il ne va donc pas flancher dans un conflit qui ne suscite que peu de compassions dans la population. Il peut même se permettre d’envoyer l’armée.

De plus, ce conflit ne touche que Bruxelles et Wallonie… mais il vient aussi s’ajouter à la longue liste de la déglingue des services publics, des tunnels aux services de sécurité, des centrales nucléaires au chemin de fer.

La Belgique est dernière de classe en Europe pour ses investissements en matière d’infrastructure. Des choix politiques.

Ainsi, il y a quelques semaines, la Belgique était à nouveau épinglée par le Comité Européen pour la Prévention de la… Torture (CPT) pour une situation qui perdure depuis des années : les prisons belges sont à 140% de leur capacité.

Le nombre de gardiens reste trop limité au point que selon certains, dans certaines prisons, il n’y aurait même pas assez de gardiens pour assurer un hypothétique service minimum !

La société belge, comme d’autres, préfère ignorer ses prisons, refoule en quelque sorte son côté sombre, dans une époque où le discours sécuritaire séduit. Il y avait en 1980, 5000 détenus pour plus de 11.000 aujourd’hui, sans que la criminalité n’ait particulièrement augmenté.

Les prisons sont aussi le reflet de la société qu’elles sont censées protéger…

 

@PhWalkowiak

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