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Prisons flamandes, prisons wallonnes: un système pénitentiaire à deux vitesses?

Prisons flamandes, prisons wallonnes: un système pénitentiaire à deux vitesses?
20 mai 2016 à 16:47 - mise à jour 20 mai 2016 à 18:103 min
Par Odile Leherte

On l’évoque  régulièrement depuis le début de la grève des gardiens de prison : les revendications diffèrent entre le Nord et le Sud du pays. En forçant le trait légèrement: au Nord, on aurait accepté la rationalisation sans broncher, alors qu'au Sud, on pousse de grands cris.

Mais sur le terrain, les différents acteurs du monde pénitentiaire (directeurs de prison, agents pénitentiaires, avocats et syndicalistes) nous parlent d’une réalité très différente entre les prisons flamandes et francophones, une distorsion de la réalité qui expliquerait en partie l’asymétrie de revendications.

Prenez la prison de Forest qui date de 1910, et d'Ypres , construite 9 ans plus tard. Elles datent la même période, mais si Ypres a été rénovée en profondeur à la fin des années 90 et l’est une deuxième fois depuis 2007, la prison de Forest tombe en ruines.

Quand on parle de Forest aux membres de la commission de surveillance de la prison, la première remarque qu'ils font concerne l'odeur qui émane de seaux hygiéniques. "Nous, en y étant tous les jours, nous explique Geoffrey Lhost, chef de quartier la prison de Forest,  on n’y fait plus attention, mais la première chose qu’on sent en y entrant, c’est l’odeur d’excréments. On est en 2016, et il y a des gens détenus dans de telles conditions, et des gens qui doivent quotidiennement aller travailler dans ce telles conditions". Il évoque des matelas pourris, traînant par terre, des cafards. "Au mess du personnel, il y a des cafards sur les tables".

Geoffrey Lhost  évoque aussi des problèmes d’infrastructure. "Il y a des chutes de briques, sans parler de cette porte d’entrée de la prison, côté visiteurs, qui était en panne le jour des attentats et est restée en panne pendant des semaines: elle ne fermait plus. Voilà ce qu’est une prison en Belgique. Et nous, on doit dire Amen à chaque fois".

On ne peut pas continuer à travailler comme ça.

"Et maintenant on nous dit qu’avec 6000 agents, on doit faire le travail de 8000. Non, à un moment donné, ce n’est plus possible ".

Précisons d'emblée que Forest est ce qui se fait de pire dans les prisons belges. Les prisons wallonnes n'en sont pas à ce point, même si à Lantin par exemple, le détecteur incendie est cassé. Mais en effet, quand on observe la description des prisons sur le site internet du SPF Justice, on remarque que les prisons du Nord du pays ont souvent été rénovées. L’exemple le plus frappant, c’est la prison de Saint Gilles, à Bruxelles, qui jusqu’il y a peu était considérée comme néerlandophone. Saint-Gilles, située à vingt mètres de la prison voisine de Forest. "Oui, les situations sont complètement différentes à la base, nous confirme Geoffrey Lhost. Saint-Gilles, au niveau infrastructures est nettement plus en ordre que Forest.  Il faut savoir que récemment, on a créé la région "Bruxelles". Avant, c’était "région Nord" et "région Sud", et comme Saint-Gilles dépendait de la région Nord, il y a eu des investissements. A Forest, il n’y a rien eu du tout ".

Que disent les chiffres ?

C'est la régie des bâtiments qui réalise les travaux de construction et d'entretien extraordinaire. Entre 2000 et 2015, 527 millions d’euros ont été investis. 36 % des investissements ont eu lieu en Wallonie, et 45 % en Flandre. La différence n'est donc pas impressionnante.

Quant aux 19 % investis sur Bruxelles, qui compte donc la prison de Forest/ Berkendael, francophone et celle de Saint Gilles, néerlandophone jusqu'il y a peu, près de la moitié de l’investissement a servi à acheter le terrain de la future prison de Haren. Mais Forest n'a presque rien vu des 50 millions restants.

En marge de ces investissements-là, certains concernent l’entretien quotidien des prisons et dépendent du SPF Justice. La différence là, saute aux yeux: 15 millions d'euros côté francophone, le quadruple (60,5 millions d'euros)  côté néerlandophone, sur les dix dernières années. Ces chiffres ont été relayés par plusieurs média de la presse écrite la semaine dernière.

Le dossier est-il communautaire ? "Le ministre de la Justice Koen Geens nous a dit que s’il accordait aux francophones ce qu’il avait accordé aux flamands, budgétairement, ce ne serait pas possible, nous déclare Thierry Marchandise, de l'Association syndicale des Magistrats. Il l’a dit lors d’une réunion avec l’association des magistrats il y a deux ou trois jours".

Dans un communiqué envoyé cet après-midi, Koen Geens dit avoir veillé scrupuleusement à éviter la communautarisation et la polémique autour de la problématique pénitentiaire. C'est peut-être vrai dans l'histoire très récente des prisons, ce l'est peut-être moins si l'on remonte quelques années en arrière.

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