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Prisons 2.0 : "assistant de sécurité" et "accompagnateur de détenus", la négociation s'engage sur les nouvelles fonctions

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Une nouvelle négociation démarre entre l’administration pénitentiaire et son personnel. A l’ordre du jour, une redéfinition des fonctions de gardien de prison autour de deux pôles d’activité. La sécurité de la prison d’un côté, l’accompagnement des détenus de l’autre.

Ce qui motive ce changement c’est un constat préoccupant : en Belgique, si rien ne change, six détenus sur dix se retrouveront à nouveau en prison après leur sortie, un taux de récidive parmi les plus élevés en Europe. Conséquences : un coût sociétal énorme et des dégâts humains irréparables pour de nombreuses familles plongées dans la précarité. Pour changer cette situation, des solutions structurelles sont régulièrement mises en avant comme le développement de peines alternatives à la prison ou un meilleur encadrement des détenus par un personnel pénitentiaire motivé et mieux formé pour aider les détenus à envisager un projet de réinsertion.

Une nouvelle organisation d’abord pour la future prison de Haren

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Prison Haren © Tous droits réservés

Cette nouvelle approche de l’encadrement au sein des prisons devrait être testée d’abord dans la future prison de Haren, qui sera inaugurée fin de cette année. Son application permettra de mieux différencier les tâches liées à la surveillance au sens strict de celles liées à l’accompagnement des détenus tout au long de leur séjour en prison

Il s’agit de proposer aux agents pénitentiaires d’opter vers un pôle ou l’autre, de manière à mieux valoriser leur expérience et leurs aptitudes au sein de la prison.

"Assistant de sécurité", l'accent centré sur la surveillance

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Comme l’intitulé l’indique, "l’assistant de sécurité" se verra confier l’ensemble des tâches de surveillance au sein de la prison : le contrôle des accès et sorties de l’établissement, la gestion de la circulation sécurisée en interne lors des mouvements de détenus dans la prison et les fouilles lorsque le règlement le prévoit. 

Cette fonction fera appel aux technologies de vidéosurveillance qui deviennent de plus en plus importantes au sein des établissements pénitentiaires.

"Accompagnateur de détenu", d'abord le contact avec le détenu

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L’accompagnateur de détenus devient un "facilitateur" permettant aux détenus dont il s’occupe de participer aux différentes activités au sein de la prison.

S’appuyant sur son sens du contact, l’accompagnateur est le premier référent vers lequel le détenu pourra se tourner pour gérer son quotidien dans l’établissement. 

Il permettra aussi par sa connaissance du détenu d’anticiper les tensions et les éventuels problèmes de sécurité que cela pourrait poser au sein de la prison. C’est lui qui rendra des avis sur les parcours de détention et de reclassement du détenu.

Pour convaincre le personnel, l’Autorité doit d’abord respecter ses engagements

Pour que cette réforme du métier d’agent pénitentiaire passe la rampe, il faudra convaincre d'abord le personnel de sa réelle utilité, démontrer les gains obtenus en termes de bien-être au travail et de sécurité.

Coté syndical, on est attentif à ce que cette réforme ne soit pas une occasion manquée de plus, un simple changement de terminologie plaqué sur une même réalité de terrain.

résoudre d’abord le manque de personnel et la vétusté des infrastructures

Pour Gregory Wallez, de la CGSP, si l'on ne résout pas d’abord le problème du manque de personnel - plus de 400 agents - et la vétusté du parc des prisons, toute réforme sera vouée à l’échec.

"Les infrastructures sont la plupart du temps obsolètes, il est nettement plus facile et plus intéressant de travailler dans de nouveaux établissements avec des locaux qui vont permettre justement aux détenus d’être occupés la majeure partie du temps, par des formations, par du sport, et par différentes autres activités". 

Et le responsable syndical d’indiquer qu’à ces conditions, une philosophie de travail différente est envisageable avec la possibilité comme c’est déjà le cas à la prison de Marche, de laisser les cellules de certaines sections ouvertes durant la journée : "tout cela devient possible à partir du moment où les détenus ont des occupations, que la sécurité statique est assurée et que le personnel est disponible en suffisance".

Car sans personnel supplémentaire, le risque est grand dit-il, "de faire basculer rapidement les agents d'une fonction dans une autre au gré des grilles de présence".

Rendre le métier attractif et organiser des formations internes

Même constat du côté du syndicat CSC où Claudine Coupienne estime que le cadre de la prison doit évoluer mais en commençant par respecter les engagements pris par l’Autorité. "En 2019, lors de la mise en place du service minimum, la direction des prisons et l’autorité politique, le ministre de la Justice, s’étaient engagés à procéder à des recrutements statutaires et à la mise en place d’une école de formation pour les gardiens, rien de tout cela n’a eu lieu jusqu’à présent."

Et d’indiquer que dans ce contexte, il sera difficile de faire avancer un dossier de refonte des fonctions avec un SPF-Justice qui peine à recruter : "c’est un métier qui n’est plus attractif maintenant à cause de la surpopulation carcérale et la dégradation des prisons les plus anciennes, Leuze et Marche, pour le côté francophone, ce sont des 'anecdotes', sur dix-sept établissements, ce sont les seuls qui sont vraiment 'très corrects', le reste est catastrophique."

Pas qu’une question d’argent, les mentalités doivent évoluer dans la société

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L’époque où la prison ne servait qu’à exclure de la société ses éléments déviants est en théorie révolue mais dans les mentalités l’est-elle réellement ? Beaucoup de stéréotypes continuent à circuler à propos de l’univers carcéral. 

Pourtant chacun sait que la prison n’est pas conçue comme un lieu dont on ne sort jamais. Et qu’un détenu qui s’y trouve fait "un séjour en prison" plus ou moins long avec l’espoir de ne plus devoir y revenir. 

Si l’on veut qu’il en soit ainsi, le regard posé sur l’univers des prisons doit changer. Plutôt que d’être un lieu de relégation, un lieu destiné à faire peur à celui qui y entre, ce lieu de détention peut devenir l’espace d’une seconde chance, celui où "le détenu", s’appuie sur ce séjour contraint pour se reconstruire et réorienter son parcours de vie. L’organisation de la prison doit tout faire pour l’y aider, quitte ensuite à devoir fermer des prisons comme aux Pays-Bas.

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