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Politique

Presque une femme sur deux est à temps partiel, rarement par choix, un enjeu pour la réforme des pensions

02 juil. 2022 à 04:59 - mise à jour 02 juil. 2022 à 06:48Temps de lecture3 min
Par Marie-Laure Mathot

Le gouvernement fédéral s’est réuni ce vendredi soir de manière informelle chez le Premier ministre, Alexander De Croo. L’idée est d’apaiser les esprits afin d’aboutir sur plusieurs gros dossiers avant le 21 juillet dont, notamment, le dossier des pensions. Un des enjeux de cette réforme, c’est la retraite pour les travailleurs à temps partiel qui sont surtout des travailleuses.

Travailler à mi-temps, à 4/5e ou à tiers-temps, ces régimes de travail concernent en effet surtout les femmes : 80% des temps partiels sont occupés par des travailleuses. Et 42% des femmes travaillent à temps partiel. Mais le font-elles de gaieté de cœur ?

C’est ce qu’a voulu savoir le Conseil à l’égalité hommes et des femmes (à ne pas confondre avec l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes). D’abord, les premiers chiffres montrent que "près de 45% de femmes (pour 19,4% d’hommes), déclarent travailler à temps partiel pour des motifs familiaux soit pour garder leurs enfants ou des personnes dépendantes soit pour d’autres raisons familiales (Eurostat, chiffres de 2019)." Les rôles sont donc encore très genrés et ce n’est pas par choix. "Seulement 9,4% de femmes (6,5% d’hommes) déclarent ne pas souhaiter un temps plein."

Cela signifierait que 9 femmes sur 10 préféreraient un temps plein ? "C’est la conclusion que l’on pourrait tirer mais il faut nuancer un petit peu", répond Dominique De Vos, présidente de la commission Sécurité sociale du Conseil fédéral de l’Égalité des chances entre hommes et femmes.

En fonction du secteur

D’abord, il faut distinguer les secteurs et les réalités qui sont derrière ces chiffres. "Si on prend le secteur des banques et assurances par exemple, les travailleuses sont tout à fait satisfaites. Ce sont des 4/5e donc des 'gros' temps partiels qui sont pris à leur demande." Par contre, si on va dans d’autres secteurs où l’on ne retrouve quasi que des femmes comme le nettoyage, la vente ou les maisons de repos et de soins, la réalité est toute autre.

"C’est dans ce secteur du service que se concentrent les femmes qui travaillent et c’est là qu’est le temps partiel, explique Dominique de Vos. Ce sont dans ces secteurs que l’on retrouve des intensités d’horaire et de travail qui ne permettent pas de travailler à temps plein."

Les chercheurs de la KULeuven qui ont mené une étude pour le Conseil confirment cette hypothèse : dans ces secteurs, le temps partiel n’est pas choisi. D’abord parce que les offres d’emploi ne sont jamais ou rarement à temps plein. "Ce sont des femmes peu qualifiées qui acceptent ces horaires car elles n’ont pas d’autres choix", commente Dominique De Vos. Mais aussi et surtout parce que la pénibilité et les horaires ne le permettent pas.

Choisis par le patron de l’entreprise de nettoyage

"Les horaires dans les entreprises de nettoyages sont choisis par le patron de l’entreprise de nettoyage et son client, l’entreprise à nettoyer, explique Dominique De Vos. Et bien souvent, c’est quand les employés de l’entreprise à nettoyer ne sont pas là. Les travailleuses se retrouvent donc avec des horaires décalés." Des horaires difficilement cumulables avec d’autres prestations.

Si les jeunes mamans apprécient le temps partiel pour pouvoir s’occuper de leurs enfants, une fois que ceux-ci sont grands, ce n’est pas pour autant qu’elles passeront à temps plein. En cause : la pénibilité du travail. "Certaines arrivent à passer à de 'gros' temps partiel mais quand on se retrouve à 45 ans avec des canaux carpiens des mains foutus, c’est plus compliqué", illustre la directrice.

Impact sur la pension

Un non-choix qui n’est pas sans conséquence sur leurs droits sociaux. La question a d’ailleurs été posée par les chercheurs de la KULeuven à la trentaine de travailleuses interviewées pour la recherche : "Avez-vous conscience du fait qu’un emploi à temps partiel entraînera une pension plus basse ou une allocation moins élevée si vous vous retrouvez un jour au chômage ?" Si certaines le savent et s’en lamentent, d’autres ne s’en rendent pas toujours compte.

"Le salaire est déjà trop bas pour avoir une autonomie financière pendant leur période de travail et en plus elles auront une pension de misère", réagit Dominique de Vos qui pointe également le cercle vicieux dans lequel le temps partiel peut enfermer les femmes. "Le temps partiel freine les avancées vers une meilleure répartition de l’ensemble des responsabilités familiales." Pour la directrice, il enferme les individus dans le schéma l’homme qui ramène de l’argent et la femme qui s’occupe des enfants.

Améliorer les conditions de travail de ces travailleuses est indispensable pour le Conseil à l’égalité entre les hommes te les femmes en ce compris, revaloriser les salaires "qui ne permettent pas de vivre dignement". Mais aussi baisser l’intensité des prestations : "la réalité des maisons de repos et de soin n’est plus la même aujourd’hui qu’il y a 20 ans". Et puis, réfléchir à donner une pension plus élevée à ces travailleuses qui n’ont finalement pas choisi le temps partiel en modifiant notamment, le calcul de leur pension.

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