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Présidentielle en France

"Qu’on donne son avis !" : la présidentielle 2022… tout un fromage (morceau n°2 : la Côte d’Opale)

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05 avr. 2022 à 06:00 - mise à jour 05 avr. 2022 à 09:37Temps de lecture12 min
Par Kevin Dero - Graphisme: Quentin Vanhoof et Malaurie Gallez

Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromage ?

La phrase claque, l’image est forte. On la doit à un président français, inventeur de la Ve République, Charles De Gaulle. Le général, verbe haut, voix chevrotante et képi étoilé vissé sur la tête, avait, lui-même une " certaine idée de la France ".

Eh bien, mon Général, héros du 18 juin, on a compris votre bon mot fromager comme un appel !

Mêler fromage et politique… En voilà une manière curieuse d’aborder la campagne pour l’imminente élection présidentielle. Ben, pourquoi pas ? Aaah, cette France voisine, chacun en a une idée différente. Nation singulière, tout en étant plurielle. Telle cette dernière phrase, elle peut s’avérer parfois légèrement contradictoire. Un tout cas, force est de constater que nous sommes face à un pays au caractère fort et où les habitants se montrent profondément attachés à leur culture, à leur patrimoine. Il y a une multitude de petites France dans la France. Les résumer en quelques lignes serait une gageure. C’est un peu ce que le grand Charles voulait signifier par cette fameuse phrase… "Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromage ?"

Le pays aux 1200 fromages
Le pays aux 1200 fromages © Tous droits réservés

Nous sommes partis de la vision – certes un peu clichée, on vous l’accorde – que dans le pays de la gastronomie, se retrouver autour d’une table, à " la bonne franquette ", face à un bout de pain et à un verre de rouge, est une chose souvent précieuse. Un contexte où les conversations se délient, où l’ambiance conviviale permet de délivrer des pensées de fond…

Tentons le coup. Avec pour seul bagage un sac à dos contenant une planche en bois, une rawette de fromage local, une baguette de pain et une lichette de vin, un simple carnet à la main, partons quelques heures à la rencontre de quelques " terroirs ".

Vous l’avez compris, le fromage est un prétexte. Une manière d’aborder les choses sans chichi, propice à la rencontre… D’autant, confidence pour confidence, votre serviteur n’est pas un fanatique des laitages, ce qui rend d’autant plus humble (voire farfelue) la démarche aux yeux d’hexagonaux volontiers plus fromagivores…

Nous vous proposons dès lors un petit tour en campagne(s), qui n’a prétention à l’exhaustivité, mais qui permettra, peut-être, de mieux appréhender quelques réalités vécues par nos chers voisins.

Marchons vers vous, enfants de la Patrie ! Dans vos régions et votre patrimoine, avec un morceau de frometon, pour peut-être en espérer humer… un certain état d’esprit.

Nous sommes toujours dans le Pas-de-Calais, suivant l’odeur du maroilles fermier.
Nous sommes toujours dans le Pas-de-Calais, suivant l’odeur du maroilles fermier. Kevin Dero

TOM (M) E 2 : Le Boulonnais

Boulogne-sur-Mer, 40.000 habitants, est au cœur d’une agglomération trois fois plus peuplée. Cet ensemble est marqué par des sociologies différentes. Des cultures ouvrières implantées sur les collines ou près des axes de transport (ports, gare…) côtoient un monde plus bourgeois, dans la vieille ville ou le long de la mer, comme Wimille et Wimereux. Parcourons quelques endroits de cette agglomération aux multiples visages.

Wimereux

A trois kilomètres au nord de Boulogne, Wimereux. Ici, l’écume qu’on peut voir le long des plages de cette petite station balnéaire bourrée de charme est aussi le nom d’un fromage. L’Ecume de Wimereux.

Digue à Wimereux

Sophie Farrugia en incorpore parfois dans ses petits gâteaux salés. Tout comme du chèvre, du comté ou du maroilles, selon les jours – Cinq recettes sont produites quotidiennement —. Aujourd’hui, elle et ses six employés sont tout affairés à confectionner des " Boulonnais ", petits biscuits enrobés de sucre glace. Avec la rapidité de l’éclair, elle roule les petits gâteaux à tour de bras. Ici, tout est artisanal. Fait à la main de A à Z. En collaboration avec des agriculteurs et des fromagers de la région, Sophie vend ses douceurs aux magasins de produits locaux et aux hôtels du coin. Souriante, derrière son masque, elle n’arrête pas de se démener. Quand les biscuits sont façonnés, il faut maintenant les mettre à sécher dans une chambre spéciale. Et les jeunes employés de partir casser la croûte. Point de tout cela pour Sophie Farrugia. " Je vais fourrer les gaufres ! " lance-t-elle à travers l’atelier.

Préparation alléchante de gaufres.
Préparation alléchante de gaufres. Kevin Dero

Tout en travaillant, elle ne crache cependant pas sur un bout de fromage et un quignon de pain.

Commerciale à la base, cette spitante indépendante décida il y a une dizaine d’années de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Elle passa un BEP en pâtisserie à l’âge de 40 ans puis monta sa propre affaire appelée Biscuiterie Artisanale Sophie Farrugia ". Installé dans la zone artisanale de Wimereux depuis 2018, l’atelier jouxte le magasin, où Sophie sert les clients. Battante, Sophie Farrugia met du cœur à l’ouvrage pour sa boîte. " Il faut sans arrêt innover, c’est important ". Si les justifications administratives sont pour elle un peu fastidieuses, elle n’est pas totalement en désaccord avec le gouvernement : " il ne faut pas tout accepter non plus mais je n’ai pas de colère en moi " explique la cheffe d’entreprise. " On ne peut compter que sur soi-même, il ne faut pas trop attendre des autres " dit-elle un boulottant un morceau de maroilles.

Il ne faut pas tout accepter non plus mais je n’ai pas de colère en moi

Sophie Farrugia, partagée entre salé et sucré
Sophie Farrugia, partagée entre salé et sucré Kevin Dero

"Vraies valeurs"

Et Sophie de constater une ère du " chacun pour soi " beaucoup plus marquée qu’avant. Ce qui est le cas également chez la plupart des personnes rencontrées durant ce reportage fromager.

L’artisane craint la hausse des matières premières et de l’énergie. " Ça commence à fort se ressentir, dit-elle ". Privilégiant le circuit court, elle se réjouit cependant des nouvelles habitudes alimentaires de beaucoup de personnes : " les gens recherchent beaucoup plus la qualité qu’auparavant, c’est bien, on revient aux vraies valeurs " analyse-t-elle. Vis-à-vis du chef de l’Etat, elle se montre plutôt compréhensive : " Il a l’air parfois un peu déconnecté de la base, mais c’est peut-être dû à sa fonction (ou à ses conseillers). Je vois déjà comment c’est compliqué de gérer une petite entreprise, alors l’Etat… ! Franchement, il a quand même tout mon respect, le président ".

« Carpe Diem » pour la jeunesse

La femme battante note un changement cependant dans le chef de la jeune génération : " les employés sont plus difficilement en phase avec le marché de l’emploi, d’autant plus depuis le covid. Ils n’ont pas tout à fait la même vision. Ils sont là pour travailler pour gagner de l’argent et ensuite pouvoir partir en vacances ". Un état d’esprit " carpe diem " de la part de la jeunesse constaté par la plupart des employeurs rencontrés.

Et cette drôle de campagne, qu’en penser ? " Je trouve dommage qu’on ne parle pas assez de l’environnement " déplore Sophie. " C’est tellement important, et pour moi qui suis convaincue des bienfaits d’une agriculture de qualité, c’est un peu navrant que cela ne soit pas plus mis en avant ".

Pâte pas trop molle mais pas trop puissant

Cependant, le candidat écologiste, elle le perçoit comme manquant un brin de charisme. Mélenchon ? Non, trop grande gueule. " Il faut être capable de garder son calme " assène Sophie. Affirmant ne pas être tentée du tout par les extrêmes, pour elle – et pour rester dans le jargon fromager — ce qu’il faut, c’est un président à pâte pas trop molle mais pas trop puissant quand même.

En tout cas, il est nécessaire pour elle d’aller humer l’odeur des urnes. Il faut voter. " Qu’on vote pour ce qu’on aime ou qu’on vote pour " foutre le brin ", ce qu’on veut. Mais qu’on donne son avis ".

Des biscuits au maroilles… C’est possible !
Des biscuits au maroilles… C’est possible ! Kevin Dero

Outreau

Quittons Wimereux, la banlieue nord plutôt privilégiée de l’agglomération boulonnaise, pour nous rapprocher de la Liane. Et passons même " outre " le cours d’eau pour accéder, au sud-ouest de la ville portuaire, à la commune d’Outreau. Ici, c’est un autre décor. Nous sommes dans une ville ouvrière.

Hôtel de Ville d’Outreau (Pas de Calais)
Hôtel de Ville d’Outreau (Pas de Calais) K.D.

Outreau est située face à Boulogne, entre le quartier marin de Capécure et des entreprises sidérurgiques toujours implantées en bords de Liane. Auparavant, celles-ci étaient florissantes. Notamment les Aciéries Paris-Outreau, qui fournissaient la France entière en voies de chemin de fer. Avec la puissante Comilog et ses hauts-fourneaux sur le port, ça en faisait de l’emploi pour des gros bras ! De la poussière jaune recouvrait toutes les voitures de l’agglomération trois fois l’an, les poumons des Boulonnais n’étaient pas en fête, mais quand même, c’était peut-être un mal pour un bien… M’enfin, en 2040, on nous promet une belle marina.

La campagne est aux portes de la ville
La campagne est aux portes de la ville K.D.

Phénix

Dans les années 50, après les destructions de la guerre, Outreau, dont le symbole est le phénix, est devenue une sorte de cité-dortoir pour nombre d’ouvriers boulonnais. Des HLM de taille moyenne ont poussé comme des champignons un peu partout sur la commune, notamment dans les quartiers Manihen (tourné vers les aciéries), Mont-Soleil et Tour du Renard. Ceux-ci forment comme des " villes dans la ville ", avec une identité propre. La commune, éclatée, a vu sa prospérité décliner avec la fin des grandes entreprises pourvoyeuses d’emploi. Le chômage a augmenté, le niveau de vie a chuté. Comme si le sort s’acharnait, une très médiatique affaire judiciaire enfonça le clou à la fin des années 90. Un voile noir s’abat sur la cité.

HLM à Outreau
HLM à Outreau K.D.

" Vous savez pourquoi on appelle cette affaire " l’affaire d’Outreau " ? ". Christophe Ringot, directeur du centre social et culturel Jacques Brel, met les pieds dans le plat, de but en blanc. " Parce que ça sonnait bien. J’explique. Comme la plupart des affaires, on aura dû l’appeler du nom de ses protagonistes à l’origine, à savoir le couple Delay-Badaoui. Mais le jeune juge chargé de l’affaire et des avocats ont voulu se faire mousser, et pour cela, il fallait trouver un nom plus percutant ". Quelques années seulement après l’" affaire Dutroux ", " l’affaire d’Outreau " et bien… Ça sonnait bien mieux ! " Phonétiquement, c’est presque pareil ", fustige Christophe Ringot. Et se désoler que depuis, une sorte d’opprobre soit tombé sur les habitants. " Pas facile de dire qu’on habite Outreau… C’est plus simple Equihen-plage, ou Wimereux ! ". Rendre leur fierté aux Outrelois, telle est une partie de la mission qu’il s’est donnée lorsqu’il a accepté ce poste, voici 7 ans (après 14 passés justement… à Wimereux).

La "pleine activité"

Christophe Ringot est un roi de la punchline, de la phrase-choc. Il a l’énergie débordante et les idées bien claires. Pour lui, tout passe par la culture. Et ça déménage. " Ici, il n’y aura plus le plein-emploi. Mais on vise la pleine activité ! ". " Une ville brille par ses habitants, et moi, j’aime rendre les gens auteurs d’un projet culturel. On n’imagine pas à tel point l’être humain est attaché à son histoire, à sa culture. Pour pas mal de gens ici, ce qui leur reste, c’est la mémoire ". Et le responsable de se démener pour organiser des expositions – où les habitants amènent des anciennes photos, des objets spécifiques…-, des rencontres avec des artistes, avec d’autres cultures aussi, des concerts, des ateliers comme un atelier cuisine, la réalisation de films… Comme celui où on suit Lucien, le dernier habitant d’un HLM dans le quartier du "Chemin Vert" à Boulogne.

Une ville brille par ses habitants

" Pour que la population se sente utile socialement, il faut la mettre au contact du " beau ". Lui dire : " vous avez vécu quelque chose". Par contre, je ne viens pas proposer une expo genre Outreau en 2050… Ça, ça va être difficile".

Et Christophe Ringot de théoriser qu’afin que cela se passe au mieux dans le domaine culturel, l’animateur doit être le médiateur, l’artiste le passeur et l’habitant… l’acteur.

Christophe Ringot devant le centre cultuel et social Jacques Brel, à Outreau
Christophe Ringot devant le centre cultuel et social Jacques Brel, à Outreau Kevin Dero

L’exemple des motocyclettes

La vision, au centre Jacques Brel, se veut souvent décalée, voire un brin transgressive. Et de parler volontiers… motocyclettes. " Comme dans beaucoup d’endroits, nous étions confrontés au problème des rodéos urbains ", raconte Christophe Ringot. Face à ses jeunes qui font un boucan d’enfer et roulent à tombeaux ouverts sur des motos ou des véhicules souvent bricolés, les autorités ont d’habitude le réflexe des restrictions, interdictions ou autres contraventions. Une autre approche peut être possible, selon le directeur " Au lieu d’interdire encore et encore – c’est dingue comme dans la vie, on ne supporte plus de voir des gens rassemblés —, eh bien moi je préfère qu’on encadre. J’ai donc demandé qu’on mette de l’argent pour… Acheter des motos et aménager des terrains de motocross. Depuis, 45 gamins de la ville participent à des courses de motocross et les autorités bossent pour poursuivre dans la même veine ". Les ados s’épanouissent, se changent les idées sainement, et les riverains sont rassurés.

Paix sociale ?

Il est cependant vrai que pour ce type d’actions, il vaut mieux avoir des sous dans le portefeuille. C’est un des prix à payer aussi pour les élus. Outreau a, par sa politique déjà ancienne de terre de logement pour revenus modestes, pu bénéficier de nombre de " mètres carrés sociaux ". Des aides substantielles sont donc reçues par la municipalité. La petite ville dispose donc " équipements hors norme par rapport à sa population ", comme une médiathèque, une salle de spectacle, une piscine, un vaste centre culturel (un deuxième est en chantier), deux collèges, un lycée professionnel… La rénovation urbaine est aussi en route. Comme dans le fameux quartier de La Tour du Renard. " Dans les années 50, les appartements là-bas étaient vus comme hypermodernes. Tout le monde voulait y aller. Vous imaginez ? C’étaient les premiers à avoir une salle de bains ! Mais ça vieillit mal… mauvaise isolation, amiante, pas d’insonorisation suffisante… ". Petit à petit, les ensembles d’HLM sont remplacés par des plus petites unités. Une " déconstruction " (et pas " démolition ", selon le jargon de la transition énergétique…) menée par des " conseils citoyens " et qui devrait rendre le quartier plus agréable, et diminuer encore les problèmes de petite délinquance. Voire même, pourquoi pas… attirer de la population de Boulogne.

Une " paix sociale " qui passe aussi par les éducateurs et un certain " contrôle social " dans l’entité tout entière. Des éducateurs et toute une série d’autres " Invisibles " (tels les personnages du film éponyme) qui œuvrent pour que tout ce petit monde tourne le plus rond possible.

 

Affichage sur un abribus à Outreau.
Hôtel de Ville d’Outreau.

Car la culture ouvrière reste au cœur de la cité. Et même si les temps sont difficiles –" Il y a certes une misère sociale mais pas de pauvreté à proprement parler "-, le schéma familial est encore " à l’ancienne " ici, comme l’explique Christophe Ringot. Et des " filets de sécurité " d’être actifs. " Ici, on ne va pas mourir anonymement. Dès qu’il y a un décès, il y a quête dans la communauté. C’est la culture ouvrière d’ici, tout le monde se connaît, tout le monde s’entraide, tout le monde prend des nouvelles de tout le monde ".

Ici, à Outreau, on ne meurt pas anonymement

Mangeons maintenant un bout de Maroilles fermier. Dans la cuisine où se donnent des cours (avec même une caméra pour les " visios " en prime).

Petite pause musicale

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Danger démago

Côté enjeux politiques, on a compris qu’il y a ici une volonté d’éviter l’emprise de l’extrême-droite. " Le FN aurait bien voulu conquérir la ville y a quelques années, pour en faire un symbole. Ils auraient pu dire ainsi : vous voyez, les miséreux d’Outreau, les oubliés, les frustrés, avec leur mauvaise réputation… ! Ça s’en est fallu d’un cheveu mais on a travaillé d’arrache-pied sur l’interculturalité et la connaissance et à présent, le danger est écarté. J’en suis fier " explique Christophe Ringlet.

Quand l’emploi n’est plus là, on risque de perte l’activité. Sans activité, pas d’identité. Ensuite vient la perte de fierté. Tout mon boulot, c’est d’éviter ça

Mais le risque est toujours présent, évidemment. En ce moment, on organise des cours de rhétorique, pour apprendre à la population à décoder les messages et la vie politique. Continuer aussi de permettre à la population de se découvrir (notamment avec les communautés portugaises et italiennes, importantes à Outreau). La solidarité, fer de lance de l’action du centre. " On a peur de ce qu’on ne connaît pas. Moi j’suis sûr que les habitants d’Hénin-Beaumont (fief de Marine Le Pen, ndlr) ne sont pas racistes " explique le directeur. " Les gens ont peur, il faut les réunir, les écouter aussi ".

K.D.

Les gens ont peur, il faut les réunir, les écouter aussi

Anaïs a 31 ans. Elle fait un saut au centre culturel avant de faire sa tournée du soir dans les différents quartiers la ville de 13.000 habitants. Aujourd’hui, elle forme en binôme avec Gilles, éducateur tout comme elle. Ça fait un an quasi-pile poil qu’elle travaille à Outreau. " C’était une petite conne ! ", balance avec ironie Christophe Ringot. Le ton est volontairement provocant. Car il la connaît depuis longtemps, Anaïs. Elle était une de ces jeunes en déshérence il y a une quinzaine d’années, lorsqu’il œuvrait à Wimereux. " J’ai eu un parcours difficile ". Et Anaïs de se confier : " J’étais en décrochage, une gosse de rue. On ne me destinait pas à grand-chose, dans ces années-là ". Voici quinze ans, elle saisit quand même du bout des doigts la main tendue par Christophe Ringot et son équipe. Elle rentre dans différentes initiatives, dont la rencontre avec la communauté Emmaüs. Ensuite, majeure, c’est la vadrouille. En France, un peu partout, au hasard.

Le directeur, lui, continuait à prendre de ses nouvelles, à distance (selon la règle du " tout le monde prend des nouvelles de tout le monde ", comme il l’a expliqué). Et un beau jour, il fait appel à elle. Pour être éducatrice à Outreau " Le directeur m’a fait confiance, je l’en remercie vraiment ". Et la jeune femme d’à présent tenter de tendre la main aux ados d’Outreau. " C’est dans la confiance qu’on parvient à se frayer un chemin dans la vie " explique Anaïs, une petite étoile dans les yeux.

Anaïs, Christophe et Gilles (et du maroilles)
Anaïs, Christophe et Gilles (et du maroilles) K.D.

Et la jeune femme d’enfiler une veste chaude en terminant son bout de pain. La fermeture éclair remontée jusqu’au-dessus, un bonnet est bientôt vissé sur la tête. Quelques pas dans le couloir puis elle ouvre la porte du centre Jacques Brel. Anaïs s’en va dans la nuit, faire sa ronde, à la rencontre des plus jeunes. " Invisible " ? Pas tant que ça.

Fresque sur un mur de Boulogne-sur-Mer
Fresque sur un mur de Boulogne-sur-Mer Kevin Dero

Rendez-vous demain pour une troisième part de portraits, de paysages et d’humeurs réalisés chez nos voisins Français.

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