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Chroniques

Présidentielle 2022 : in memoriam le débat des présidents

Les coulisses du pouvoir

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Le débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron a une nouvelle fois été le point d’orgue de cette campagne présidentielle en France. Ce modèle d’un duel unique suscite une attention particulièrement élevée, cela crée un momentum dans le paysage politique. Dans le même temps, chez nous, le débat présidentiel classique sent le sapin.

Attraction

À chaque élection présidentielle française, des politiques belges francophones, des journalistes, des citoyens regardent avec un œil plutôt envieux ce duel français de l’entre-deux tours, en le comparant à nos débats présidentiels souvent longs et ennuyeux où trônent jusqu’à 6 candidats. Comment dans un système proportionnel susciter un "moment" de la vie démocratique, un moment attendu, un moment confrontant, un moment attirant ?

La première remarque à faire c’est que jamais dans un système proportionnel il ne sera possible de résumer médiatiquement la vie politique à un duel comme dans un système majoritaire. Sauf changement de scrutin, ce serait tout simplement tronquer la réalité du pluralisme des partis chez nous.

Et pourtant, les chaînes de télé ou les groupes de presse essaient de le faire malgré tout. Souvenez-vous, en 2014 VTM et RTL-TVI avait organisé le débat De Wever - Magnette, ce qui avait suscité à l’époque une intense tension entre le groupe RTL et les autres partis francophones qui s’estimaient lésés. En 2019, l’expérience n’a pu être renouvelée, mais l’Echo et de Tijd étaient parvenus a organisé le débat Nollet - De Wever. Mais à chaque fois cette tentative d’organiser un duel unique, à la française, crée la légitime question d’équité et de représentativité de la réalité politique.

Régime parlementaire

À la différence de la France où le scrutin présidentiel force une confrontation entre deux candidats au deuxième tour, notre réalité institutionnelle, c’est le parlement. Nous, les médias, sommes dépendants de la composition du parlement, de la représentation des partis. Notre débat présidentiel est donc celui du chef des partis.

Jusque dans les années 80, la TV pouvait organiser des débats à trois : libéraux, sociaux-chrétiens et socialistes, Deprez, Spitaels, Gol par exemple. Mais dès la fin des années 80, il a fallu intégrer les écolos (Paul Lannoye, Olivier Deleuze ou Jacky Morael) et puis Defi, et puis le PTB. On se retrouve désormais avec des débats de présidents à 6, des grands-messes indigestes.

Pour contrer ce problème les médias organisent donc "des" duels, des dizaines de duels dans des formes variées. Souvenez-vous des cubes posés par la RTBF devant le palais de justice. Mais à chaque fois, par souci d’équité, toutes les confrontations doivent être organisées, PS-MR, PS-ECOLO, MR-ECOLO, DEFI-PTB… Soit pour 6 partis, 25 confrontations dispatchées entre radios et télé.

Indigestion démocratique

L’inflation de duels chez nous est donc une tentative de réponse à la forme indigeste que prend chez nous le débat présidentiel. Mais cette inflation de duels cause une autre forme d’indigestion et de lassitude face à tant de déclinaisons. Le débat présidentiel unique pluraliste n’est donc pas abandonné.

Pour renouveler ce grand débat présidentiel, varier et relancer l’intérêt, certains à la RTBF, comme Thomas Gadisseux, réfléchissent avec des collègues de la VRT à l’organisation de débats nationaux flamands francophones. Mais là aussi les plateaux seraient gargantuesques, au minimum 12 partis, dont le Vlaams Belang, ce qui pose une question épineuse quant au cordon sanitaire médiatique, qui est toujours respecté dans le sud du pays, pas au nord.

Bref, on le voit bien : rien n’est simple pour des médias qui doivent à la fois concilier le souci de représenter la réalité de la vie politique belge et l’intérêt des auditrices, lecteurs, téléspectatrices.

Cela dit, nous aurions tort de penser que la situation française du duel unique est préférable à la nôtre. Si Un Mittérand-Giscard réunissait un Français sur deux, 30 millions de personnes en 1981, c’est aujourd’hui moitié moins. Les trois derniers débats c’était environ 17 millions de personnes. Et puis ce duel unique, incarnation du système présidentiel majoritaire, ne préserve pas la société française de la fatigue démocratique. Loin de là. 

Les indicateurs de confiance dans les partis, les syndicats et les journalistes sont encore plus mauvais en France que chez nous. La seule conclusion solide qu’on peut en tirer à mon avis c’est que la question de l’épuisement démocratique, de la crise de confiance dans le système n’est pas liée de manière décisive à la question du dispositif médiatique.

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