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Présidentielle en France

Présidentielle 2022 : après la débâcle du premier tour, quel avenir pour les partis traditionnels ?

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Les Républicains et le Parti socialiste ont réalisé ce dimanche les plus faibles scores de leur histoire.

"C’est une claque", les mots du député LR des Alpes maritimes Eric Ciotti sur le plateau de TF1 après l’annonce des résultats résume bien le ressenti des partisans de Valérie Pécresse ce dimanche soir dans son QG du 7e arrondissement à Paris. La droite républicaine a connu dimanche son plus bas historique lors d’une élection présidentielle, sa candidate avoisinant les 5% de voix lors de ce premier tour.

L’ambiance n’était pas meilleure dans le 14e arrondissement de la capitale, au QG du Parti socialiste. La candidate et maire de Paris Anne Hidalgo se classe en 10ème position du premier tour, avec seulement 1,8% des voix. Certains militants présents sur place à l’annonce des résultats n’ont pas hésité à parler de "fin du parti".

Avec ces deux éliminations, ce sont deux partis traditionnels de la Ve République qui sont évincés de l’élection dès le premier tour. Un échec électoral aux causes multiples, mais qui se rejoignent sur certains points. Pour ces deux partis en tout cas, un besoin de se réinventer s’impose.

Une gauche fragmentée

Avec 1,7% des voix, Anne Hidalgo divise par trois le score de son prédécesseur Benoît Hamon, associé en 2017 à une première déflagration historique (6,34%) pour le parti socialiste. Il s’agit donc d’un nouveau revers historique pour la gauche, cinq ans après la fin du quinquennat de François Hollande.

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Selon Benjamin Biard, politologue au Centre de recherche et d’information socio-politiques (Crisp), cette plongée du PS s’explique par une double difficulté.

La première est une question d’identité. "Le parti ne parvient pas à trouver une figure qui rassemble la gauche et qui n’est pas contestée", explique le spécialiste. La seconde est d’ordre idéologique. Selon le politologue, le PS n’est pas sorti indemne du quinquennat de François Hollande. "Un fossé s’est creusé entre une gauche centrale, voire libérale, portée par Hollande durant son mandat et une gauche plus radicale, d’origine historique".

Ces tensions internes entraînent une fragmentation du parti, avec la fuite des voix plus à gauche ou plus au centre.

Des Républicains sans leader

Bien qu’elle se classe devant Anne Hidalgo, avec 4,8% des voix, Valérie Pécresse est néanmoins celle qui a connu la descente la plus vertigineuse par rapport à son prédécesseur en 2017. Le candidat du parti Les Républicains, François Fillon, avait alors obtenu 20% des voix.

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L’élection française est extrêmement personnalisée.

Pour Benjamin Biard, ce désintérêt pour la droite républicaine s’explique aussi en grande partie par un problème d’incarnation. "Il faut savoir que l’élection française est extrêmement personnalisée. Or, Les Républicains ne peuvent plus s’appuyer sur un réel leader. Valérie Pécresse n’a pas réussi à raconter une histoire, à créer un message fédérateur autour d’elle. Elle a davantage repris les formules de ses prédécesseurs."

Le temps des extrêmes… et de Macron

La droite comme la gauche traditionnelle subissent toutes les deux la montée des extrêmes qui se remarque dans toute l’Europe. En effet, les extrêmes ont attiré plus de la moitié des électeurs français cette année. Déjà présente il y a cinq ans, cette tendance s’est aujourd’hui normalisée.

Par conséquent, la visibilité de plus en plus importante de ces partis est venue placer sur le devant de la scène des sujets qui s’éloignent de la "chasse gardée" des anciens partis. "Des sujets comme l’immigration ont été au centre de cette campagne, alors que d’autres comme le pouvoir d’achat ou la santé ont été fortement éclipsés. Les partis traditionnels n’ont donc pas pu surfer sur leurs sujets de prédilection", remarque Benjamin Biard.

Un autre pion sur l’échiquier politique français qui ne fait pas le jeu de la gauche, comme de la droite, est le président-candidat Emmanuel Macron qui se revendique de l’un et de l’autre "en même temps", et qui parvient à aspirer une grande quantité de voix.

Dernier poids dans la besace chargée d’Anne Hidalgo et Valérie Pécresse : la dynamique de vote utile qui s’est accéléré de façon spectaculaire lors de cette élection. On estime qu’un candidat donné à moins de 10% d’intentions de vote (seuil symbolique) peut rapidement perdre ses voix au profit d’un candidat mieux placé. Ce phénomène a fortement joué sur le choix des électeurs cette année au détriment de candidats comme Pécresse, Zemmour, Hidalgo et Jadot et au profit d’autres comme Macron, Le Pen et Mélenchon.

Des partis menacés ?

Selon les observateurs de la vie politique française, l’existence de ces deux partis traditionnels est clairement menacée. "Il y a maintenant un enjeu de survie", affirme Benjamin Biard. "Ces partis n’ont pas le choix que de lancer une nouvelle dynamique interne et de se réinventer rapidement".

Une mutation qui est néanmoins loin d’être simple et qui ne peut pas se faire du jour au lendemain. "Il est difficile pour les partis traditionnels de se réinventer, car ceux-ci s’appuient sur une forte base militante", estime Pierre Verjans, politologue à l’ULiège. "La structure militante est un frein au changement".

Une autre menace non négligeable de la débâcle de ces deux partis est d’ordre financier. Valérie Pécresse et Anne Hidalgo n’ayant pas franchi le cap des 5% des voix, leurs frais de campagne ne seront pas remboursés. La première a déjà lancé un appel aux dons pour "boucler le financement" de sa campagne, faisant état d’une "situation critique" de LR. La situation semble plus sous contrôle pour la seconde, le parti socialiste ayant presque entièrement autofinancé sa présidentielle, à bas coûts, par le biais de ses fédérations.

Toujours est-il que le prochain grand test électoral pour ces deux formations politiques arrivera rapidement, avec la tenue des législatives au mois de juin 2022. L’objectif pour les partis traditionnels déc (h) us : réaffirmer leur ancrage local.

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