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Préservatifs anti-viol : une vraie solution ?

Préservatifs anti-viol : une vraie solution ?
18 mai 2021 à 05:49 - mise à jour 18 mai 2021 à 05:493 min
Par RTBF La Première
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Carole Martinez, notre sexologue (www.sxemoi.be) nous présente une nouvelle arme contre le viol en Afrique du Sud.

 

Un préservatif anti-viol inventé par une doctoresse sud-africaine en marge de la coupe du monde de football en 2010 (durant laquelle il avait été distribué gratuitement) voilà ce qui serait la solution pour mettre fin aux viols des femmes, une problématique qui gangrène nos sociétés.

La culture du viol, selon la Dr Sonnet Ehlers, conceptrice du préservatif, est très répandue en Afrique-du-Sud. Il fallait donc une réponse contre ces hommes qui se vantaient d’avoir violé des dizaines de femmes en toute impunité. L’idée est de fabriquer un préservatif féminin dont l’intérieur est garni de lames en plastique aussi tranchantes que des lames de rasoir.

Rape-aXe, préservatif contre le viol

Le but est bien de blesser l’agresseur, et de permettre à sa victime de s’enfuir pendant qu’il tente d’enlever le préservatif. Le retrait ne peut d’ailleurs se faire qu’avec une aide médicale, ce qui permettrait aux médecins et hôpitaux d’identifier et dénoncer ces violeurs.

Une solution miracle ? En Afrique-du-Sud, les chiffres des agressions avaient significativement baissé, démontrant une certaine utilité du dispositif.

Mais, comme le souligne Carole Martinez, il y a un « mais ». Car la plupart du temps, l’agresseur est issu de l’entourage direct de la victime. Or il y a peu de chances pour que le préservatif soit porté partout et tout le temps par les femmes qui l’utilisent. Cela exclut donc tous les viols qui se passent au sein du couple, de la famille, du cercle d’ami. Car, non, tous n’ont pas lieu lors de soirées arrosées ou sur des parkings mal éclairés tard dans la nuit.

Le dispositif n’empêche pas non plus la pénétration, puisqu’il en faut une pour que le préservatif piège le violeur. Le traumatisme de l’agression est donc bel et bien présent. Sans compter que la réaction de l’agresseur est imprévisible : et s’il s’en prenait encore plus violemment à sa victime ?

 

Le responsable, c’est l’agresseur, pas la victime

Mais une autre question peut se poser. Est-ce aux femmes de se prémunir contre le viol ? Doivent-elles en plus prendre la responsabilité si elles subissent ces violences sexuelles ? On entend d’ici les phrases du genre "tu ne t’es pas protégée contre le viol !". C’est à nouveau un transfert de responsabilité qui tend à minimiser la culpabilité du violeur, tout comme l’argument de "la jupe trop courte". Une femme doit pouvoir s’habiller comme elle le veut, aller où elle le souhaite et se comporter comme elle l’entend sans pour autant se faire violer.

"On vit dans un monde ou la culture du viol est encore très tenace, et elle reste parfois la seule manière de penser dans certaines parties de notre planète."

En Belgique, la loi dit que la légitime défense doit être proportionnelle à la menace que vous encourrez. Rien ne garantit que la Justice trouverait proportionnelle une quasi-émasculation comme réponse à un viol.

On aurait envie de penser que la Belgique n’est pas l’Afrique-du-Sud, et que les femmes sont mieux protégées par la loi, que les mentalités ont évolué. Mais rappelons quelques chiffres : en 2020, 23% des femmes ont subi un rapport forcé de la part de leur partenaire ; 20% des femmes ont déjà été victimes d’un viol, soit une femme sur cinq ; 48% des victimes ont été agressées avant leurs 19 ans.

Vous prenez votre mère, votre sœur, votre cousine, votre grand-mère et votre copine : vous choisissez laquelle sera la victime.

53% des plaintes pour viol en Belgique ont été classées sans suite. Il est temps que cela change.

 


Si vous avez été victime d’un viol et que vous n’avez personne à qui parler, ou que vous connaissez une victime de viol, vous pouvez vous tourner vers SOS viol.

0800 98 100

Les appels sont anonymes et gratuits, et vous êtes pris en charge par des spécialistes qui sont là pour vous aider, vous accompagner et vous conseiller.

www.sosviol.be


 

 

Tendances Première : Les Tribus

Carole Martinez : Une nouvelle arme contre le viol en Afrique du Sud

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