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Justice

"Pourquoi moi ?" "Comment m’avez-vous choisie ?" : les questions des victimes belges au violeur de la Sambre

Procès du Violeur de La Sambre

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21 juin 2022 à 13:09Temps de lecture3 min
Par Malika Attar

Huitième jour de procès pour le violeur de la Sambre à la cour d’assises de Douai : une journée entièrement consacrée au volet belge du dossier. Huit victimes sont concernées. Ce mardi, Dino Scala a reconnu sa responsabilité dans tous ces faits, et prend parfois la parole pour donner ses précisions.

"Pourquoi moi ?" "Comment m’avez-vous choisie ?" Ces phrases claquent dans la bouche de deux victimes belges, ce matin. Le silence se fait alors plus lourd dans la salle d’audience. Les regards se tournent vers ce sexagénaire peu fringuant… Dino Scala se lève et lance un : "Je ne sais pas, c’est par hasard".

Un hasard dans le choix de ses "proies" mais pas en ce qui concerne les lieux. L’homme connaît bien Erquelinnes, il y vient souvent, soit à sa pause midi pour y manger "une frite", soit avec sa femme "au marché", soit enfin, tôt le matin, en hiver, pour repérer les lieux…

Je ne fais pas ça pour humilier les femmes

"Parfois", dit Dino Scala, "cela peut durer des années. Je passe devant la maison, plusieurs fois, je ne sais pas combien de fois, et puis, un jour, je rentre". À cette autre jeune fille, soutenue par son avocate, il expliquera "l’avoir vue plusieurs fois sur le sentier". Et puis… C’est tout. "Que voulez-vous que je vous dise, Monsieur le Président ? Moi-même, je ne sais pas expliquer", répète l’accusé au fil des questions posées.

Le moins que l’on puisse écrire c’est que l’attitude de Dino Scala interpelle, entre ses trous de mémoire, réels ou tactiques, ses tentatives de justification pour le moins hasardeuses, voire odieuses – "Je ne fais pas ça pour humilier les femmes" – ou ses excuses murmurées sous forme de "Les femmes ne doivent pas culpabiliser, le seul coupable, c’est moi". Difficile de comprendre si l’homme joue un rôle. Et lequel.

Si Madame le dit, c’est certainement vrai

Si la journée est évidemment cruciale pour ces femmes courageuses venues à la barre à quelques mètres de celui qui a marqué à jamais le cours de leur vie, ce dernier, lui, semble plutôt lassé de devoir encore et toujours répondre aux questions des deux avocats généraux ou des nombreux avocats des parties civiles.

Un ton monocorde et des phrases identiques. Les années qui passent, les déclarations qui s’embrouillent… L’homme se contente parfois d’un "Si Madame le dit, c’est certainement vrai".

Une victime qui n’avait que 15 ans

Le seul moment de la matinée durant lequel l’accusé de 56 viols et agressions sexuelles va élever le ton et se défendre bec et ongles ce sera quand une de ses victimes parlera du vol commis le jour de son agression. "Non je n’ai pas pris l’argent, non ! Ça, non, ce n’est pas vrai… Quand j’agresse, le but est toujours l’agression sexuelle !". Voilà.

Une de ses victimes belges n’avait que 15 ans au moment des faits. Elle n’est pas présente. Le président lit son témoignage. Glaçant. Ensuite, à la question : "Elle vous dit qu’elle a 15 ans ? Cela ne vous arrête pas ? ", la réponse fuse : "Non, Monsieur le Président, cela ne m’arrête pas". Et de poursuivre : "Cela fait 30 ans que je fais ça, 30 ans que je ne m’explique pas pourquoi."

La Belgique, un autre territoire

Pourquoi à partir de 2004 Dino Scala a-t-il commencé à agresser sur le territoire belge ? La proximité géographique, c’est certain – il travaille à quelques mètres de la frontière – mais pas uniquement… Les années passent, les techniques de recherche et la collaboration entre les polices évoluent : l’étau se resserre. L’homme avoue "prendre de plus en plus de précautions". Il osera même un "Je change de territoire…"

On n’en saura pas beaucoup plus. Dino Scala répète qu’il ne veut pas que les victimes se sentent fautives, mais lui semble réciter une liste de "faits" et on a beaucoup de difficulté à percevoir la moindre empathie même quand il tente de présenter ses excuses.

Pour que la honte change de camp

Aujourd’hui, grâce à son travail thérapeutique, il dit découvrir le mal qu’il a fait et s’étonne de la violence qu’il a utilisée. "Je ne me rendais pas compte que j’usais de violence. C’est seulement au fil des affaires que j’entends ici que je m’en rends compte".

Ces affaires, ce sont des femmes brisées. À 48 ans ou à 15 ans… Des femmes venues à la cour d’assises pour avoir des réponses. Pour lui montrer qu’elles sont vivantes et libres, elles, de continuer leur vie. Mais aussi et peut-être surtout pour que la honte change de camp.

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