RTBFPasser au contenu

Législatives en France

Pourquoi Macron a perdu ? Qui a vraiment gagné ? Une situation inédite ? Les législatives 2022 en France en 5 questions

L'oeil de France

Second tour des législatives françaises

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

20 juin 2022 à 07:19 - mise à jour 20 juin 2022 à 13:533 min
Par Xavier Lambert, sur base de l'Oeil de Pierre Marlet

Dans "l’oeil de Pierre Marlet" sur la Première, on a essayé de comprendre la portée de ce qui s’est passé ce dimanche en France, à travers 5 questions.

1. Un président qui n’obtient pas de majorité au lendemain de son élection est-ce inédit ?

Non, il y a un précédent. Celui de 1988 : Mitterrand qui avait confortablement battu Jacques Chirac. 275 sièges pour la gauche de Mitterrand

De justesse devant la droite classique de Chirac : 271. Et pour faire voter ses lois, le gouvernement devra s’appuyer parfois sur les communistes parfois sur les centristes c'est-à-dire le centre droit.

La différence avec 1988 c’est que François Mitterrand n’était qu’à 14 sièges de la majorité. Ici, la position d’Emmanuel Macron est beaucoup plus fragile : il lui manque 50 députés…

2. Emmanuel Macron est-il dès lors condamné à une cohabitation comme on l’a connu par le passé ?

Imposer la cohabitation, c’est comme cela que Jean-Luc Mélenchon l’a présenté à l’opinion : élisez votre Premier ministre.

Si la Nupes avait obtenu la majorité absolue, la cohabitation se serait imposée de fait. C’est ce qui était arrivé en 1986 avec un Premier ministre de droite et un président de gauche, rebelote en 1993 et en 1997 l’inverse : une Premier ministre de gauche avec un président de droite.

Ce qui arrive aujourd’hui est différent : il n’y a pas de majorité. Et comme le premier parti reste celui d’Emmanuel Macron, il n’y a a priori pas de raison de nommer un Premier ministre d’un autre parti que le sien.

3. Comment expliquer qu’Emmanuel Macron réélu président avec plus de 58% des voix ait connu un tel échec aux législatives ?

Pour deux raisons. D’abord une sorte d’effet de conscience. En 2017 beaucoup d’observateurs s’étaient demandé s’il allait obtenir une majorité, parce qu’il n’avait pas de parti derrière lui. Résultat : 308 députés pour la république en marche, soit 21 de plus que la majorité absolue, et même 350 avec ses alliés du Modem. Victoire éclatante à l’époque. Il n’a donc pas vu venir Jean-Luc Mélenchon et pas cru à sa capacité de rassembler la gauche dans une alliance électorale.

Ensuite le président de la République a choisi de ne pas mouiller son maillot, de jouer au président, s’affichant au plan international. Mais au plan national pas d’autre programme que "moi ou le chaos". Une campagne atone, sans vague face à un Mélenchon qui attirait la lumière.

En politique, quand on subit ou qu’on se cache, on triomphe rarement.

 

4. Chaque parti affiche un peu sa satisfaction, mais qui a gagné alors ?

Pour la Macronie, c’est difficile de se réjouir quand on perd la moitié de ses députés, mais on souligne qu’on reste tout de même la première force politique.

Du côté de Mélenchon, on savoure évidemment la réussite de la stratégie du rassemblement et on s’affiche seconde force politique.

Au rassemblement national c’est une divine surprise : on multiplie par 11 les députés, en passant de 8 à 89. Et si la Nupes qui rassemble tout de même des forces très différentes – insoumis, communistes, socialistes, écologistes, devait éclater, le RN deviendrait le deuxième groupe politique à l’assemblée.

Quant aux républicains, non seulement ils ont survécu mais devenus indispensables, certains parlent déjà d’un pacte de gouvernement pour former une majorité avec Macron.

Bref, tout le monde a un peu gagné et il va falloir négocier, tout ça rappelle un peu les soirées électorales belges.

5. Pourquoi ce retour au rôle premier du Parlement est-il si inattendu ?

Quand aucun parti n’obtient la majorité absolue, les accords entre formations politiques sont essentiels si on veut éviter de risquer de se retrouver en minorité à chaque occasion. Mais ce qui est arrivé ce dimanche est à cet égard assez extraordinaire : le système majoritaire à deux tours imaginé par le général De Gaulle avait pour objectif de créer facilement des majorités.

Durant 50 ans cela a fonctionné avec des affrontements entre deux grands blocs, de gauche et de droite.

En 2017, première anomalie : Macron a réussi à se faire élire en dehors de ce système en dynamitant ces 2 blocs.

Aujourd’hui, c’est un peu le système majoritaire à la française qui se trouve dynamité. Cela va au minimum compliquer la vie du gouvernement, et au pire le paralyser. Alors que le Parlement va se retrouver au centre de la vie politique avec sans doute des débats passionnés et explosifs.

Conclusion : en politique, les choses évoluent vite, très vite. Pour l’avoir oublié, le président réélu il y a moins de 2 mois a connu hier un sacré revers.

Sur le même sujet

il y a 5 heures
1 min
21 juin 2022 à 08:14
1 min

Articles recommandés pour vous