Pourquoi les réfugiés ne vont-ils pas dans les pays du Golfe plutôt qu'en Europe ?

Pourquoi ne vont-ils pas dans les pays du Golfe et préfèrent-ils l'Europe ?

© ARMEND NIMANI - AFP

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Par Sandro Faes avec Cynthia Ventura

Dans le cadre d'une journée spéciale "Les réfugiés et moi", la RTBF a demandé aux internautes à quelles questions ils souhaitaient obtenir une réponse. Cet article répond à une des trente questions les plus fréquemment posées.

 

Alors que depuis janvier 2015, des dizaines de milliers de réfugiés et de migrants affluent aux portes de l’Europe, le plan des quotas de l’Union, voté le 22 septembre dernier, prévoit l’accueil de 160 000 demandeurs d’asile par les Etats membres dans les deux années à venir.

Mais pourquoi les réfugiés privilégient-ils l’Europe ? Et surtout pourquoi ne vont-ils pas ailleurs dans le monde, notamment dans les pétromonarchies du Golfe, culturellement plus proches ?

La principale raison est une question de choix, de lois et de circonstances. "Dans toute guerre, les victimes des conflits ont d’abord tendance à chercher refuge dans les zones limitrophes. Cela répond à un instinct de "retour" motivé par l’espoir que cela ne se prolonge pas dans le temps. C’est la raison pour laquelle, les réfugiés syriens se sont majoritairement massés au Liban, en Jordanie, en Turquie, en Irak et en Egypte pendant les premières années du conflit", explique Pascal Reyntjens de l’Organisation internationale pour les migrations. "Au fil des ans, avec la dégradation du conflit syrien et l’importance croissante prise par l’organisation terroriste Etat islamique, la crainte de voir s’embraser toute la région a poussé nombreux de ces réfugiés à trouver un lieu où vivre en sécurité et en paix". Et, paradoxalement, malgré la proximité des cultures et des frontières avec les pays du Golfe, il est plus "simple" et aussi plus attirant de rejoindre l’Europe.

Pourquoi ne vont-ils pas dans les pays du Golfe et préfèrent-ils l'Europe ?
Pourquoi ne vont-ils pas dans les pays du Golfe et préfèrent-ils l'Europe ? © NIKOLAY DOYCHINOV - AFP

Les pays du Golfe ne veulent pas d'eux mais l'inverse est également vrai

Mais l’Europe est sous le feu des critiques pour avoir adopté une politique trop restrictive à l’égard de cette tragédie humanitaire. Pourtant il existe un ensemble de pays qui, malgré la situation, a décidée de fermer totalement les frontières au réfugiés. C’est notamment le cas de la Russie, la Chine et des six pays du Golfe, le Qatar, l’Arabie Saoudite, le Koweït, le Sultanat d’Oman, le Bahreïn et les Emirats Arabes Unis, comme le souligne Amnesty International.

"Ces six nations seraient des candidats idéaux pour fournir le meilleur accueil possible à ceux qui cherchent refuge. Proches de la Syrie, ces pays du Golfe ont la même langue et la même religion. Ils possèdent des économies riches, ont d'énormes ressources financières et disposent d’entreprises de construction en mesure de construire rapidement des abris pour le peuple syrien".

Le syndrome libanais

Sécurité, terrorisme, perturbation du marché du travail, les monarchies du Golfe ont peur du syndrome libanais. Elles se rappellent que durant les années 1970-80, l'arrivée des réfugiés palestiniens au Liban avait été l’un des éléments à l’origine de la guerre civile libanaise. Ces riches monarchies sont encore des autocraties et des sociétés très fermées. Le risque est grand, en accueillant des personnes extérieures, qui plus est peut-être politisées, de "contaminer" avec des idées subversives leurs propres populations. Des raisons officieuses auxquelles s’ajoute le fait que ces pays n’ont jamais ratifié la convention de 1951 sur les réfugiés.

En Arabie Saoudite, les réfugiés doivent accepter des emplois précaires, généralement dans le bâtiment, afin de pouvoir subsister.
En Arabie Saoudite, les réfugiés doivent accepter des emplois précaires, généralement dans le bâtiment, afin de pouvoir subsister. © FAYEZ NURELDINE - AFP

Mais les syriens eux-mêmes ne cherchent pas à aller vers les pays du Golfe. Pourquoi ? Parce que contrairement à l'Europe, ces pays maltraitent leurs immigrés, peu importe leur confession religieuse. La Kafala, sorte d'adoption envers les réfugiés et immigrés, est d’ailleurs toujours en vigueur. Ce qui met tout employé à la merci de son employeur pour changer de travail ou simplement sortir du territoire.

Voilà pourquoi aujourd'hui, pour les réfugiés, Angela Merkel et une certaine Europe sont considérés avec vénération alors que les pays du Golfe sont méprisés bien qu’ils dépensent des milliards de dollars en aide humanitaire afin d'améliorer la vie des centaines de milliers de Syriens qui s'entassent dans les camps installés dans les pays voisins (Liban, Jordanie, Turquie).

Alors, où vont-ils ?

La répartition des réfugiées en Europe et dans le bassin méditerranéen.
La répartition des réfugiés dans les pays de l'Union, un casse-tête qui n'en est qu'au début.

Aujourd’hui, la Turquie a durci sa politique migratoire, le Liban et la Jordanie "saturent" et les autres pays de la région sont en proie au chaos. Les réfugiés se tournent donc vers l’Europe, seule destination attirante, mais surtout accessible par terre et/ou par mer dans des délais raisonnables. Car bien qu’ils disposent globalement de ressources financières plus importantes que l'immigré économique, les Syriens peuvent difficilement prétendre rejoindre l’Europe par avion, question de formalités, principalement de Visa. Résultat: ils sont contraints d’avoir recours aux services de passeurs maritimes ou terrestres, au final bien plus onéreux qu’un simple billet d’avion vers l’occident.

La Méditerranée et les Balkans

Initialement, la principale voie de passage était la mer Méditerranée, celle-là même empruntée par les immigrés économiques venus de la corne de l'Afrique en passant par la Libye depuis des décennies. Mais depuis le début de l'été, une autre voie s'est imposée, pas nécessairement moins onéreuse, mais plus sûre: la route des Balkans. Et avec ce scénario, c’est l’Allemagne qui capte le plus de demandes d'asile. Avec 130 000 demandes au deuxième trimestre 2015, soit 38% de l'ensemble des demandes au niveau européen, le pays d’Angela Merkel attend cette année entre 800 000 et 1 million de demandeurs d'asile. La Bavière a accueilli durant la seule première quinzaine de septembre quelque 75 000 réfugiés. Après l'Allemagne, vient la Hongrie (15%), puis l'Autriche (8%).

Face à cet afflux soudain, l’Union Européenne a mis en place un plan qui consiste a répartir 120000 réfugiés au sein des différents pays membres, en plus des 40 000 déjà relocalisés en mai dernier. Selon ce projet de quotas contraignants, la Belgique devrait accueillir 5800 demandeurs d'asile dans les deux ans à venir sur un total de 160 000 venus d’Italie, de Grèce et de Hongrie. L'Allemagne quant à elle devrait en prendre en charge plus de 40 000, la France plus de 30 000.

On est encore loin des chiffres de la Turquie, qui a accueilli 1,6 million de réfugiés syriens. Du Liban, 1,1 million. De la Jordanie, 620 000. De l'Irak, 225 000. Et de l'Égypte 140 000, d'après les chiffres d'Amnesty International.

Le chiffre
5800, c’est au total le nombre de réfugiés que la Belgique devrait accueillir sur deux ans. Soit l'équivalent de 0,0005% de la population. Au Liban, les réfugiés représentent 25% de la population

Selon quels critères sont-ils répartis en Europe ?

Détail de la répartition des réfugiés.
Pourquoi ne vont-ils pas dans les pays du Golfe et préfèrent-ils l'Europe ?

Afin d’effectuer cette répartition, quatre critères nationaux sont pris en compte de manière proportionnelle, à savoir: le PNB (à hauteur de 40 %), la population (40 %), le taux de chômage (10 %) et le nombre de réfugiés accueillis avant 2015 (10 %).

De son côté, la Grande-Bretagne a annoncé son intention d'accueillir spontanément 20 000 réfugiés syriens sur cinq ans. Le gouvernement danois, hostile au système de quota européen, accueillerait, sur la base du volontariat, 1 000 réfugiés. L'Irlande qui fait partie des rares pays à voir une chance dans ces réfugiés, a rejoint volontairement le plan d'accueil européen, en acceptant d'en accueillir 2 900.

Les Etats-Unis comptent accueillir 85 000 réfugiés en 2016

Un candidat réfugié pour les USA montre son document de validation sanitaire délivré par l'Organisation internationale des migrations.
Un candidat réfugié pour les USA montre son document de validation sanitaire délivré par l'Organisation internationale des migrations. © RUNGROJ YONGRIT - BELGAIMAGE

Autre Eldorado convoité par les réfugiés, les Etats-Unis ont une tradition d'accueil des migrants très administrativement organisée. Généralement issus de zones de conflits disséminées partout dans le monde, les réfugiés accueillis par les USA le sont généralement au travers des organisations internationales comme IOM ou l'UNHCR dans le cadre de programmes précis. Le cas syrien ne fera pas exception comme l’a récemment souligné le secrétaire d‘Etat John Kerry à l'issue d'une rencontre à Berlin avec son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier. "Nous allons accueillir jusqu'à 85 000 réfugiés, dont au moins 10 000 spécifiquement de Syrie, dans le courant de l'année prochaine. Et lors de l'année fiscale suivante (octobre 2016-octobre 2017) nous allons viser le chiffre de 100 000".

Le chef de la diplomatie américaine a expliqué que son pays "voudrait en prendre plus" mais que cela est difficile depuis les attentats du 11 septembre 2001, la législation en vigueur sur les réfugiés impliquant des contrôles approfondis et lents. D'autre part, la crainte de l'arrivée de jihadistes ultra-radicaux par ce biais occupe une place centrale dans le débat politique américain. Lors de l'année fiscale en cours (octobre 2014-octobre 2015), les Etats-Unis ont accueilli, et pris en charge, 70 000 réfugiés du monde entier.

Le Canada embraye le pas

Dans la foulée, le gouvernement du Canada s'est engagé, s'il reste au pouvoir après les élections d'octobre, à accueillir 10 000 réfugiés syriens grâce à une simplification des procédures administratives. Le Canada considère en effet désormais que "les personnes qui fuient le conflit ont qualité de réfugiés. À l’instar d’autres pays, cela leur permet d’accélérer considérablement le traitement des demandes. Nous ferons tout cela en assurant que la sécurité des Canadiens soit garantie".

Mais ces répartitions sont principalement basées sur la bonne volonté des gouvernements, prêts à faire face, ou pas, à cet afflux de réfugiés. Et les institutions internationales, comme l'ONU, s'inquiètent que la grande majorité des Etats ne soit pas réellement prête à envisager une réponse complète et durable à cette crise migratoire qui pour beaucoup ne fait que débuter.  

 

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