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Pourquoi les grandes puissances s'intéressent-elles tant au Venezuela?

Pourquoi les grandes puissances s'intéressent-elles tant au Venezuela?

Depuis que Juan Guaido, président du parlement vénézuélien, s'est auto-proclamé président par intérim du pays, les réactions internationales se sont succédées. Certains pays -Etats-Unis, Colombie ou Brésil en tête- ont directement reconnu Juan Guaido comme président légitime du Venezuela. D'autres mastodontes ont par contre volé au secours de Nicolas Maduro. La Chine, la Russie et la Turquie notamment. L'UE réclame, elle, de nouvelles élections.

Et si ce coup de théâtre s'était passé dans un autre pays? La réaction internationale aurait-elle été identique? Il y a fort à parier que non, tant le Venezuela fait figure d'exception sur l'échiquier économique et géopolitique.

Immense manne pétrolière

Ce n'est un secret pour personne: le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde. Une poule aux œufs d'or qui a représenté jusqu'à 96% de ses revenus. De quoi aiguiser les appétits et l'intérêt de la planète entière. Problème: depuis quelques années, le Venezuela a complètement perdu le contrôle de la situation, en raison d'une chute importante du prix du pétrole, d'un train de vie étatique qui n'a pas été adapté dans la foulée, et d'une gestion calamiteuse de cet or noir et des infrastructures pétrolières. Comble du comble: il est obligé de racheter sous forme de carburant une partie du pétrole qu'il exporte aux Etats-Unis. Il est en effet incapable aujourd'hui de le raffiner lui-même.

Le manque d'entretien et d'investissements a fait chuter d'autant plus la production de pétrole. Sans parler du nombre d'accidents que cette situation a engendrés: récemment, 4 employés ont été gravement brûlés lors d'une fuite de combustible dans la rivière Guatire. Même la pluie représente un danger désormais, puisque les infrastructures, tout comme les paratonnerres qui entourent les puits de pétrole, sont endommagés.

Alors que le Venezuela produisait environ 3 millions de barils par jour en 2013, ce chiffre avait presque été divisé par 3 fin 2018. Mais il y a pire: 80% barils encore produits par le Venezuela partent aujourd'hui à l'étranger sans générer aucun revenu, selon José Bodas, secrétaire général des travailleurs du pétrole, qui ose critiquer le délabrement des installations pétrolières.

L'ombre russe et chinoise

Des barils exportés qui ne rapportent rien? La raison est simple: ils remboursent des prêts gigantesques contractés par le Venezuela auprès de la Chine et de la Russie.

La Chine aurait jusqu'ici accordé plus de 60 milliards d'euros de prêts à Caracas, dont 5 milliards l'an dernier, que le Venezuela devait rembourser en pétrole. Mais le plan n'a pas fonctionné comme prévu, étant donné la crise pétrolière et institutionnelle. Nicolas Maduro est donc redevable envers Pékin, qui verrait d'un très mauvais œil un changement de pouvoir à Caracas, d'autant plus que ces accords entre Maduro et Pékin ont été dénoncés par l'opposition vénézuélienne, qui les considère comme nuls vu l'absence d'approbation de l'Assemblée nationale. Nicolas Maduro est par ailleurs pour la Chine la garantie de pouvoir prendre pied en Amérique latine, une de ses priorités stratégiques.

La Russie est aussi venue à la rescousse du Venezuela pour l'empêcher de sombrer dans un océan de dettes. En décembre dernier, Nicolas Maduro et Vladimir Poutine annonçaient à Moscou une “nouvelle alliance économique et militaire”. La Russie s'est engagée à investir 5 milliards d'euros dans le secteur minier et pétrolier vénézueliens et à envoyer 2 bombardiers russes dotés de capacité nucléaire. Il est même question d'y installer une base aérienne russe, à 2.000 kilomètres à peine des côtes nord-américaines. La Russie détient également des intérêts importants dans des projets pétroliers d'envergure. Le Venezuela est, de son côté, l'un des plus importants importateurs d'armement russe.

Presqu'insidieusement, la Chine et la Russie s'installent donc petit à petit et chaque jour un peu plus au Venezuela. Et ce n'est pas pour améliorer le quotidien de la population vénézuélienne, Nicolas Maduro tente simplement de sauver sa peau. Et ses amis chinois et russe ont eux aussi tout intérêt à ce qu'il garde son fauteuil de président...

L'opposant Jean Guaido assistant à une messe à Caracas, ce 27 janvier

Jean Guaido assistant à une messe à Caracas, ce 27 janvier

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