Telle est la question !

Pourquoi le violoncelle repose-t-il sur une pique ? Petite histoire de l’instrument

© Slavica / Getty Images

22 oct. 2021 à 09:57 - mise à jour 09 mai 2022 à 13:47Temps de lecture2 min
Par Clément Holvoet

Tout le monde a l’image bien en tête ! Les violoncellistes jouent assis, et leur instrument est lié au sol par une pique, en général plantée dans une planche en bois ou directement sur le plancher, ce qui fait que l’instrument est bien stable. Mais cet accessoire n’a pas toujours été présent. Clément Holvoet nous en dit plus sur cet élément du violoncelle. 

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Rebec

Parmi les ancêtres du violoncelle, on retrouve tout d’abord le rebec, petit instrument médiéval à cordes et à archet, et puis également la basse de violon, instrument à cordes frottées un peu plus grand qu’un violoncelle.

L’origine du violoncelle n’est donc pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la viole de gambe. Leur aspect est très similaire en effet, on les tient entre les jambes, mais les deux instruments ont coexisté, l’un ne découlant pas de l’autre. D’ailleurs, la viole de gambe se joue toujours sans pique, dans la même position que le violoncelle.

Tout est parti du rebec, instrument du Moyen-âge, puis de la basse de violon au XVIe siècle qui, petit à petit, va devenir de plus en plus grande ! Ensuite, les luthiers ont dû faire un pas en arrière et revenir à des dimensions plus raisonnables car le manche des basses de violon devenait trop grand et la technique pour en jouer devenait, elle impossible, les écarts étant inadaptés à la main.

La forme et la taille se sont ensuite fixées définitivement avec Andrea Amati, luthier à Crémone, premier d’une grande lignée de luthier, dont le petit-fils, Niccolò Amati sera certainement le plus célèbre.

Adrien-François Servais (1807-1866)

Avec Andrea Amati, le violoncelle trouve sa forme moderne mais n’est toujours pas pourvu d’une pique.

Cette dernière est absente des violoncelles durant toute la période baroque. Elle apparaît au XIXe siècle avec un violoncelliste belge, Adrien Servais, qui a introduit la pique dans les années 1830. Il a emprunté l’idée aux bassistes pour soutenir son Stradivarius qui était très large. Il faudra attendre un certain Auguste Franchomme pour que l’usage se répande. Franchomme fait de cette tige de métal ou de bois la référence, pour une raison simple, il était virtuose de son instrument et les compositions devenaient de plus en plus complexes techniquement.

Il faut dire que la complexité des pièces résidait dans les mouvements de la main gauche, devenant plus amples, plus grands. Les pièces composées requièrent alors plus de vélocité et de dextérité de la part des interprètes. Comment faire, dès lors, si le violoncelle est bloqué par les deux jambes, dans une position peu confortable et laborieuse ? Il fallait libérer les instrumentistes de cette contrainte, et tige de métal qui relie le violoncelle au sol, était la solution. Elle permet aussi une position plus horizontale du violoncelle, ce qui augmente encore les possibilités techniques sur la touche de l’instrument, avec la main gauche.

Le paroxysme de cette pique de violoncelle est celle inventée par le violoncelliste français Paul Tortelier au XXe siècle, et qui est en fait construite en angle droit, ce qui couche littéralement le violoncelle à l’horizontal !

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