Pourquoi le nombre d'IVG stagne alors que la contraception est répandue en Belgique ?

C'est la journée mondiale de la contraception, avec cette question: quels sont les liens entre contraception et IVG ?

© MYCHELE DANIAU - AFP

26 sept. 2019 à 13:23 - mise à jour 26 sept. 2019 à 13:23Temps de lecture2 min
Par JP

À l’occasion de la journée mondiale de la contraception, la Fédération laïque de centres de planning familial donnait une journée de colloque. Le thème : cherchez le lien entre contraception et interruption volontaire de grossesse, l’IVG. En effet, la question se pose : pourquoi le nombre d’IVG ne diminue pas, alors que les moyens de contraception sont largement utilisés en Belgique. Eléments de réponse avec Mireille Le Guen, démographe à l’UCLouvain.

Déconstruire les clichés

En Belgique, plus de 8 IVG sur 10 concernent les femmes âgées entre 20 et 40 ans. La moitié était sous contraception lorsque la grossesse est survenue. Il y a différentes pistes pour expliquer ce phénomène. "Tout d’abord, on observe que depuis les années 70, il y a une baisse de l’âge du premier rapport sexuel, et en même temps, une hausse de l’âge de la première maternité. Ce qui fait que la période où on a une sexualité sans vouloir d’enfants augmente. Et plus cette période augmente, plus on a de risque de grossesses non-désirées. Et ce, même si on utilise une contraception, car elle n’est pas efficace à 100%, aucune méthode n’est efficace à 100%, et donc il y a des risques, des échecs. Et quand on est en échec, on recourt à l’IVG."

Voilà qui déconstruit un cliché, celui selon lequel les femmes qui ont recours à une interruption de grossesse ne prenaient pas de contraception. "En fait la majorité des femmes qui ont recours à l’IVG sont en échec de contraception. En France par exemple, 2 tiers des femmes qui ont recours à l’IVG sont sous contraception. Les femmes, avec le temps, ont de plus en plus envie de contrôler leur fécondité, elles acceptent de moins en moins les grossesses non-prévues parce que ça peut mettre en péril leur carrière, leurs études, leurs recherches de jobs."

Pas une science exacte

Selon Claudine Mouvet, directrice du centre de planning familial Louise Michel à Liège, tout ce qui est lié aux grossesses non-désirées n’est pas une science exacte, et il est difficile de trouver une explication précise. "C’est un sujet profondément affectif. On ne prévoit pas tout, on ne planifie pas tout. Tout le monde a déjà pris des risques, on se dit que ce n’est pas pour une fois, et je pense que cette part-là de notre irrationnel est naturelle. Si on pouvait tout prévoir, on serait des robots. Je pense qu’il y aura toujours des IVG, même si ça reste difficile à vivre. Quand une femme prend une contraception, fait tout ce qu’il faut pour ne pas tomber enceinte, et que ça arrive quand même, il y a beaucoup de colère, il y a un sentiment d’injustice et c’est très difficile à vivre".

Mais l’IVG, c’est aussi l’occasion de justement relancer la discussion autour de la contraception, et de proposer une méthode adaptée à la vie de chaque femme. "Par exemple, dans notre centre, on propose souvent de mettre un stérilet lors de l’interruption de grossesse, comme ça la patiente repart avec une contraception efficace à laquelle elle n’a plus besoin de penser. Et ça, je pense que ce sont des choses qui peuvent aider aussi", conclut Claudine Mouvet.

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