Agriculture

Pourquoi le kernza est une céréale d'avenir ?

Pourquoi le kernza est une céréale d'avenir ?

© Photographie Beatrice Sirinuntananon/Getty Images

17 oct. 2022 à 08:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Face au réchauffement climatique, des variétés encore méconnues de céréales font leur apparition, comme le kernza.

Une création de laboratoire

Cela ressemble à de grandes touches d'herbes, très hautes. On dirait presque de mauvaises herbes. Après la longue tige fine, on distingue une succession de toutes petites épines dans lesquelles on peut deviner des graines. Derrière ce portrait végétal si commun se cache un potentiel d'avenir intéressant pour les agriculteurs. C'est aux Etats-Unis que l'on a découvert la capacité de cette céréale encore méconnue, à intégrer la classe des variétés sur lesquelles compter dans un contexte de réchauffement climatique.

Les toutes premières recherches ont démarré dans les années 80. Le Land Institute, une organisation à but non lucratif de recherche autour de l'agriculture durable, étudie depuis 2008 les atouts du kernza pour imaginer l'intégrer à la consommation humaine. En réalité, le kernza n'est pas le nom originel de la céréale. C'est la marque déposée en 2009 par cet organisme scientifique américain.

Aujourd'hui, le kernza est planté dans de nombreux Etats américains, notamment dans le Montana, le Minnesota et le Kansas. A l'origine, le kernza est de l'agropyre intermédiaire que l'on appelle aussi "chiendent intermédiaire", des plantes herbacées vivaces que l'on peut utiliser en fourrage. Il est originaire d'Asie et d'Europe.

Les chercheurs américains ont croisé plusieurs spécimens de ce végétal pour parvenir à obtenir une herbe aux graines plus importantes.

Les recherches ont dépassé les frontières du pays de l'oncle Sam puisqu'on travaille aussi sur le sujet au Canada, en Belgique et en France. C'est un sujet de recherches à l'Isara, l'école d'ingénieurs en agronomie de Lyon.

Par ailleurs, cette céréale s'adapte à de nombreuses variétés de sol et ne nécessite que très peu d'eau pour pousser. En bref, c'est une céréale qui s'acclimate aux conditions de sécheresse. Qui plus est, elle est résistante aux maladies.

Une céréale "pérenne"

Ce dérivé de l'agropyre intermédiaire intéresse surtout pour une autre raison : contrairement au blé, au maïs ou à l'orge, c'est une céréale dite "pérenne". Cette catégorie identifie les végétaux qui repoussent après la récolte sans que les agriculteurs aient besoin de retravailler leurs sols et de semer.

Ce constat induit plusieurs avantages. D'abord, cela signifie qu'il n'y a pas besoin d'asperger les sols à nouveau de fertilisants ou d'autres produits phytosanitaires. En clair, on dispose d'un outil pour ne plus avoir le prétexte d'attiser la croissance d'une céréale pour récolter rapidement. Résultat : on stimule la biodiversité et en conséquence, on favorise l'équilibre des sols.

Les céréales pérennes permettent même de l'assainir parce que leurs racines plongent profondément dans la terre. Par exemple, le kernza peut disposer de racines allant jusqu'à trois mètres de long. Ce signe particulier est important parce qu'il indique que les céréales pérennes ont la capacité d'enfouir plus profondément dans le sol les gaz à effet de serre qu'elles respirent.

Sur le plan nutritionnel, le kernza est source de protéines, de calcium mais aussi d'oméga-3... et de gluten. On peut l'utiliser pour nourrir le bétail mais aussi pour moudre les grains en farine et réaliser du pain. Aux Etats-Unis, des brasseries ne se sont pas privées pour formuler des bières à base de kernza.

Mais un rendement très faible !

Face à tant d'avantages, vous vous demandez sans doute pourquoi on n'a pas encore parlé de cette céréale d'avenir partout dans le monde... Son rendement est très faible en réalité. Et c'est la raison pour laquelle les chercheurs travaillent à pied d’œuvre afin de trouver un moyen pour augmenter la productivité du kernza. Selon le magazine agricole Réussir, le rendement est sept fois inférieur à celui d'une céréale classique.

La conséquence est ainsi sans appel : le kernza coûte cher, ce qui ne peut pas favoriser l'expansion de sa culture pour le moment. Il coûterait cinq fois plus cher que le blé, révèle Radio Canada.

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