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Pourquoi la guerre a-t-elle repris au Haut-Karabakh ? (carte)

Un combattant du Nagorny Karabakh tire à l’aide d’une pièce d’artillerie en direction des forces azerbaïdjanaises.

© Armenian Defence Ministry / AFP

29 sept. 2020 à 15:39Temps de lecture2 min
Par Daniel Fontaine (avec W.F.)

Des combats violents opposent l’Arménie et l’Azerbaïdjan au Nagorny Karabakh en cette fin septembre 2020. C’est une brusque éruption d’un conflit séculaire, et d’une tentative de sécession lancée il y a 30 ans par les habitants de la région. Le Nagorny Karabakh est aussi appelé en français "Haut-Karabakh", nagorny signifiant "haut" ou "montagneux" en russe. Ni l’Arménie, ni l’Azerbaïdjan n’utilisent encore cette dénomination qui remonte à l’ère soviétique.

Ce territoire du Caucase compte près de 150.000 habitants, Arméniens à 95%. Disputé par l’Arménie et l’Azerbaïdjan, Staline décide en 1921 de rattacher le Haut-Karabakh à l’Azerbaïdjan, mais avec un statut d’autonomie. La région profite du démantèlement de l’Union soviétique pour proclamer son indépendance de l’Azerbaïdjan en 1991, avec le soutien de l’Arménie. Les deux pays s’affrontent alors en une guerre ouverte qui fait 30.000 morts et des millions de déplacés. L’Arménie contrôle l’enclave et le territoire qui l’entoure, lui donnant un accès direct.

Aucune solution durable

En 1994, un cessez-le-feu est conclu sous la médiation de trois pays, Etats-Unis, France et Russie, baptisé "groupe de Minsk". Les armes se taisent un temps. Des pourparlers s’engagent. Mais aucune solution ne se matérialise : Bakou et Erevan ne se mettent pas d’accord sur le statut de ce territoire. La communauté internationale n’a pas reconnu son indépendance : pour elle, le Haut-Karabakh fait toujours partie de l’Azerbaïdjan.

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La crainte d’un embrasement

Mis en sommeil, le conflit se réveille sporadiquement ces dernières années. La violence des combats de ces derniers jours fait craindre un embrasement dans la Caucase du Sud. Le différend territorial a alimenté une haine tenace entre les deux pays. Et chacun en a appelé au soutien d’un puissant parrain régional. L’Arménie, pauvre et chrétienne, a noué une alliance militaire avec la Russie. L’Azerbaïdjan, riche de ses hydrocarbures, chiite et turcophone, fait alliance avec la Turquie.

La Russie ne laissera pas la Turquie prendre trop d’initiatives concrètes dans cette région considérée comme faisant partie de ses intérêts vitaux.

Ces combats au Haut-Karabakh pourraient donc déboucher sur un affrontement direct ou indirect entre la Turquie et la Russie. "Russes et Turcs entretiennent des relations relativement fluides depuis plusieurs années", remarque Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). "Sur les terrains syrien et libyen, ils sont dans des camps opposés, mais parviennent jusqu’à présent à trouver un modus vivendi. En sera-t-il de même pour ce conflit du Haut-Karabakh ? Pour la Russie, cette région fait partie de son pré carré : tout ce qui se passe dans le Caucase fait l’objet d’une attention particulière à Moscou. La Russie ne laissera pas la Turquie prendre trop d’initiatives concrètes dans cette région considérée comme faisant partie de ses intérêts vitaux."

Pour Didier Billion, seules ces deux puissances pourront imposer une solution négociée aux belligérants : "En 2016 déjà, Moscou et Ankara avaient imposé un cessez-le-feu après quatre jours de combats. On peut souhaiter que cette fois-ci, ils rétablissent une accalmie, et surtout qu’ils réactivent un processus de négociations. Il n’y aura pas de solution militaire au conflit du Haut-Karabakh, mais une solution politique. Il est nécessaire que les principaux acteurs extérieurs jouent le rôle de médiateurs : c’est la seule voie raisonnable qui s’ouvre aux parties en conflit."

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