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Pourquoi l'Italie fascine le rap français?

Lacrim, Sfera Ebbasta et SCH sont trois acteurs majeurs de l'idylle que le rap francophone entretient avec la scène italienne.

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Le 5 janvier dernier, l'album "Cœur blanc" de Jul était certifié disque de platine en France. Sur ce projet de 40 titres, le rappeur marseillais a invité de nombreux artistes issus de tous les horizons. Entre autres, on y retrouve des Français, évidemment, des Espagnols, des Anglais... et des Italiens. Beaucoup d'Italiens. À tel point qu'il s'agit de la nationalité la plus représentée parmi les invités. Ça n'a rien d'un hasard : entre Rome et Paris, c'est l'amour comme à Helsinki.

À travers de nombreux hommages et références, la scène rap francophone déclare souvent sa flamme à l'Italie. Quand Lacrim signe son retour avec "L’immortale", en 2021, il ne fait pas exception à la règle. Le clip le met en scène à La Scampia, un quartier napolitain parmi les plus dangereux du monde et particulièrement célèbre depuis la diffusion de la série Gomorra. Rappant en français et en italien, le natif de Paris rend hommage au pays qu’il aime tant. "Je me sens très proche de l’Italie, depuis toujours", révélait-il à Mehdi Maïzi dans une interview du Code l’année dernière. "J'aime son côté populaire, son côté "village" que je retrouve aussi dans beaucoup de cités françaises. Il y a une vraie solidarité."

Mais Lacrim n'est pas le seul à être tombé amoureux de la Botte et de ses couleurs. Une bonne partie du rap français a l'air d'être sous le charme.

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En mode carrelage italien

L'Italie, c'est la qualité. Le raffinement. La crème de la gelato. C'est Alpha Wann dans "Carrelage italien", quand il suggère au public de "s'hydrater car là, ça va être du sale." Cette image est renforcée par les nombreuses marques de luxe que le pays abrite. Elles sont régulièrement citées par les rappeurs pour flex, comme lorsque Booba affirme "se consoler chez Versace" dans "Validée". 

Mais ça va plus loin. Au-delà de l'image de marque, c'est tout un pan de la culture italienne dont la scène rap francophone rêve. Le sport, par exemple. On ne compte plus le nombre de footballeurs azzurri cités ces dernières années dans le rap français. Prince Waly, que nos collègues de Jam avaient rencontré en juillet, a d'ailleurs sorti un featuring avec Freeze Corleone nommé "Balotelli", du nom de l'avant-centre italien. 

Dans le même sens, les œuvres culturelles tournant autour de la mafia italienne continuent à influencer les artistes français. Très souvent cités, leurs personnages issus du milieu du crime organisé comptent parmi les références favorites des rappeurs. Cependant, parmi tout ce beau monde, une série se démarque particulièrement.

Gomorra, le déclencheur

Inspirée du livre éponyme, la série italienne "Gomorra" est plébiscitée au sein du rap français. Diffusée entre 2014 et 2021, elle mettait en scène deux familles de la mafia napolitaine qui s'affrontaient pour le contrôle de la ville. Ce n'est pas un hasard si, comme évoqué plus haut, Lacrim a filmé "L'immortale" à La Scampia, à Naples. Six ans plus tôt, PNL clippait un morceau devenu culte, "Le monde ou rien", au même endroit. La même année, SCH y tournait... "Gomorra", l'un de ses morceaux les plus appréciés par ses fans. Bien qu'extrêmement dangereux, il s'agit d'un lieu hautement symbolique qui a été le théâtre de l'enregistrement de la série.

Depuis lors, les références à Gomorra pleuvent dans les textes des rappeurs francophones. De YG Pablo et son morceau "Savastano", du nom d'une des deux familles rivales de la série, à Médine et Soolking dans "Madara" qui affirment que "le meilleur moyen d'éloigner un frère d'une cellule, c'est de spoiler le scénario de Gomorra sur ses murs", en passant par Naps, pour qui "Marseille, c'est devenu Gomorra" dans "Hasta Luego", les ponts entre la France et l'Italie se font de plus en plus fréquents.

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Respect mutuel

L'admiration que les rappeurs français vouent à l'Italie n'est pas à sens unique. Dans une interview accordée à Raplume, le rappeur italien Sfera Ebbasta (qui a déjà collaboré avec SCH et Lacrim, entre autres) a affirmé aimer énormément la scène rap francophone. "Je pense que la France et l’Italie sont comme des cousins. Le hip-hop français influence le hip-hop italien et la culture italienne influence le rap français. Nous sommes liés", a-t-il affirmé. Il s'est également montré élogieux envers une des figures de proue de "notre" rap game : "Booba est une légende dans toute l’Europe, pas seulement en France. Si tu es un artiste hip-hop et que tu viens d’Europe, que tu es né dans les vingt dernières années, c’est obligatoirement une légende. No cap."

Naturellement, de nombreuses connexions se sont faites ces dernières années. Rappeurs italiens et francophones croisent le fer de plus en plus régulièrement. En novembre, Bianca Costa avait été invitée sur le projet "Milano Demons" de l'Italien Shiva. Il y a aussi les différents MC's présents sur l'album "Cœur blanc" de Jul. On n'oublie évidemment pas les collaborations de Capo Plaza avec plusieurs acteurs importants de la scène rap francophone comme Leto, Ninho ou Koba LaD. Musicalement parlant, la relation est au beau fixe entre la France et l'Italie. Et, au vu de leurs derniers featurings, c'est parti pour durer. 

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