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Pour MSF, l'Union européenne a des milliers de morts sur la conscience

Pour MSF, l'Union européenne a des milliers de morts sur la conscience

L'Union européenne a sur la conscience la mort de milliers de migrants noyés en Méditerranée. C'est l'accusation que lance l'organisation humanitaire Médecins sans Frontières. En 2015, près de 2000 personnes se sont déjà noyées. En cause selon MSF, la fermeture de la forteresse Europe et l'absence de voies légales d'immigration. Ce mardi, à deux jours d'un sommet européen, MSF a une nouvelle fois appelé les Européens à assumer leurs responsabilités.

A la conférence de presse de Médecins sans Frontières ce mardi, un jeune Syrien témoignait. Blessé à Alep par l'explosion d'une voiture piégée, il a fui la Syrie avec son frère. S'en est suivi un long et dangereux périple d'abord à travers la Turquie et puis en bateau vers l'Italie. En tout, 57 personnes entassées sans gilet de sauvetage. Huit heures de traversée, des vagues de deux mètres de haut, des enfants qui hurlent. Ce périple a duré quatre mois et coûté 18.000 euros aux deux frères. MSF relève qu'un billet d'avion entre la Turquie et l'Europe coûte à peine 400 euros pour un vol de deux heures et demi.

L'Europe pousse les gens à prendre la mer

MSF accuse l'Europe de construire des murs au lieu de réfléchir au meilleur moyen d'accueillir et de répartir ces gens qui fuient la guerre ou la misère. Pour Aurélie Ponthieu, conseillère sur les questions migratoires pour MSF, cette crise des migrants est orchestrée depuis plusieurs années par les politiques européennes inadéquates en termes de migration : "On a vu la fermeture des frontières, les obstacles administratifs imposés aux personnes qui voudraient rentrer en Europe pour demander asile. On a assisté à la construction de murs, de barrières physiques. On a poussé les gens à utiliser les voies maritimes et donc à entrer par le sud, l'Italie et la Grèce, qui ont tous les deux des systèmes d'accueil extrêmement fragiles avec des déficiences chroniques. Pour la Grèce particulièrement, c'est difficile d'organiser une assistance correcte dans une multitude de petites îles alors que le pays connait d'importantes difficultés économiques. C'est cela qu'on veut pointer du doigt. C'est provocateur, mais c'est vraiment le résultat des politiques mises en place".

Récemment, la Commission européenne a proposé de répartir 40.000 demandeurs d'asile coincés en Italie et d'aller chercher 20.000 Syriens déjà réfugiés dans les pays limitrophes de la Syrie. Mais les États membres se montrent très réticents. Le sujet devrait être abordé lors du prochain conseil européen de jeudi et vendredi.

Face à cette frilosité européenne et à l'urgence humanitaire, MSF a envoyé trois bateaux sur place. Ces embarcations sillonnent la Méditerranée et sont équipées d’hôpitaux mobiles. En deux mois, ils ont déjà recueilli 4.470 personnes au cours de 20 sauvetages.

Les sauvetages ne sont pas la solution

Mais Aurélie Ponthieu insiste, les sauvetages en mer ne sont pas la solution : "Quand on a commencé à mettre en place ces projets, les ressources allouées pour le sauvetage en mer avaient été dramatiquement diminuées et donc la crainte c'était qu'encore plus de gens meurent. L'année dernière, il y a eu 3.400 morts en mer, ce sont des chiffres qui sont inacceptables. En attendant qu'il y ait des voies légales et sûres pour que les gens arrivent en Europe, on continuera à faire du sauvetage. Mais là où on veut vraiment insister, c'est que le sauvetage en mer n'est pas une solution. Depuis que le budget a été triplé, que les États membres ont mis des ressources, des gens sont morts. Asphyxiés par les gaz d'échappement des moteurs, ou noyés pendant des opérations de sauvetage. Cela reste des opérations extrêmement périlleuses et c'est clairement pas la solution aux problèmes des déplacements dans le monde".

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