On n'est pas des pigeons

Pour moins gaspiller, bientôt un indice de réparabilité des objets en Belgique

Machine à laver à réparer

Au prix de la réparation, il vaut mieux acheter un nouveau. Cette phrase banale, vous l’avez sûrement déjà entendue dans un magasin où vous rapportiez un équipement électrique en panne. On jette, on rachète... Tant pis pour l'environnement et le portefeuille.

Pour lutter contre ce gaspillage, la ministre de l’Environnement Zakia Khattabi a déposé un avant-projet de loi pour créer en Belgique, comme cela existe déjà en France, un score de réparabilité des objets. Des équipements comme les lave-linge, les smartphones ou les aspirateurs recevront une note de 0 à 10 selon qu’ils sont facilement réparables ou non.

Des objets conçus pour ne pas être réparés

Une enquête française montre que 60% des consommateurs n’essayent même pas de faire réparer leurs équipements électroménagers quand la garantie est dépassée. Les raisons invoquées sont le coût trop élevé de la réparation, la difficulté de réparer durablement mais aussi l’envie d’acheter du neuf.

Le premier obstacle sur le chemin de la réparation c’est souvent la conception même de l’équipement. On est surpris, par exemple, en ouvrant un ordinateur Macbook de dernière génération de découvrir que les batteries sont collées sur la coque intérieure et qu’il faut chauffer l’ordinateur pour les retirer, au risque bien entendu d’endommager la machine. Ou de constater qu’il est quasiment impossible d’ouvrir certaines enceintes musicales portables sans casser des fixations en plastique. Parfois les vis permettant d’ouvrir un appareil sont invisibles. Parfois elles ont des formes tellement originales qu’il faut des outils improbables pour les ouvrir. Pour des raisons de sécurité, selon certains industriels, certaines vis sont même tout simplement indévissables !

Pour forcer l’industrie à fabriquer des équipements plus facilement réparables, les associations de défense de l’environnement réclament un allongement de la durée de garantie légale des objets. Les Amis de la terre proposent une garantie étendue à dix ans.

Afficher un indice de réparabilité

Une autre piste, moins radicale, c’est d’obliger les fabricants à afficher un indice de réparabilité. Depuis 2021, en France, cinq équipements doivent afficher un tel score : les ordinateurs, les smartphones, les téléviseurs, les lave-linge et les tondeuses à gazon. L’indice est une note sur dix basée sur 5 critères, valant chacun deux points.

  1. Un mode d’emploi de démontage est-il fourni ?
  2. L’objet est-il facilement démontable ?
  3. Les pièces de rechange sont-elles disponibles ?
  4. Les pièces de rechange ne sont-elles pas trop chères ?
  5. Un indice qui varie d’un équipement à l’autre (par exemple un compteur d’usage pour les lave-linges).

En novembre 2022, quatre autres équipements s’ajouteront à la liste : les aspirateurs, les lave-linge qui s’ouvrent par le haut, les lave-vaisselles et les nettoyeurs haute pression (Indice de réparabilité | Ministères Écologie Énergie Territoires (ecologie.gouv.fr).

Pourtant, l’association française de défense des consommateurs UFC- Que choisir a pointé plusieurs faiblesses (https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-indice-de-reparabilite-le-consommateur-bien-mal-eclaire-n96968/). Un équipement peut très bien afficher un excellent bulletin de 8/10 et pourtant être impossible à réparer. C’est le cas pour un certain nombre de téléviseurs qui remplissent parfaitement 4 des 5 critères mais qui obtiennent 0/2 pour la disponibilité des pièces de rechange. Grande distinction et pourtant irréparable !

Ordinateur à réparer
Ordinateur à réparer Getty Images

Un bulletin trop beau pour être vrai

Autre défaut, ce système de notation débouche sur une symbolique très positive, un remake de l’Ecole de fans (pour ceux qui se souviennent de cette émission de télévision où tous les enfants obtenaient 10 sur 10). UFC-Que choisir a ainsi calculé que les ordinateurs affichent une moyenne de 6/10, les téléphones de 6,5, les téléviseurs de 7,3, les lave-linges de 7,7 et les tondeuses de 8,1. Ce qui donne une image plutôt trompeuse de la réalité.

Elle est en tout cas très différente de celle projetée par des sites indépendants comme I fix it (https://fr.ifixit.com), une référence en matière de réparabilité. Les bricoleurs patentés s’y fient volontiers. Certains équipements qui obtiennent un score de 8/10 avec l’indice français sont très sèchement recalés sur I fix it.

Les consommateurs semblent, enfin, très mal informés. Les règles d’affichage et de publicité ne seraient pas assez contraignantes. Si bien que l’information passe presque complètement inaperçue, comme nous avons pu nous en rendre compte personnellement lors d’un reportage réalisé sur ce sujet en France.

La Belgique veut aussi adopter un indice de réparabilité

Toujours est-il que la Belgique envisage d’emboîter le pas à la France dès l’année prochaine dans le cadre d’un vaste plan de mesures destinées à favoriser une économie plus circulaire. Au cours des premières réunions de travail, les représentants des fabricants ont fait valoir que ce serait absurde et surtout extrêmement contraignant pour eux d’adopter des mesures spécifiques rien que pour le tout petit marché belge. L’idéal serait évidemment de légiférer au niveau européen directement. Les Français, en tout cas, forts d’un marché de 60 millions de consommateurs, n’ont attendu personne pour avancer.

La ministre fédérale de l’Environnement Zakia Khattabi vient en tout cas de déposer un avant-projet de loi qui portera dans un premier temps sur les aspirateurs, les machines à laver, les lave-vaisselles, les tondeuses, les ordinateurs portables, les smartphones et les tablettes. Les critères contribuant au score de 0 à 10 sont assez comparables au système français : la facilité de démontage, la disponibilité des pièces de rechange et leur délai de livraison, le prix des pièces détachées, la disponibilité des informations techniques et des manuels d’entretien et de réparation. Le projet entame seulement son long parcours législatif. On imagine mal une mise en application avant 2023 ou 2024.

En attendant, le citoyen belge qui souhaite réparer plutôt que racheter peut recourir au service d’un repair café, où des bénévoles mettent leur expérience au service de la population pour apprendre à réparer soi-même les objets cassés ou en panne. Il en existe 170 en Wallonie et à Bruxelles.

Retrouvez "On n’est pas des pigeons" sur la Une, du lundi au vendredi à 18h30 et en replay sur Auvio.

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