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Belgique

Pour la rentrée politique, regarder l’été en face

Pour la rentrée politique, regarder l’été en face
30 août 2021 à 06:533 min
Par Bertrand Henne

La rentrée qui approche ça veut dire aussi la rentrée politique. Plusieurs dossiers importants se présentent cette année, comme la réforme des pensions, ou le nucléaire au fédéral. Et si le premier devoir des partis n’était pas de se projeter dans les prochains mois, mais de regarder en arrière, sur l’été qu’on vient de vivre ?

Inutile de revenir sur les événements eux-mêmes. Ce qui compte c’est la manière dont ils affectent notre vision du monde et de la politique. Mais comment dire ? Comment résumer la manière dont nous avons été affectés ? Comment les événements nous ont un peu ou beaucoup transformés ?

Je n’ai jamais vu ça

Il faut partir de ce que les rescapés ont dit : "je n’ai jamais vu ça". C’est la phrase de l’été, la phrase de l’année même. Il faut partir des témoins, de ces réfugiés climatiques que nous avons désormais dans notre propre pays. Il faut écouter ceux qui ont vu passer les saisons. Comme Guy, un agriculteur retraité. 87 ans, une vie à travailler les sols. Guy, interrogé par le JT la semaine passée, parce que les agriculteurs n’arrivent pas à terminer les moissons. Et voilà ce qu’il dit

Ça a toujours existé. Mais tout de même… Pas des avalanches d’eau comme cette année-ci. Je crois, quand même, qu’il y a un changement dans le climat. Etant vieux, on pourrait dire que je viens radoter. Mais maintenant, je commence à croire que ça change.

Guy résume bien, je crois, ce qu’il se passe chez beaucoup d’entre nous. Ce qu’il se passe c’est que la répétition d’événements exceptionnels nous oblige à croire à ce que nous savions déjà. Cela nous oblige à croire ce que la science nous montre avec de plus en plus de preuves depuis des années. "Croire en ce que nous savons", c’est toute la difficulté relevée par le philosophe Jean Pierre Dupuy qui réfléchit depuis 40 ans au thème de la "catastrophe".

Que veut-il dire ? Nous savons que l’extension de notre mode de vie à l’ensemble de la planète est impossible, sans quoi nous courrons à la catastrophe. La science nous le dit depuis 30 ans avec des preuves de plus en plus solides. Et pourtant nous n’arrivons pas à le croire, nous n’arrivons pas à mobiliser ce savoir pour agir, décider, et transformer nos modes de vies pour éviter les catastrophes.


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Or, cet été, après les morts de la pandémie, les morts des inondations. Cet été pluvieux, après des hivers presque sans gel, des étés torrides, des printemps trop secs, cet été fut un point de basculement pour beaucoup. Un basculement entre le savoir et la croyance dans le savoir. Entre la théorie et la pratique, entre le constat et la mobilisation, entre la science et la politique.

Etre raisonnable

On peut ne pas être d’accord avec ce constat. Mais les gens raisonnables dans les partis observent déjà que la catastrophe devient le décor dans lequel se déploie la politique. Les faits sont là, depuis un an et demi, on est dans la gestion de catastrophe.

La question c’est de savoir ce qu’il est le plus raisonnable de croire. Croire que l’exceptionnel restera une exception, ou croire que l’exceptionnel va devenir la norme. Il s’agit bien de croire. Car nous avons déjà la réponse à cette question. Nous "savons" la réponse, la science est formelle malheureusement. Le dernier rapport du Giec publié cet été affirme qu’allons devoir composer avec la catastrophe. Les partis vont devoir faire face ou risquer de se faire emporter.


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L’injonction de l’événement, la leçon de l’été pour les partis, c’est de parvenir à créer un récit mobilisateur, un horizon d’espoir pour affronter la catastrophe, plutôt que de la subir. Cela ne veut évidemment pas dire que les pensions, le nucléaire, la réforme fiscale ce n’est pas important. Ça l’est. Mais ça veut dire qu’à côté de la gestion, il y a une nécessaire remise en question fondamentale à opérer. Une interrogation politique et idéologique radicale, celle de faire de la politique aujourd’hui en intégrant la catastrophe de demain. Car l’expérience de Guy 87 ans, “je commence à y croire que ça change” est, me semble-t-il, largement partagée désormais. Cette croyance qui succède au savoir, est une chance à saisir pour les acteurs politiques car elle seule permet l’adhésion et la mobilisation. De ce point de vue, il y a peut-être bien eu cet été un tournant, une rupture majeure qui a eu lieu. Les acteurs politiques ne peuvent l’ignorer sous peine de se retrouver encore un peu plus impuissants et encore un peu plus décrédibilisés.

Les coulisses du pouvoir

Les partis y croient-ils encore ?

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