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Chroniques

Pour Doel 3, ni fleurs ni couronnes

Les coulisses du pouvoir

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23 sept. 2022 à 07:21 - mise à jour 23 sept. 2022 à 12:20Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

Aujourd’hui, Doel3 sera le premier réacteur nucléaire belge à fermer, conformément à la loi de sortie votée en 2003. Pour les verts c’était censé être un trophée, mais il se transforme en boulet.

Un timing horrible

La fermeture du premier réacteur nucléaire, en pleine crise énergétique, tombe très mal pour les écologistes. Tellement mal que plusieurs partis (MR, CD&V, N-VA) ont surfé sur ce timing douloureux pour les verts pour laisser croire qu’il était possible de laisser tourner la centrale cet hiver.

C’est le patron de la centrale de Doel en personne, Peter Moens, qui a ramené tout ce petit monde à la raison : on n’improvise pas avec la sécurité nucléaire dit-il, la centrale sera donc bien arrêtée comme prévu.

Malgré les moulinets de certains politiciens Doel 3 sera bien le premier réacteur à fermer et à prendre la voie du démantèlement comme décidé dans la loi de sortie de 2003. C’est une victoire pour les verts, l’un des grands combats historiques des écologistes belges devient concret.

Pas de champagne

Mais cette victoire tombe au pire des moments, on ne va pas faire péter le champagne chez Ecolo. Le parti se retrouve dans une situation très délicate et les sondages sont mauvais.

Même si les verts ont effectué un virage à 180 degrés et négocient la prolongation de deux centrales pour dix ans, Ecolo incarne toujours le combat pour la fin du nucléaire. Or, fermer des capacités alors que les prix explosent et que les citoyens doivent faire des efforts, est assassin dans l’opinion. Les autres partis le savent et appuient là où ça fait mal.

Bien sûr, la hausse des prix a bien eu lieu avec sept centrales nucléaires ouvertes.

Bien sûr c’est le gouvernement Michel, sans les verts, en 2017 qui a entériné l’agenda de fermeture et choisi de construire des centrales gaz. Bien sûr, si la Belgique avait prévu une stratégie pour remplacer le nucléaire depuis 20 ans, on n’en serait pas là.

Mais, comme souvent, les détails ne semblent pas trop compter. Le piège est en train de se refermer : Ecolo porte l’essentiel du poids politique de la crise de l’énergie et de la hausse des prix.

Manque de clarté

Il faut dire qu’Ecolo n’est pas très clair sur ses choix. Historiquement, les verts ont toujours considéré que le nucléaire, qui produit en continu était un frein au développement des renouvelables intermittents. C’était l’un ou l’autre. Le Gaz, plus facilement opérable, et peu coûteux était présenté comme l’énergie idéale pour opérer la transition vers le 100% renouvelable en 2050, même si c’était une énergie fossile et nous rendait dépendants des pays producteurs.

Maintenant que le Gaz est très cher et que la dépendance à la Russie est impossible, ce plan, inspiré de l’energiewende allemand est devenu invendable. Mais quel est alors le plan d’Ecolo ? Ce n’est pas très clair. La prolongation de deux réacteurs semble laisser penser que le nucléaire ancien n’est plus un frein aux renouvelables même si Ecolo ne le dit pas clairement.

Si c’est le cas, alors on peut se demander pourquoi les verts n’acceptent pas de prolonger plus de deux réacteurs, et pourquoi pas sur 20 ans plutôt que 10 ? Le journal Le Soir montre ce matin que la prolongation de tous les réacteurs est industriellement quasiment impossible (normes sismiques, protection contre les chutes d’avions, fragilité de certaines cuves). La prolongation de plus de deux réacteurs nécessiterait de revoir à la baisse le cadre réglementaire de la sûreté nucléaire.

Face à la complexité des enjeux les verts communiquent souvent maladroitement. Si le nucléaire n’est pas la solution comme le dit Jean-Marc Nollet, alors pourquoi prolonger deux réacteurs ? Et si on prolonge pourquoi dire que c’est une chimère du passé comme le dit Georges Gilkinet ? Le malaise est grand.

La fermeture de plusieurs réacteurs d’ici aux élections de 2024 était censée conforter Ecolo dans les urnes. La crise énergétique a inversé la donne, chaque fermeture risque désormais de coûter aux verts. Ni fleurs ni couronnes pour Doel 3, ni lauriers pour Ecolo.

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