Belgique

Portraits croisés : d'instituteur à directeur d'école… et vice-versa!

26 août 2022 à 11:00 - mise à jour 27 août 2022 à 13:28Temps de lecture5 min
Par Isabelle Huysen avec Maurizio Sadutto

D'instituteur à directeur

Joël Dogné était instituteur dans une école communale, un métier qu'il a exercé pendant près de 22 ans, toutes classes confondues. Aujourd'hui, c'est en tant que directeur d'école qu'il fait sa rentrée, à l'école primaire du Bonheur, à Woluwé Saint-Lambert, qui fait partie du réseau libre. La donne sera aussi différente car il n'y a plus d'infrastructure communale derrière l'organisation de cette nouvelle école.

Sa rentrée à lui a eu lieu le 16 août, avant tout le monde, donc! Car il faut préparer le terrain

Quand on lui demande si enseigner dans les classes ne va pas lui manquer, il est plutôt positif sur ce que ce changement va lui apporter : 

Un manuel qu'il utilisait encore en classe l'année passée.

"Je vais toujours toucher aux classes, mais d'une autre façon! J'ai emmagasiné une expérience, j'ai plein d'idées, je suis quelqu'un de dynamique et je pense que j'ai quelque chose à apporter à une équipe. J'aime bien l'aspect relationnel, j'ai le contact facile. L'école est pour moi un milieu magique et je croirai toujours à ça! Les changements sont là, et ils font peur, mais on va passer au-dessus de ça!"

Concrètement, ce qui l'attend à la rentrée, c'est une équipe enseignante de près de 30 personnes, ainsi que 400 élèves. Tous l'appelleront désormais "Monsieur Dogné" plutôt que "Monsieur Joël".

Un ex-directeur d'école qui redevient instituteur et ex-instituteur qui devient directeur… Deux parcours croisés qui se racontent.
Un ex-directeur d'école qui redevient instituteur et ex-instituteur qui devient directeur… Deux parcours croisés qui se racontent. © RTBF

Un métier de plus en plus complexe

Diane Morandini, l'ancienne directrice de l'école, passe le relais à Joël, avant une rentrée à laquelle elle préfère ne pas assister.
Diane Morandini, l'ancienne directrice de l'école, passe le relais à Joël, avant une rentrée à laquelle elle préfère ne pas assister. © RTBF

Pour une transition tout en douceur, l'ancienne directrice de l'école, Diane Morandini, lui fait un topo sur le métier.

Assister à la rentrée du 29 août aurait cependant été une épreuve trop chargée en émotions pour elle. Elle préfère passer son tour ce jour-là, car après 10 ans de directorat, et après avoir vécu au jour le jour avec les élèves et les équipes enseignantes, l'attachement est bien présent et la page sera difficile à tourner.

Cependant, avant la rentrée, elle tient à ce que le relais se fasse de directrice à directeur… Elle parle d'expérience :

Diane Morandini, ex-directrice de l'école du Bonheur, prodigue ses conseils à son successeur.

"Le plus important c'est peut-être d'abord de bien observer avant de se lancer, et prendre ses marques. Et il y a beaucoup d'informations à assimiler, il faut s'imprégner de l'école et de son ambiance avant de pouvoir y ajouter son propre esprit. Le passage d'instituteur à directeur n'est pas spécialement facile. Le métier est tout à fait différent, on doit gérer toute une école et pas simplement une classe. On a beaucoup plus affaire à des adultes plutôt qu'à des enfants, même s'ils sont toujours présents autour de nous. Les journées sont chargées et correspondent rarement au programme qu'on s'était fixé! On nous a rajouté chaque année d’autres contraintes, d’autres règles, les circulaires arrivent les unes après les autres… On a des documents, des enquêtes à remplir. On nous demande chaque année plus que l’année précédente."

Joël va désormais devoir gérer un trousseau beaucoup plus imposant. Le tout est de trouver la bonne clé...
Joël va désormais devoir gérer un trousseau beaucoup plus imposant. Le tout est de trouver la bonne clé... © RTBF

Les contraintes et les règles se sont donc accumulées autour du métier de directeur d'école, au fur et à mesure des années.

Mais cela n'a pas l'air d'effrayer Joël :

Joël Dogné, nouveau directeur d'école : "On est tous là pour les enfants, pour qu'ils apprennent, pour qu'ils soient épanouis."

"Après 20 ans d'enseignement, je me dis que j'avais envie de passer de l'autre côté. J'imagine l'école un peu comme un bateau. J'étais dans l'équipage en tant que matelot, et les matelots ont besoin du capitaine. Et puis ce capitaine a besoin des matelots pour faire avancer le navire. Donc on est un équipage, une équipe et c'est sur ça que je vais insister, c'est l'esprit d'équipe. Je chapeaute le tout mais j'aurai besoin de tous les matelots! C'est comme ça qu'on fera du bon travail. On est tous là pour les enfants, pour qu'ils apprennent, pour qu'ils soient épanouis."

Relationnel, administratif, financier… Les aspects du métier de directeur sont multiples et parfois complexes. Sans oublier que le métier de base de directeur c'est avant tout l'aspect pédagogique, qui reste donc essentiel. Le challenge étant de trouver du temps pour cela aussi!

Et de directeur à instituteur

Paul De Groote, ancien directeur (re)reconverti en instituteur "volant", nous a rejoints devant son ancienne école.
Paul De Groote, ancien directeur (re)reconverti en instituteur "volant", nous a rejoints devant son ancienne école. © RTBF

Paul De Groote était directeur d'une école primaire et maternelle, l'école Vervloesem, aussi à Woluwé-Saint-Lambert, depuis 2012. Pour lui, c'est le chemin inverse de celui de Joël qui se dessine.

"Je pense que j’étais arrivé au bout de ce que je pouvais donner, tant intellectuellement que physiquement. Et aussi parce que ce qui m’a tenté dans la profession, c’était la pédagogie et le lien avec les élèves. Or cela, en tant que directeur on ne l’a plus. J’avais envie de retrouver ça et je vais retrouver le plaisir d’enseigner l’année prochaine."

Sa rentrée, il ne la fera plus le 16 août, comme à son habitude, mais bien comme tous les autres instituteurs. Car Paul De Groote va redevenir instituteur, dit "volant", une demande qu'il a expressément faite auprès du pouvoir organisateur. Il va dès les prochains jours pourvoir aux remplacements de dernière minute dans différentes écoles communales.

Un défi qu'il se dit enthousiaste de relever, d'autant plus qu'il a une conscience aiguë des problèmes auxquels fait face l'école aujourd'hui :

Paul De Groote sur son nouveau métier : "Je vais pouvoir réexprimer le travail éducationnel et méthodologique que j’ai envie de faire."

"Je n'ai aucune appréhension par rapport au travail à faire, car c’est ce que je sais faire, et ce que j’avais envie de faire, c'est-à-dire réexprimer le travail éducationnel et méthodologique. Et puis le travail ne manquera probablement pas, car il y a de plus en plus de professeurs absents et ça a l’air d’être un phénomène en accélération. J’ai eu la chance d’avoir une équipe très stable en tant que directeur, des gens très motivés qui étaient très présents. Mais sur la commune, on a des enseignants qui sont régulièrement absents, pour des bonnes ou pour des mauvaises raisons. Et les remplacements sont impossibles. Même le cadre officiel devient difficile à remplir en début d’année. Cette pénurie d’enseignants, je ne sais absolument pas comment on va faire pour la rattraper."

Un cimetière pour se ressourcer

Un lieu insolite mais qui aura permis à Paul de méditer sur son métier aux moments où la pression était trop forte.
Un lieu insolite mais qui aura permis à Paul de méditer sur son métier aux moments où la pression était trop forte. © RTBF

La tension en tant que directeur, Paul l'a beaucoup vécue. Il a toujours travaillé avec les portes de son bureau ouvertes, que ce soit pour les enseignants ou les élèves. Mais quand il avait besoin de calme et de silence, il se réfugiait dans le cimetière tout proche, pour respirer, méditer, se recueillir :

Paul De Groote, ex-directeur d'école primaire : "On nous donne de moins en moins les moyens de pratiquer une pédagogie active."

"C’est ici que j’ai pris la décision d’arrêter mes fonctions de directeur. Pour des raisons de santé, physique ou psychique. J’ai réalisé que j’arrivais à des résultats pour ma petite école, mais cela me demandait beaucoup trop d’énergie. Une énergie que je n’ai plus alors qu’on nous donne de moins en moins les moyens de pratiquer une pédagogie active."

Une décision mûrement réfléchie, donc. A l'écart de toute agitation. Et pour son propre bien-être.

"On est tout le temps sous tension. On est tout le temps occupé. Quand on a un tout petit moment de paix, alors on peut commencer la pile de tâches urgentes qu’on n’a pas eu le temps de faire. J’arrivais entre 7h30 et 7h45 tous les matins. En quittant l’école à 18h00, j’avais de la chance ! Et c’est le cas de tous mes collègues. Et encore, moi j’avais la chance d’être dans une petite école. Et puis le travail informatique devenait lourd alors que j’ai le désavantage d’être un dinosaure dans la profession, je n’avais pas l’habitude de travailler comme ça."

Ne pas perdre l'essentiel du métier

Paul le constate donc également. En quelques années, le métier de directeur d'école est devenu compliqué, parfois jusqu'à l'absurde :

"En 10 ans, le métier de directeur s’est complexifié. Moi j’était directeur depuis 10 ans et avant cela, les choses se complexifiaient déjà aussi. En fait, il y a beaucoup plus d’administratif, beaucoup plus de travail sur ordinateur, d’encodage de données, etc."

Dans le fondamental, du côté de la motivation de l'équipe enseignante, il y a selon lui, aussi, des fondamentaux :

"La plupart, si pas tous les directeurs, sont, à la base, enseignants. Et on devient enseignant pour être pédagogue, et pour donner cours et apporter des choses aux enfants. Et quand on est directeur, on apporte aussi des choses aux enfants, mais de manière indirecte via l’organisation, l’équipe. Mais le relationnel et le pédagogique il n’y en a quasi plus. En tous cas très peu de relationnel et pratiquement plus de pédagogique. Je le regrette. C’est le vrai problème."

Une "re-reconversion", donc, tout à fait pensée et assumée. Au point qu'il s'est déjà trouvé un nouveau surnom : "Papy Volant"...

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