Portrait: être une famille homoparentale et subir l'homophobie en Belgique

Frédérique et Joëlle, mères du petit Jay

© Yasmine Salami

17 mai 2013 à 10:24 - mise à jour 17 mai 2013 à 11:27Temps de lecture3 min
Par Yasmine Salami

Frédérique et Joëlle sont deux femmes ordinaires. La quarantaine, un travail régulier, habitantes à Beersel et possédant deux chiens. Mesdames tout-le-monde, et pourtant, sur leur passage, parfois des têtes se retournent. Ce qu’elles sont, elles l’assument complètement mais sans outrance. Homosexuelles, elles se sont dit "oui" à la commune il y a quatre ans en présence de leurs familles, et aujourd’hui, sont même les deux heureuses mamans d’un petit Jay.

"Les clichés ne nous rendent pas service"

Ayant recouru à l’insémination artificielle, pleines d’espoir, la quatrième tentative fut concluante pour Frédérique et Joëlle. Sur les traits de leur poupon, l’innocence et la découverte. Jay est un petit garçon heureux, et encore loin de se douter des remarques que ses mamans doivent parfois endurer. "Nous ne sommes pourtant pas exubérantes", regrette Joëlle, "je ne vois pas ce qu’il y a de choquant. Parfois les gens nous sifflent et nous insultent, alors qu’on se tient simplement la main. C’est dommage, mais on ne veut pas les provoquer, alors on se tait et on subit."

À première vue, rien ne peut trahir leur préférence sexuelle qui les stigmatise parfois. "Nous ne sommes pas maniérées, et encore moins des stéréotypes ambulants", explique Joëlle. Souffrant des clichés associés au monde homosexuel et influençant souvent le jugement des personnes, les deux jeunes femmes regrettent que l’homosexualité rime parfois avec dépravation et monde de la nuit. Leur sentiment, c’est que "l’on montre rarement un couple d’homos responsable, parents matures et qui travaillent comme Pierre-Paul-Jacques", alors que la minorité "des gens qui se mettent à poil sur les chars" est régulièrement mise en avant. "Tout le monde a sa place dans la société évidemment, mais l’autre partie des homosexuels, la plus modérée, on la voit peu alors qu’elle revendique le plus".

Un aveu qui reste difficile à faire à ses proches

Cependant, si avouer son homosexualité à ses proches devient plus facile de nos jours, et que l’on observe une réelle évolution des mœurs, Joëlle explique que tout dépend de la personnalité des gens à qui l’on se confie. "Quand j’ai avoué mon homosexualité à ma mère, j’avais peur de la blesser. Mais c’est ce que je suis, et elle m’aime. Alors elle a pris sur elle et m’a acceptée très rapidement", avance Joëlle. Frédérique se montre quant à elle plus blessée : "Ma mère ne m’a jamais totalement pardonnée et n’a même jamais voulu rencontrer Jay". Une situation qu’elle avoue attristante, mais qui n’altère en rien leur joie de vivre. "Nous sommes bien entourées."

D’une volonté de fer, c’est bien l’assurance qui caractérise ce couple homoparental. Ayant passé avec succès toutes les étapes administratives très laborieuses pour devenir mères, leur enfant est aujourd’hui leur fierté. Après leur mariage, la décision d’avoir un enfant s’est imposée comme le cheminement naturel qu’observe un couple hétérosexuel. À la question de savoir si elles craignent de devoir un jour expliquer à Jay pourquoi il n’a pas de papa, les deux femmes expliquent que "lorsqu’il posera des questions, on lui répondra franco. Pourquoi inventer une histoire ? Il a deux mamans, mais on veille à ce qu’il ait une présence masculine dans sa vie". Son parrain, son oncle, et leurs amis proches hétéros font partie du noyau dur de cette famille sortant de l’ordinaire.

L'esprit reste à la fête

"La gay pride de samedi ? Nous on se réjouit !" (repabtisée la "Belgian Pride", elle prendra place à Bruxelles le 18 mai, ndlr.), clament-elles le sourire aux lèvres, tout en montrant le cache-oreilles qu’elles ont achetés pour protéger leur enfant des possibles nuisances sonores. Même si leur esprit festif s’est calmé depuis qu’elles sont mamans, les deux femmes continuent de profiter des sorties, avec la modération qu’impose la parentalité. "J’espère qu’il ne pleuvra pas, mais tant pis, nous on y va pour l’ambiance, je reste quand même une festive", avance Frédérique, l’extravertie du couple, le sourire en coin.

Dans deux semaines, Jay fêtera son premier anniversaire, entouré de sa famille. Il offrait la semaine dernière deux cadeaux bricolés à l’occasion de la Fête des Mères, et fera son premier pas bientôt, avec beaucoup d’amour pour encouragement.

Y.S.

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