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Portrait d'Adora Mba, la galeriste au cœur de l’art africain contemporain

Adora Mba est la fondatrice de la galerie ADA\Contemporary, basée à Accra, au Ghana.

Faites confiance à Adora Mba pour faire bouger les frontières du monde de l’art. Après avoir ouvert sa première galerie au Ghana l’année dernière, la conseillère artistique collabore avec HOFA Gallery pour "Mother of Mankind". Cette exposition collective exclusivement féminine témoigne de l’engagement de Mme Mba en faveur des artistes africains. Rencontre.

Lorsqu’Adora Mba a commencé sa carrière dans le monde de l’art, les femmes commissaires d’exposition étaient rares. Celles attirant l’attention sur l’art africain contemporain l’étaient encore plus. Elle en fait désormais partie, comme en témoigne sa dernière exposition, "Mother of Mankind", présentée jusqu’au 31 août à la galerie HOFA de Londres. Elle y présente les œuvres de 16 artistes venant d’Afrique et de sa diaspora, dont de grands noms comme Emma Prempeh, Jamilla Okubo et Adebunmi Gbadebo. Ensemble, elles remettent en question et déconstruisent les canons de représentation de l’histoire de l’art, notamment en ce qui concerne la féminité noire.

Pour Mme Mba, il est essentiel que les galeries d’art mettent en valeur cette nouvelle génération de femmes artistes africaines, dont certaines n’en sont qu’au début de leur carrière. "ADA et HOFA créent un espace pour que leurs, nos, voix soient entendues, pour que nos histoires soient racontées, pour que nos esprits créatifs puissent concevoir, sans contrainte, en forgeant notre propre récit", explique-t-elle à ETX Daily Up.

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L’exposition "Mother of Mankind" est ouverte au public jusqu’à la fin du mois d’août à la HOFA de Londres…
Cette exposition collective exclusivement féminine témoigne de l’engagement de Mme Mba en faveur des artistes africains.
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Un regain d’intérêt

La promotion de la scène créative africaine est depuis longtemps la mission de Mme Mba. Lorsqu’elle travaillait comme journaliste à Londres au début des années 2010, elle a assisté à l’explosion de la demande et des prix de l’art africain contemporain. Des artistes originaires du continent, tels que Ben Enwonwu et Amoako Boafo, bénéficient désormais d’une reconnaissance longtemps attendue de la part des collectionneurs, qui considèrent leurs œuvres comme une denrée très prisée sur le marché secondaire.

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"Ils voient maintenant la valeur commerciale de l’art africain. Beaucoup de gens avaient l’habitude de penser que nous faisions de jolies œuvres d’art, mais maintenant ils pensent qu’elles ont de la valeur. Les artistes africains méritent maintenant qu’on investisse sur eux", déclare Mme Mba.

Si les artistes africains et les galeristes se réjouissent de cet intérêt pour les productions artistiques du continent, ils sont également conscients de la nécessité de développer les marchés locaux. C’est pourquoi Aba Mba a décidé de s’installer à Accra, au Ghana, où elle a ouvert sa première galerie, ADA\Contemporary, en octobre dernier. Certains auraient pu s’attendre à ce qu’elle choisisse la patrie de son père, le Nigeria, dont la scène artistique rayonne depuis quelques années. Mais elle a été attirée par le pays d’Afrique de l’Ouest pour diverses raisons.

"Mon père est nigérian et ma mère est ghanéenne, donc je suis moitié-moitié en réalité [rires]. J’ai choisi le Ghana parce que je voulais y être une pionnière. J’ai vu tellement de potentiel et d’artistes talentueux dans ce pays, mais rien ne se passait. J’ai pensé que je pourrais jouer un rôle déterminant dans le lancement de cette industrie. Et regardez la scène artistique ghanéenne maintenant, on en parle plus que celle du Nigeria", affirme-t-elle avec enthousiasme.

Le Ghana, une terre d’artistes

Mais la tâche n’a pas été facile. Adora Mba a dû faire face à de multiples défis logistiques avant d’ouvrir ADA\Contemporary fin octobre, qu’il s’agisse de retards liés à la pandémie ou encore du manque d’infrastructures artistiques au Ghana. "Nous n’avions pas certaines choses que l’on prend pour acquises à Londres. Nous manquions de verre et d’autres matériaux pour encadrer les œuvres d’art", se souvient-elle. "Cependant, nous avons des artisans extraordinaires sur place et j’ai demandé à des charpentiers locaux de construire des cadres. J’ai transformé tout le monde en professionnels du monde de l’art !"

Tableau exposé à l’exposition "Mother of Mankind" à Londres.
Bria Fernandez fait partie des artistes dont les œuvres seront présentées dans le cadre de l’exposition "Mother of Mankind".

Mais le plus grand défi de tous a été de constituer une équipe. Si le Ghana est une pépinière de talents, peu d’étudiants en art sont prêts à travailler dans des galeries, et comprennent leur rôle dans l’écosystème artistique. "Les écoles d’art ne leur enseignent pas ça. Elles leur apprennent à être des artistes ou des enseignants", affirme Mme Mba. "Il y a quelques années, la plupart des artistes ghanéens n’avaient pas beaucoup de succès. Mais maintenant, ils voient qu’Amoako Boafo a collaboré avec Dior et ils pensent qu’ils vont devenir des rock stars ! Ils veulent tous être des artistes maintenant, et non plus des enseignants".

Les choses ont changé depuis le lancement d’ADA\Contemporary, et Adora Mba reçoit de plus en plus de CV pour rejoindre sa galerie d’art. Sa clientèle a également évolué, devenant de plus en plus jeune et internationale. "J’apprécie les plus jeunes collectionneurs car leurs choix sont plus audacieux que ceux plus chevronnés. Ils sont pour la plupart originaires des États-Unis et d’Europe, mais des acheteurs asiatiques me contactent de plus en plus. Comme ceux en provenance du Canada. Je le dois à un seul et même collectionneur canadien, qui a parlé de nous à tous ses amis. Je comprends qu’ils ne sont pas des novices lorsqu’ils me parlent de tous les artistes extraordinaires qu’ils ont dans leurs collections", confie-t-elle.

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Vers la formation d’une bulle spéculative ?

Les collectionneurs africains ne sont pas encore aussi investis que ceux étrangers, mais la galeriste espère que cela va bientôt changer. Plusieurs signes vont dans ce sens : Sotheby’s a indiqué en avril que les acheteurs venant d’Afrique représentaient une part importante des ventes de sa vente aux enchères d’art africain moderne et contemporain, organisée deux fois par an depuis quatre ans.

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Mais cette attention accrue s’accompagne d’une crainte croissante de voir ce marché devenir une bulle spéculative, prête à imploser à chaque instant. Néanmoins, Adora Mba est optimiste quant à l’avenir de l’art contemporain africain. "Si nos artistes continuent à produire le même type d’œuvres, bien sûr, les prix flamberont et le marché s’effondrera", reconnaît-elle. "Je reste convaincue que nous tiendrons la distance. Cependant, notre base d’acheteurs locaux doit se développer. Cela prend un peu de temps, mais nous finirons par y arriver. C’est déjà le cas au Nigeria, et cela encourage les artistes locaux à essayer des choses différentes et à être plus audacieux dans leurs démarches artistiques. Nous devons soutenir les talents à travers le continent africain pour leur donner la confiance nécessaire pour faire le genre d’œuvres qu’ils veulent faire, et non pas qu’ils pensent être populaires".

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