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Poppy Ajudha : "Cet album prône les choses qui nous rassemblent"

Poppy Ajudha : "Cet album prône les choses qui nous rassemblent"
28 avr. 2022 à 15:595 min
Par Guillaume Scheunders

Que ce soit le Superbowl, Thanksgiving ou les Oscars, certaines traditions américaines qui attirent les yeux du monde entier. Depuis quelques temps, une coutume est venue se greffer à celles déjà existantes : la liste des œuvres culturelles de l’année de Barack Obama, dans laquelle l’ancien président énonce les livres, morceaux, films ou séries qui l’ont marqué durant les 365 jours de l’an. En 2018 figurait dans cette liste Disco Yes, un featuring entre Tom Misch et une artiste dont la notoriété n’a fait que grandir depuis : Poppy Ajudha. Britannique issue de la scène jazz londonienne, elle est active depuis une petite dizaine d’années avec des morceaux oscillant entre R&B, soul et pop. La semaine dernière, elle a dévoilé son premier album, The Power in Us, manifeste engagé servant la justice sociale, le féminisme et l’égalité.

Pouvant être défini comme de l’alternative pop saupoudrée de notes de R&B, de soul ou encore de quelques rythmiques de jazz, cet album cultive une diversité musicale mise en avant par de nombreux producteurs à qui la chanteuse a fait appel. De Joel Compass (FKA Twigs, Jorja Smith) à Wesley Singerman (Kendrick Lamar, Anderson. Paak) en passant par Wyn Bennett (HAIM, Goldlink), Itai Shapira ou une collaboration avec Nubya Garcia, Poppy Ajudha a su s’entourer pour façonner cet album réussi. Rencontre avec cette créatrice activiste de talent.

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Bonjour Poppy Ajudha ! Comment te sens-tu quelques jours après la sortie de ton premier album ?

C’est fou ! C’est encore si irréel. Ça fait très longtemps que je vis avec l’album et je n’ai jamais anticipé comment les personnes allaient réagir. C’était peut-être un peu naïf de ma part mais c’est mon premier album, donc je ne savais pas à quoi m’attendre. Mais c’est hyper excitant et je pense que je suis toujours en train de réaliser. Les retours ont été encore plus positifs que ce à quoi je m’attendais. Je n’imaginais pas avoir autant d’impact sur autant de personnes.

 

L’album s’appelle The Power in Us. Que signifie ce nom, c’est un peu une manière que même si la société ne le dit pas forcément, tout le monde a de la force en soi ?

Oui, dans tout ce que je fais, il y a un message de pouvoir. Je pense que beaucoup de personnes n’arrivent pas à atteindre leurs objectifs parce qu’ils ne croient pas en eux. C’est un phénomène qui est encore plus vrai pour les personnes de couleur ou pour les femmes. On est dans une société si polarisée, si divisée, obsédée par les réactions instantanées, notamment avec l’essor d’internet qui permet à tout le monde de donner son avis sur les problèmes de chacun. L’album prône les choses qui nous rassemblent plutôt que celles qui nous divisent. On aura toujours des personnes de notre famille ou des amis avec qui on sera en désaccord, mais c’est important de trouver des moyens de vivre ensemble.

Est-ce qu’il y a chez toi une sorte de désenchantement à propos du monde qui nous entoure ? Ou cet album est-il plus à propos d’espoir ?

Je pense qu’il y a un peu des deux. Cet album est comme ma conscience et je ne suis pas 100% optimiste tout le temps. Ce que j’aime bien faire avec mes morceaux, même si je critique un problème que j’aimerais voir changer, j’essaye toujours que mon message soit positif. Je ne veux pas être une messagère de négativité. Il y a évidemment du désenchantement à propos de beaucoup de sujets, mais des morceaux comme Playgod, Mothers Sisters Girlfriends ou London’s Burning sont des messages d’espoir et de galvanisation. Je veux que l’album provoque la conversation.

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L’album soulève des sujets assez lourds, assez importants. Est-ce que c’est primordial d’avoir des disques de la sorte de nos jours, plutôt que des albums sur des matières plus légères ?

Je pense que c’est important d’avoir les deux. La musique est une thérapie et c’est bien de l’apprécier et de pouvoir s’évader avec, que ce soit pour se relaxer ou pour l’imagination. Si on écoute de la musique activiste en permanence, on devient fou (rires). Mais il doit y avoir un bel espace pour cela quand même. C’est important d’être au courant de l’impact que l’on peut avoir sur chacun, pour devenir de meilleures versions de nous-mêmes et traiter les personnes autour de nous avec bienveillance. Il n’y a jamais trop de ce genre de musique. Il faut juste être honnête sur la façon dont on parle de sujets politiques comme ceux-là. Mais après, j’ai aussi écrit des chansons d’amour, j’adore le faire et j’adore en écouter pour ne pas être uniquement dans mes commentaires de problèmes sociaux. Mais je pense c’est là où était mon esprit quand j’ai écrit l’album, et ça l’est toujours aujourd’hui. Je parle énormément de ce genre de choses, c’est une grande partie de ma vie.

Dans le premier morceau de l’album, Playgod, dans lequel tu es subversive envers les hommes qui agissent comme des dieux, il y a un gros drop de nu-metal lors du refrain. Est-ce que c’est une façon de dire à tout le monde : “Ne jouez pas avec moi, ne jouez pas avec les femmes” ?

Oui (rires) ! J’imagine que c’est un peu mon énergie. C’est un morceau que j’aime beaucoup, qui a beaucoup d’impact. Les guitares distorsionnées qu’on entend dans le refrain illustrent ce sentiment de puissance dont je veux parler. Il fallait une musique qui frappe fort pour que les gens comprennent que ce n’est pas une blague, c’est un sujet sérieux. J’ai passé beaucoup de temps à organiser les morceaux pour l’album et faire l’introduction qui donne le contexte à la musique. Ça me semblait être la façon la plus puissante de commencer l’album. Je m’intéresse à beaucoup de choses, mais le féminisme sera toujours la chose qui me préoccupera le plus, donc ça me semblait normal d’ouvrir là-dessus.

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Dans le morceau Demons, tu exposes ta vulnérabilité. C’est important d’avoir une polarité entre les sujets, de mettre en avant à la fois ses puissances et les faiblesses ?

Il y a énormément de discussions à avoir à propos de la santé mentale. On est tous dans notre propre bulle, on a tous des vies complexes. C’est parfois dur de reconnaitre que lorsque l’on interagit avec d’autres personnes, ils ont aussi leurs problèmes. Le monde est difficile peu importe d’où l’on vient et on peut tous souffrir à cause de notre santé mentale. Il faut avoir de l’empathie lorsque l’on parle à des gens. C’est souvent de petites choses, mais par exemple, si quelqu’un est gentil avec moi ou si tu es gentil avec une autre personne, ça peut ensoleiller sa journée. De la même manière que si on est malpoli, méchant envers quelqu’un, ça peut ruiner sa journée. Et comme on ne sait pas ce que vit la personne, il n’y a pas de place pour cela dans la société.

Est-ce qu’il y a des personnes qui t’ont inspirée pour cet album ?

J’ai lu beaucoup de travaux sur le féminisme. Angela Davis est samplée dans l’album et j’adore son travail, James Baldwin également, je me suis beaucoup inspirée de son écriture. Musicalement, je suis inspirée par beaucoup de musique. J’adore Janelle Monáe, j’aime le fait qu’elle mixe la politique avec la musique en visant toujours juste. Mais la plupart du temps, ma musique ne finit jamais par ressembler à quelque chose que j’ai pu entendre.

 

Après un concert annulé le 17 avril dernier, Poppy Ajudha sera de passage au Botanique le 21 novembre pour défendre ce nouvel album The Power in Us.

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