Prix de l'énergie

Politique énergétique en Belgique : de la nécessité de combiner efficacité et sobriété (analyse)

Image d’illustration
18 mars 2022 à 10:49Temps de lecture3 min
Par Kevin Dero sur base d'un dossier de Maxime Paquay et Sophie Brems

Le gouvernement fédéral est sur le point de se prononcer sur la prolongation de centrales nucléaires en Belgique dans un contexte d’urgence. Guerre en Ukraine et volonté de s’affranchir des énergies fossiles russes, mais aussi, de manière générale, inflation et prix énergétiques qui s’envolent. D’où cette question, pourquoi la sobriété énergétique est une question d’investissement bien plus que de privations ? Maxime Paquay, journaliste à l’Echo, était au micro de Sophie Brems.

Le marché matinal

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Contrainte

"Nous sommes sur le point de décider sous la contrainte, comme d’habitude" note le journaliste économique. "Et c’est aussi sous la contrainte que bon nombre de Belges vivent aujourd’hui cette baisse du thermostat qu’ils connaissent, sous la contrainte économique et celle de l’urgence politique, celle du prix en réalité, qui, par le portefeuille bien plus que par militantisme, nous contraint à une certaine forme de sobriété aujourd’hui. Sauf que cette sobriété énergétique n’est plus restreinte aujourd’hui au seul champ lexical de la restriction".

Il est grand temps de sortir ce mot sobriété du registre de la privation, du retour à la bougie

"Il est en fait grand temps de sortir ce mot sobriété du registre de la privation, du retour à la bougie. Le sortir aussi des marchandages politiques. L’efficacité énergétique est plus que jamais au cœur des enjeux à la fois économiques, géopolitiques et climatiques".

Sobriété et efficacité, complémentaires

Sobriété et efficacité ne seraient donc plus synonymes à l’heure actuelle ? "La première, la sobriété, est encore et toujours connotée comme relevant du registre de l’écologie politique. "Efficacité", plus policé, plus performatif aussi, est plus accepté généralement dans son intention et sa mise en œuvre à la fois par le grand public et les entreprises".

Pour Maxime Paquay, les deux noms communs devraient maintenant être associés : "Il est grand temps que ces deux termes se rejoignent. Parce que se serrer la ceinture sur l’écran du thermostat, ça ne suffira pas de toute façon. Il est grand temps de voir dans la sobriété et/ou l’efficacité énergétique autre chose qu’une privation. Il faut y voir la nécessité urgentissime d’investir, de dépenser aujourd’hui dans le fait de moins devoir dépenser demain. Pour le dire platement, tout comme un nuage nucléaire ne s’arrête pas à la frontière, les bouleversements du monde ne s’arrêteront pas aux prochaines élections".

Il faut y voir la nécessité urgentissime d’investir

Des dépenses de l’Etat excessives ?

La ministre Groen de l’Énergie a d’ailleurs proposé, en contrepartie d’une prolongation d’une partie du parc nucléaire, un plan d’investissement de huit milliards d’euros. Ça devrait effectivement coûter cher remarque Sophie Brems… Une prolongation si imparfaite soit-elle, mais qui, selon Maxime Paquay "nous ramène quand même aux enjeux. Oui, la sobriété ou l’efficacité, peu importe le mot d’ailleurs, si elle se matérialise en mesures politiques, ça va coûter cher. Mais ce n’est pas de l’argent jeté par les fenêtres si elles entourent du triple vitrage. Et aujourd’hui, même ceux qui s’insurgent régulièrement contre ce qu’ils qualifient de dépense excessive de l’État soutiennent cette politique de chèque énergétique que l’on connaît aujourd’hui".

Et en ce qui concerne la baisse de la TVA sur l’énergie ? Des mesures "one shot" à plus d’un milliard d’euros ? "One shot ou pas d’ailleurs, on verra bien combien de mesures de soutien il faudra. Parce que ce type de mesures, ce ne sont pas justement des investissements, ce sont des dépenses opérationnelles, de fonctionnement, de soutien aux ménages, à la population actuelle. Des mesures qui, elles, ne contribuent pas à poser les bases d’une prospérité future…"

À long terme les investissements nous rendront moins vulnérables aux risques sur les prix, aux risques sur l’approvisionnement

 

 

Sujet JT du 17 mars :

Ni non plus au changement, pour le journaliste : "Ni au changement en effet. Or, les investissements sont nécessaires, quitte à devoir s’endetter au passage, quitte à devoir réorienter ou mettre en pause d’autres budgets. Ces investissements dans l’isolation des bâtiments dans les transports en commun ne seront de toute façon rentabilisés à moyen terme. À long terme, c’est une certitude, et ils nous rendront moins vulnérables aux risques sur les prix, aux risques sur l’approvisionnement. La sobriété est en fait bien plus une question d’investissement massif que d’austérité. Elle nous replace dans le temps long et nécessite des dépenses intelligentes pour limiter les privations de demain. Donc oui, la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique est une question d’investissement bien plus que de privations".

La sobriété énergétique ne serait donc pas un retour en arrière, mais bien un investissement et un pari sur l’avenir.

Sur le même sujet

Patinoire, chauffage, éclairage… Voici le plan de sobriété énergétique de Namur

Regions

L’effet de la baisse de TVA sur le gaz et l’électricité est déjà anéanti par la hausse des prix de l’énergie

Politique

Articles recommandés pour vous