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Policiers encerclés à Schaerbeek : une vidéo du SLFP pour exprimer "un ras-le-bol à l'égard d'une petite minorité de crapules"

La police communique de plus en plus d images

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17 août 2020 à 11:59 - mise à jour 17 août 2020 à 14:53Temps de lecture4 min
Par RTBF

Vendredi 14 août vers 23h, lors d’un contrôle, deux policiers sont encerclés par une foule de personnes sur la place Liedts, à Schaerbeek. Ils tentent ensuite de poursuivre un individu qui prend la fuite. S’en suit un mouvement de foule. Les policiers auraient été blessés (l'un d'eux poignardé); une information qui ne nous a pas été confirmée par le parquet de Bruxelles. Celui-ci précise néanmoins qu'un adolescent de 17 ans a été interpellé. Cet adolescent fait partie des individus arrêtés à la suite de la bagarre survenue à Blankenberge le 9 août dernier. Le parquet poursuit l'analyse des images des événements de vendredi.

En attendant cette analyse, la scène a été filmée et déjà diffusée sur les réseaux sociaux par plusieurs témoins de faits. Ce dimanche soir, le SLFP police (Syndicat Libre de la Fonction Publique policier), qui réunit 19.000 membres, a lui aussi relayé ces images sur Twitter. Et ce n'est pas la première fois que la police utilise les réseaux sociaux pour pointer des faits de violences à son égard. Plusieurs syndicats policiers nous en expliquent la raison. 

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Nous nous sommes dit qu’il fallait que les citoyens découvrent ce qu’est vraiment le travail policier dans certains quartiers 

En rendant public de telles images, le syndicat policier souhaite montrer à la population la difficulté du travail de ces hommes et femmes sur le terrain : "C’est une pure réaction au bashing totalement injuste et non fondé dont les policiers ont été victimes à partir de début juin. Nous nous sommes dit qu’il fallait que les citoyens découvrent ce qu’est vraiment le travail policier dans certains quartiers". Précisant qu’il s’agit du fait d'une minorité de la population, le syndicat indique qu’il y a bien des zones de non-droit à Bruxelles et dans d’autres grandes villes du pays. "Des personnes en bande tentent de prendre le pouvoir au préjudice des habitants qui n’osent pas parler. Donc, via ces images, les policiers s’expriment pour tout le monde".

 

La bourgmestre f.f. de Schaerbeek, Cécile Jodogne (DéFI)

"Entendre parler de zones de non-droit à Schaerbeek, ça me choque"

"C'est totalement faux." Voilà la réaction de Cécile Jodogne, la bourgmestre faisant fonction de Schaerbeek, qui pointe aussi une certaine manipulation : "Quand on présente une vidéo sortie du contexte, ça n'influence pas nécessairement de la bonne manière la réaction des personnes. Ces événements restent marginaux, ce qui ne veut pas dire que nous devons les minimiser, évidemment." Et Mme Jodogne d'enchaîner : "Je ne pense pas que cela apporte quoi que ce soit au débat surtout quand on laisse croire que ça se passe régulièrement comme ça dans les quartiers de Bruxelles, je suis heurtée par des déclarations comme celles-là." Et pour appuyer ses dires, Cécile Jodogne précise que, en permanence, douze patrouilles sillonnent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 tous les quartiers, et en particulier où la situation est "plus difficile". 

Selon la bourgmestre, la zone de police Bruxelles-Nord (qui regroupe les commune de Schaerbeek, Evere et Saint-Josse-ten-Noode) a porté plainte "pour souligner que les policiers sont intervenus sans aucune faute et de manière justifiée."

Nous avons déjà reçu le soutien de nombreux citoyens

Par ailleurs, le syndicat libre dit avoir déjà reçu le soutien de nombreux citoyens suite à la diffusion de telles images : "Les citoyens ont compris la manœuvre et partagent ce sentiment de ras-le-bol à l’égard d’une petite minorité de crapules dont on entend beaucoup trop parler ".

Pour le président national du SNPS (Syndicat National du Personnel de Police et de Sécurité), Carlo Medo, si le syndicat libre en vient à utiliser le mot "crapule", c'est parce que la police tente de pousser "un cri final" : "C’est un cri qui doit être entendu. Il est grand temps qu’on pointe du doigt ce vrai problème, celui de la violence envers les policiers. Tous les jours, les policiers sont confrontés à la violence. Ce qu’on demande, c’est de pouvoir faire notre métier". Pour Carlo Medo, il n’est pas normal que certaines personnes préfèrent sortir leur gsm de leur poche et filmer la violence policière plutôt que de soutenir la police : "La police se sent vraiment abandonnée par une partie de la population, un groupuscule qui aime bien tyranniser les policiers. Et ça je trouve cela aberrant".

Cette diffusion d'images est-elle légale ?

Selon le SLFP, ces vidéos sont rendues publiques par leurs auteurs eux-mêmes "qui sont d’ailleurs souvent aussi les auteurs de la violence contre les policiers", assure Vincent Gilles. Selon lui, la démarche est donc légale.

D’ailleurs, si le syndicat SLFP veut informer la population sur la réalité du travail policier, ce n’est pas son seul objectif en diffusant ces vidéos sur les réseaux sociaux : "Notre objectif est aussi que les auteurs de ces vidéos, qui sont aussi les auteurs de ces violences, se rendent compte qu’ils seront identifiés et poursuivis pénalement", poursuit Vincent Gilles, précisant que c’est aussi grâce à de telles vidéos que certaines personnes ont pu être interpellées, notamment suite à la bagarre survenue à Blankenberge.

 

La lutte contre les violences policières : l’un des points du prochain accord gouvernemental ?

Les syndicats policiers espèrent par ailleurs être entendus par les politiques : "En dehors du ministre de l’Intérieur Pieter De Crem, les politiques ont d’autres pôles d’intérêt pour le moment. Mais ils prennent note de ce qui se déroule. Nous avons l’intime conviction que la lutte contre les violences policières fera l’objet d’un chapitre particulier dans le prochain accord de gouvernement ", explique Vincent Gilles.

Et de poursuivre : "Nous demandons aux politiques de donner un signal à l’égard de cette marge minimum de la population. De leur dire : si vous commettez des violences, vous serez poursuivis et il n’y aura pas de rabais. Pour ça, il faut des textes législatifs et modifier le code pénal actuel qui donne trop de place à des circonstances atténuantes pour ce genre de client".

Le syndicat libre espère également des moyens humains supplémentaires pour pouvoir faire face à cette hausse de violence. 

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