Justice

Policier tué à Schaerbeek : radicalisé et "avec des troubles psychologiques", qui est l’agresseur présumé ? Quel a été son suivi ?

Mort d un policier: Analyse des faits avec Michael Dantinne

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11 nov. 2022 à 13:42 - mise à jour 11 nov. 2022 à 13:46Temps de lecture3 min
Par Marie-Laure Mathot

Né en 1990, habitant d’Evere, de nationalité Belge, Y.M est l’agresseur présumé de deux policiers ce jeudi soir. Ce que l’on sait de lui ? Il avait des idées extrémistes, ne les cachait pas, a été en prison de 2013 à 2019 et figurait dans la banque de données commune coordonnée par l’OCAM, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace dans la catégorie "extrémistes potentiellement violents".

Un profil déjà décrit quelques années plus tôt lors de son incarcération à Ittre et Lantin, notamment. Il n’avait néanmoins pas été mis en prison dans le cadre d’un dossier de terrorisme mais bien à cause de tentatives de vol avec violence.

Plusieurs arrêts du Conseil d’État permettent de retracer le parcours du suspect dans cette prison.

Le tout premier date de septembre 2017. Il était à ce moment-là en prison depuis 2013 pour des faits de (tentatives de) vols avec violence. Il y est décrit à plusieurs reprises comme ayant "des idées extrémistes", représentant une "menace persistante pour la sécurité de l’établissement" et avec un "prosélytisme excessif susceptible d’entraîner la radicalisation d’autres détenus".

Alors détenu à la prison de Lantin, il faisait l’objet de mesures de sécurité particulières. En réalité, il s’agissait de l’isoler des autres détenus afin qu’il ne les influence pas avec ses idées radicales. Un isolement qu’il a déjà connu dans la prison de Ittre où il séjournait dans une section spéciale pour profils radicalisés. Il y avait également agressé un agent pénitentiaire.

Signalé depuis 2015 comme radicalisé

Voilà comment Y. M. est décrit dans cet arrêt : "Bien que l’intéressé ne soit pas détenu pour des faits en lien avec le terrorisme, il apparaît qu’il aurait influencé plusieurs codétenus vulnérables avec son idéologie extrémiste", peut-on lire dans l’arrêté du Conseil d’Etat de 2017. "Le risque de prosélytisme n’est dès lors pas à exclure. A cet égard, il est signalé depuis août 2015 comme musulman radicalisé. Précisons par ailleurs qu’il appartient à un milieu (familial) fortement radicalisé."

Deuxième arrêt en 2018. Il est toujours en prison et demande à ce que le régime de sécurité particulier sous lequel il est détenu soit levé. "Les débats sont rouverts." Un troisième arrêt en 2019 rejettera sa demande.

C’est pourtant cette année-là qu’il sortira de prison tout en restant sur les listes de l’OCAM comme "extrémiste potentiellement violent".

Son état mental et sa dangerosité ont-ils été bien évalués ?

Si à aucun endroit dans ces trois arrêts il n’est question de troubles psychiatriques, le comportement du suspect de ce jeudi pose question. Il est en effet arrivé dans le commissariat d’Evere en matinée en menaçant de s’en prendre aux forces de l’ordre. "Il parlait d’une haine vis-à-vis de la police suite à quelque chose qui se serait passé lors de sa jeunesse, une injustice dont il prétendait avoir été victime", explique Tim de Wolf, procureur ff au Parquet de Bruxelles. "Il demandait expressément d’être aidé par des services psychologiques."

La police l’accompagne alors au service psychiatrique des cliniques Saint-Luc mais disparaît dans la nature un peu plus tard dans la journée de jeudi. L’enquête doit déterminer dans quelles circonstances.

Une démarche totalement atypique

Pour Michael Dantinne, criminologue à l’Université de Liège, ce type de profil est connu mais son comportement est plutôt étonnant. "C’est une démarche totalement atypique. On ne voit jamais quelqu’un qui commet un attentat, préalablement, aller se livrer aux services de police et demander à se faire interner. C’est du jamais vu parce que lorsqu’un terroriste veut passer à l’acte, il ne veut pas qu’on l’empêche de le faire. Donc, ici, on a une composante de maladie mentale qui semble assez indéniable, que l’enquête va creuser."

Chez nous, il existe une procédure de mise en observation forcée pour les personnes présentant une maladie mentale. Hier, le magistrat de garde du parquet de Bruxelles a choisi de ne pas l’appliquer car l’homme ne remplissait pas les critères légaux. Quand il s’est présenté à l’hôpital, il a donc été interné volontairement.

Et c’est exactement cette base volontaire qui aurait permis au suspect de s’en aller quand il le désirait. "Ce qui pose alors la question de la procédure choisie au regard de ce signalement dans la base de données OCAM", continue Michael Dantinne, "avec ce risque d’extrémisme violent par rapport à quelqu’un qui, je le rappelle, est venu dans un commissariat pour dire qu’il allait commettre un attentat et qu’il avait de la haine envers les policiers."

Les questions qu’il reste à résoudre sont donc encore nombreuses : la dangerosité et l’état de santé mental (et la combinaison des deux) de l’homme ont-ils bien été évalués tant par les autorités que par le corps médical compte tenu entre autres de son profil ? A-t-on bien utilisé tous les moyens légaux pour le mettre hors d’état de nuire, même temporairement, afin qu’il ne puisse mettre en danger personne ? Y a-t-il eu un suivi et un échange d’information correct entre tous les acteurs de ce dossier une fois que l’homme a quitté l’hôpital ? L’enquête devra y répondre.

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