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Chroniques

Plus d’argent pour la défense : d’une naïveté à l’autre

Les coulisses du pouvoir de Bertrand Henne

Le budget des armées européennes, entre réalisme et naïveté

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30 mai 2022 à 06:47 - mise à jour 30 mai 2022 à 08:24Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

Faut-il encore augmenter le budget de la défense suite à la guerre en Ukraine ? C’est ce que souhaite le Premier ministre, Alexander de Croo et le Chef de la défense, l’amiral Michel Hofman. Les écologistes continuent à s’y opposer.

Le totem des 2%

Oui la tension monte au sein de la vivaldi à ce sujet. Fin du mois de juin, le Premier ministre souhaite pouvoir aller à Madrid, lors du sommet de l’Otan annoncer que la Belgique va enfin respecter l’objectif fixé par l’OTAN de dépenser 2% du PIB en matière de défense. Pour vous donner un ordre d’idée on est actuellement à un peu plus de 1% soit 4.2 milliards d’euros par an.

Le gouvernement avant la guerre en Ukraine avait déjà décidé de l’augmenter car nous étions vraiment en train de décrocher par rapport à nos alliés. C’était une rupture avec le passé puisque depuis 1989, le budget de la défense n’avait cessé de baisser. A chaque budget, l’armée se faisait ratiboiser.

La guerre en Ukraine a boosté cette dynamique. Le gouvernement à promis de faire passer ce budget à 1,5% du PIB soit près de 6.8 milliards d’euros d’ici 2030. Atteindre les 2% c’est ajouter près de 2.5 milliards d’euros pour atteindre près de 9 milliards d’euros. Pour faire simple c’est quasiment doubler le budget de la défense à terme.

Jean Marc Nollet, monsieur "non"

Les écologistes s’y opposent. Jean Marc Nollet l’a affirmé haut et fort dans une interview. Il explique avoir d’autres priorités, pour le pouvoir d’achat, pour la transition énergétique. En effet, cette augmentation de crédit diminue les moyens mobilisables pour des politiques climatiques. Mais surtout, elle va à l’encontre d’une partie de l’électorat historique des verts issus des mouvements pacifistes des années 80 (au moment de la crise des euromissiles, ces missiles nucléaires que l’Otan installait en Europe pour contrer l’union soviétique).

Participer à la remilitarisation du pays serait une nouvelle rupture des verts avec leurs racines. Si vous considérez qu’Ecolo a déjà dû aller à rebrousse-poil de l’électorat historique que constitue les opposants au nucléaire civil dans le dossier de la prolongation des réacteurs nucléaires, cela fait beaucoup.

Le "réalisme" des verts allemands

Pourtant, le réarmement massif c’est ce qu’ont décidé les verts en Allemagne. Le mot historique n’est pas du tout galvaudé. Après des semaines de discussions, la coalition au pouvoir à Berlin (les sociaux-démocrates, les écologistes et les libéraux) s’est associée à l’opposition, aux conservateurs de l’ancienne chancelière Angela Merkel pour augmenter le budget de l’armée de 100 milliards d’euros pour arriver à ces fameux 2% du PIB.

Pour y arriver l’Allemagne a dû changer sa constitution ou est inscrite sa fameuse règle d’or budgétaire qui limite l’endettement. Ni la menace de voir éclater la zone Euro, ni l’urgence climatique, ni le Covid n’étaient parvenues à faire dévier l’Allemagne de cette règle d’or. La guerre y est arrivée : l’Allemagne contourne son dogme de limitation de l’endettement. Les écologistes allemands avec la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock sont partie prenante de cette décision.
 

La "naïveté" des verts belges

La position des écologistes belges a rapidement été considérée comme naïve par certains. Mais ce repproche ne peut pas être fait qu’aux verts. D’un certain point de vue cette augmentation de crédit à 2% est-elle aussi naïve. Si on observe en valeur absolue les Européens en 2020 ont dépensé 232 milliards de dollars à leur défense en 2020.

La Russie a dépensé 66 milliards de dollars. C’est 4 fois moins. On voit bien que la question des dépenses ne peut être résumée à une opposition entre "naïfs" contre "réalistes". Car la posture "réaliste" comporte une part de naïveté.

Comment un "réaliste" peut-il expliquer que l’enjeu primordial est de dépenser plus alors que l’Europe dépense 4 fois plus que la Russie mais juge sa défense inefficace ? Comment un "réaliste" peut-il juger opportun de dépenser plus alors que notre industrie de défense est faible et largement dépendante des Américains ? Dépenser plus et ne pas affronter ces questions-là est une naïveté aussi confondante que celle qui a conduit au désinvestissement des forces armées du pays.

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