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Football International

"Platini peut entrer dans l'histoire comme un dirigeant exemplaire"

"Platini peut entrer dans l'histoire comme un dirigeant exemplaire"
29 juil. 2015 à 16:233 min
Par Erik Libois

Pascal Boniface, célèbre géopolitologue français, fondateur et directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) évoque au micro de la RTBF la candidature de Michel Platini à la présidence de la FIFA et les chantiers qui l'attendent s'il est élu.

Michel Platini annonce qu'il est candidat à la présidence de la FIFA. On a l'impression qu'il est déjà élu car il suscite l'unanimité. Est-ce aussi votre avis ?
Pascal Boniface : "Il y a en tout cas un fort consensus. Michel Platini a annoncé assez rapidement sa candidature pour tuer la concurrence et ne pas laisser d'espace à d'autres éventuels concurrents. Quand on voit les réactions au niveau mondial, à l'exception pour l'instant des pays africains, il y a un très large consensus pour se satisfaire de la candidature de Michel Platini".

Il ne fait l'unanimité partout !
P.B. : "Non. En Afrique, il est critiqué car, d'une part, Blatter était populaire et que d'autre part, Blatter est parvenu à le faire passer pour le candidat de l'Europe, le candidat des riches alors que Blatter aurait été une sorte de Robin des Bois qui aurait redistribué l'argent aux confédérations africaines. Mais, on peut penser que si Michel Platini fait une campagne active, il arrivera aussi à séduire les voix africaines qui sont sensibles à son passé de joueur et qui vont également admettre qu'il est nécessaire de réformer la FIFA."

Blatter est tombé sur le Qatar. Platini a voté pour le Qatar. C'est un peu un paradoxe ?
P.B. : "Oui et non. On ne sait pas pour qui a voté Blatter et par ailleurs, le Qatar a obtenu l'organisation de la Coupe du Monde 2022 par 14 voix contre 8 aux Etats-Unis. Donc, même si le vote de Michel Platini aurait été différent, cela n'aurait rien changé au résultat final. C'est une sorte de mauvais procès que Blatter a fait à Michel Platini en espérant ainsi jeter l'opprobre sur Platini et se dresser une image de chevalier blanc qui lui est très difficile d'endosser".

Cela ne va quand même pas fragiliser Michel Platini ?
P.B. : "Non. Il a été transparent. Actuellement, si Michel Platini peut être soumis à des critiques, son intégrité personnelle n'a jamais été remise en cause et honnêtement, son choix était celui d'étendre le football au niveau mondial, de faire une première Coupe du Monde dans un pays arabe et musulman. Et personne n'a dit que Michel Platini avait été payé pour voter pour le Qatar".

Michel Platini est l'homme qui veut rendre le foot aux "footeux" mais c'est aussi, aujourd'hui, devenu une bête politique, son parcours le prouve ?
P.B. : "On ne peut pas être élu à la présidence de l'UEFA si on est maladroit et si on n'a pas le sens politique. Il doit faire des compromis mais il ne fait pas de compromissions. Il fait tout pour limiter le rôle de l'argent dans les compétitions et, bien sûr, il n'est pas responsable des sommes de plus en plus importantes que les télévisions, les supporters, les sponsors versent dans le football".

Pensez-vous qu'il sera élu à la présidence de la FIFA ?
P.B. : "Maintenant qu'il a déposé sa candidature, il sera très difficile de s'opposer de manière crédible avec un vrai projet et un vrai parcours. Les autres candidats sont actuellement d'anciens footballeurs (Zico ou encore Diego Maradona, ndlr) qui n'ont pas son passé de dirigeant. Michel Platini a, pour lui, non seulement son passé de footballeur mais surtout sa crédibilité en tant que président de l'UEFA dans lequel il entame son 3ème mandat."

Cela dit, quand Blatter était toujours là, il n'a pas voulu se lancer dans l'arène pour ne pas s'opposer à lui. Il avait de peur de perdre ?
P.B. : "Il était certain de perdre parce que Blatter contrôlait la FIFA et les votes. Blatter parti, c'est une autre époque qui commence. On peut penser que de nombreuses Fédérations, suite aux différents scandales,estiment qu'il est temps de faire le ménage comme le CIO l'a fait après le scandale de Salt Lake City."

Si Platini est élu, quels seront ses chantiers prioritaires ?
P.B. : "La transparence et la réputation de la FIFA. A savoir, qui fait quoi ? où va l'argent ? et comment les décisions sont prises ? C'est à ce niveau qu'il y a d'énormes progrès à faire."

Le plus dur commence pour Michel Platini dans la mesure où certains risquent de lui poser des problèmes dans l'ancienne administration Blatter ?
P.B. : "Il va devoir faire le ménage dans un endroit qui n'est pas aussi propre qu'on le souhaiterait. Et c'est toujours une tâche difficile. En même temps, c'est sa mission et on peut dire que s'il est élu président et qu'il réussit cela, il rentrera dans l'histoire non seulement comme un ancien joueur mais également comme un dirigeant exemplaire avec un parcours inégalable dans le football mondial."

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