Belgique

Plantu : "On n’a pas de leçons à donner aux Iraniens, aux Chinois…", notre dictature à nous, c’est le marketing

L'invité de Matin Première : Plantu

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

20 sept. 2022 à 08:12Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base de l'Invité de Matin Première de Thomas Gadisseux

S’il n’a pas le record de la reine d’Angleterre, Jean Plantureux alias PLANTU est un témoin du siècle. En effet, le dessinateur a croqué l’actualité pour le journal "Le Monde" durant 50 ans. De passage à Bruxelles dans le cadre de la parution d’un ouvrage "Plantu, Hergé, un dialogue imaginaire", il nous livre son regard sur les crises qui s’enchaînent.

S’il a rangé le crayon en mars 2021, Plantu ne peut s’empêcher de croquer l’actualité. Ce lundi, le caricaturiste français a bien sûr dessiné sur les funérailles de la reine d’Angleterre. C’est son "oxygène", dit-il. "Et quand je veux comprendre l’événement, je ne l’ai pas bien intégré si je n’ai pas fait le dessin."

Loading...

Alors que notre époque est marquée par des crises à répétition, ce moment d’arrêt autour d’un monarque témoigne d’un esprit de communion, estime Plantu. "C’est marrant parce que je trouve que c’est une période où l’on voit bien une montée des violences. Et à la fois on a toutes et tous besoin d’un retour au calme. Et elle fédère un peu un calme retrouvé", note Plantu.

Contexte de crises

Car pour l’instant, le climat est plutôt à la tension. Le 23 février, par exemple, Plantu croquait Vladimir Poutine qui annonçait son opération militaire en mangeant un pantin ukrainien et surtout, ressuscitant le fantôme de Staline. Le titre du dessin : "Le temps des dictateurs".

"Et c’est vrai que Poutine est un dictateur, qu’il faut dénoncer. Et à la fois, tout en étant dessinateur qui essaie d’être incisif, j’ai envie de dire : attention, il y a aussi la culture russe qu’il faut avoir en tête. Et ne pas confondre les Russes, la culture russe et puis ce connard qui dirige à Moscou et qui se retrouvera un jour, je l’espère, devant un tribunal international."

Si Plantu précise son intention, c’est parce qu’il estime qu’il peut parfois y avoir des malentendus. "Il y a des gens qui ne sont pas toujours bien attentionnés", explique le dessinateur.

Il y a très peu de dessins que je regrette d’avoir faits

"On a vu l’exemple des fatwas contre les dessinateurs danois en 2006, qui avaient fait les fameux portraits dits des prophètes. Il y a des gens pas toujours bien attentionnés qui ont repris les dessins en disant que l’Occident voulait mépriser le monde musulman. Alors que pas du tout. Ce sont des dessinateurs qui ont envie de déconner, de se faire plaisir… Ils voulaient faire des dessins drôles."

Cet événement de février 2006 est aussi un moment fort pour la carrière de Plantu. A l’époque, il écrit sur un dessin "je ne dois pas dessiner Mahomet". Depuis, il fait l’objet de menaces. Malgré tout, "il y a très peu de dessins que je regrette d’avoir faits", reconnaît le caricaturiste, qui explique que tous les dessins auxquels il croyait ont fini par être publiés.

Qui censure ?

Alors, a-t-il déjà fait preuve d’autocensure, avant de proposer ses dessins à des rédacteurs ? "Je ne connais pas un journaliste, un citoyen, un dessinateur sur la planète qui dise qu’il balance tout ce qui lui passe par la tête", rétorque Plantu.

L’attaque récente de Salman Rushdie a d’ailleurs réveillé la querelle sur la liberté d’expression, un débat qui dure depuis Charlie Hebdo. "C’est une mauvaise période", note le dessinateur. "Chez Cartooning for peace, on rassemble des dessinateurs juifs, chrétiens, musulmans… Et on défend en ce moment des Malaisiens qui ont des problèmes, des Jordaniens, des Russes, des Ukrainiens…"

On n’a pas de leçons à donner aux Iraniens, aux Chinois...

Alors, qui censure ? "Quand je vais en Iran et que j’essaie de libérer un dessinateur emprisonné, là c’est la dictature à l’ancienne", note Plantu. "Mais nous, on fait mieux dans nos pays que j’adore ? Je suis amoureux de la Belgique, je suis amoureux de mon pays, la France. Mais à la fois on n’a pas de leçons à donner aux Iraniens, aux Chinois…"

Notre dictature à nous, c’est le marketing, selon le caricaturiste. "On voit bien qu’il y a beaucoup de médias où la ligne marketing est de temps en temps au-dessus de la ligne éditoriale. Et là, il y a un problème", estime-t-il. "Quand on parle en boucle de la reine, il y a un truc qui ne va pas. Pendant ce temps-là, la France vend des armes à l’Arabie saoudite qui pilonne le Yémen. Et donc du coup, il n’y a pas un ayatollah pour nous dire de parler de ça plutôt que ça. On a mieux, c’est le marketing qui parle."

Alors, qu’est-ce qui bug dans le système ? "Pour le moment, il y a une période de trouille. Ils ont peur", estime Plantu. "En France, on oublie des fois de se lâcher un peu et de se faire plaisir, parce que l’époque est à la trouille", conclut le dessinateur.

Sur le même sujet

Joe Biden soutient les "femmes courageuses" en Iran, Téhéran réprime des manifestations

Monde

L'Iran accuse l'Occident de "deux poids, deux mesures" sur les droits des femmes

Monde

Articles recommandés pour vous