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Belgique

Plan Canal: précipitation, effet d'annonce... et préavis de grève

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Stéphane Deldicque

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12 févr. 2016 à 08:42 - mise à jour 12 févr. 2016 à 08:423 min
Par T. Mignon

Un millier de policiers supplémentaires seront mobilisés d'ici 2019 à tous les niveaux. Et des millions d'euros investis dans le même temps. Le plan de la lutte contre la radicalisation annoncé par le gouvernement vendredi dernier est ambitieux sur papier.

Et la police salue la prise de décisions. "C'est une excellente nouvelle. Même en tant que citoyens, on est contents et ravis de voir que le ministre de l'Intérieur (Jan Jambon, N-VA, ndlr) prend le taureau par les cornes", lance même Stéphane Deldicque, secrétaire permanent de la CSC Police, invité de Matin Première ce vendredi.

Mais il y a un "mais". Les syndicats critiquent la mise en œuvre de ce plan et évoque une "précipitation". Le SLFP Police, le SNPS et la CSC Police de Stéphane Deldicque ont d'ailleurs déposé ce jeudi un préavis de grève d'une semaine. En cause notamment : l'affectation "brutale" de membres de la police dans les zones de Bruxelles-Ouest et Vilvorde.

"Vases communicants"

Et ce qui est annoncé comme "un millier de policiers supplémentaires" ne signifie pas un millier d'agents recrutés en plus. "Nous aurons, dans un premier temps, l'envoi et la mobilisation de 300 policiers en 2016. Nous aurons un recrutement fin d'année qui sera complémentaire et qui alimentera une première vague l'année prochaine. Et l'année suivante, à nouveau un recrutement orienté de 500 policiers. Mais les 300 policiers qui seront mobilisés pour l'année 2016, on va les chercher où ? Principalement à la police fédérale qui, elle, souffre déjà d'un déficit depuis de nombreuses années."

Autrement dit, ce plan enlèvera des moyens là où ils sont nécessaires, suivant "le principe des vases communicants". L'unité où seront puisées ces forces devra "revoir ses missions à la baisse".

Réflexion structurelle

Les premiers policiers qui dépendent de la police fédérale et qui ont été affectés en Région bruxelloise et à Vilvorde – "50 à Molenbeek et 20 à Vilvorde" – "sont des jeunes collègues qui n'avaient pas encore d'affectation", indique Stéphane Deldicque. Ils ont donc pu être "facilement et très rapidement mobilisés".

"Trop rapidement", précise toutefois le secrétaire permanent de la CSC Police. "Ces gens, comme tout autre travailleur, ont une vie sociale et familiale et, du jour au lendemain, on leur a dit : 'Vous y allez'."

Les syndicats dénoncent aussi les conditions d'accueil et le manque d'information pour ces policiers réaffectés et demandent une réflexion structurelle et la mise en place d'un "canevas pour permettre d'éviter ce genre d'écueils".

D'autant que, ajoute-t-il, les policiers affectés ne le seront pas de manière permanente, car il y aura du mouvement : "Les 50 policiers qui sont arrivés à Molenbeek cette semaine ne seront déjà plus les mêmes si on y retourne dans un mois ou deux, parce qu'ils font partie d'une direction où ils peuvent, comme tout autre inspecteur de police, faire appel à la mobilité. On a l'exemple de quelqu'un qui va débarquer à Molenbeek, suivre une formation de deux semaines, mais, une semaine et demie plus tard, il sera déjà reparti parce qu'il aura une autre affectation".

Une problématique connue, mais jamais suivie d'effets

Ça, c'est pour les bémols. "Pour le reste, on attend de rencontrer M. Jambon la semaine prochaine qui va pouvoir, je l'espère, nous éclairer. Parce qu'avant-hier, lors de notre plateforme de négociations, les représentants des ministres étaient incapables de nous dire quelles missions allaient être revues à la baisse."

Certains diront que les priorités ont changé et justifient cette réaffectation des missions. Mais pour Stéphane Deldicque, il n'y a rien de vraiment neuf : "C'est une problématique connue au sein de la police intégrée bien avant l'arrivée de M. Jambon. Cela fait déjà des années, par exemple avec la formation COPPRAqui est développée depuis maintenant six ou sept ans (Community Policing Preventing Radicalisation & Terrorism, une formation de sensibilisation principalement des agents de proximité à la problématique du radicalisme, ndlr)".

"Le problème est que, de manière structurelle, cela n'a jamais été suivi d'effets au niveau des effectifs. Il y a donc fatalement un déficit. Et, aujourd'hui, on se rend compte que le mandataire politique, pour mettre sa politique en place, il n'a pas le choix : il doit racler les fonds de tiroir. Et nous plaidons à nouveau pour que l'on revienne à un niveau de 1350 unités par an, comme le dit la Cour des Comptes déjà depuis 2004."

Communication et fonds de tiroir

La communication du gouvernement fédéral est particulièrement axée sur la sécurité ces derniers mois, mais, de l'avis de Stéphane Deldicque, ce n'est bien souvent que de la communication. "On avait agité, il y a quelques semaines, un chiffre de 2500 policiers. (…) Sur ces 2500 policiers qui ont été promis, à l'heure où je vous parle, tout ce qu'a pu répondre le ministre de l'Intérieur en Commission, c'est que ces chiffres ne sont que des estimations, qu'il n'y a aucune garantie et que les études doivent encore être faites."

"Pourquoi avoir agité ce chiffre alors ? Si ce n'est qu'on peut éventuellement y voir une communication politique, mais qui, à notre sens, reste relativement maladroite", conclut Stéphane Deldicque.

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