Environnement

Plan "Azote" aux Pays-Bas : pourquoi la colère des agriculteurs néerlandais persiste

Manifestations des agriculteurs aux Pays-Bas

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10 juil. 2022 à 15:37 - mise à jour 11 juil. 2022 à 04:29Temps de lecture3 min
Par Françoise Berlaimont

Des policiers tirent plusieurs coups de semonces et puis ciblent carrément le tracteur qui fonçait vers eux. La scène est impressionnante car elle se déroule aux Pays-Bas et met en évidence la colère des agriculteurs qui manifestaient cette semaine contre le plan gouvernemental de réduction drastique des émissions d’azote.

L’objectif du plan est de préserver les nombreuses zones Natura 2000 du pays. Face à l’ampleur de la crise, un médiateur a été nommé.

Pourquoi ce plan azote?

L’azote est un composé de l’ammoniac et il pollue l’air et les cours d’eau. Il est majoritairement issu de l’élevage et des déjections des animaux. Aux Pays-Bas, le secteur agricole est puissant avec 53.000 exploitations et de nombreux élevages qui totalisent 4 millions de bovins, 12 millions de porcs et 100 millions de poulets pour 17,5 millions d’habitants. Le secteur est directement visé par le plan gouvernemental.

 

Il prévoit de diminuer de moitié les émissions d’azote d’ici à 2030. Surtout, " les trois quarts des zones Natura 2000 doivent retrouver un niveau sain d’azote d’ici 2030 " estiment le Premier ministre Mark Rutte et la ministre de la Nature et de l’Azote Christianne Van der Wal, et ce pour respecter la législation européenne en la matière.

Or, les deux tiers des exploitations dépassent actuellement les seuils acceptables. Cela signifie des réductions pouvant atteindre localement 70% des taux d’émissions actuels. Les Pays-bas sont le pay d'Europ qui rejette le plus d'azote actuellement.

Des objectifs impossibles à atteindre ?

Le gouvernement juge que les objectifs ne peuvent être atteints qu’en fermant certaines exploitations et en se séparant de 30% du cheptel. Selon les experts, il s’agit du seul levier efficace, malgré les efforts fournis ces dernières années pour optimiser les émissions en conservant le même nombre d’animaux. Le secteur agricole bénéficiera de la plus grande partie des 24 milliards d’euros d’aides gouvernementales pour ce plan.

" Les objectifs fixés sont impossibles à atteindre", estime LTO, le principal lobby agricole néerlandais. "De plus, il y a une trop grosse focalisation sur la réduction du nombre d’animaux et l’expropriation d’agriculteurs au lieu de s’intéresser aux façons de gérer différemment les exploitations"

Ce plan devrait perturber tout un écosystème économique centré autour de l’élevage. "Le risque de réduire la production nationale est d’augmenter les importations pour continuer à faire tourner ces infrastructures ", note Alessandra Kirsch, directrice des études du think-tank Agriculture Stratégies, citée par le quotidien français "Les Echos".

Blocus et rayons vides

Depuis un mois, les agriculteurs manifestent leur opposition en manifestant et en bloquant régulièrement les grands axes de circulation. Selon eux, le plan menace carrément leurs moyens de subsistance. Lundi, les exploitants fermiers, soutenus par les pêcheurs, ont enclenché de nouveaux blocages. Ces blocages ont particulièrement concerné les centres de distribution des supermarchés où de nombreux rayons de produits frais et de fruits et légumes se sont retrouvés vides mardi.

L’interprofession de la grande distribution évalue les pertes à "des dizaines de millions d’euros". La chaîne de supermarchés Coop estime quant à elle, avoir subi un préjudice de "plusieurs millions d’euros" à cause de ces blocus.

La plupart des barrages ont été levés mercredi mais la radicalité d’action de certains agriculteurs a forcé LTO à se désolidariser publiquement des fauteurs de troubles. Mais le mécontentement ne semble pas s’apaiser.

Le plan du gouvernement néerlandais pourrait préfigurer des réformes similaires – et des protestations – dans d’autres nations européennes dont les secteurs agricoles rejettent également dans l’environnement de grandes quantités de polluants.

Les agriculteurs comme les gilets jaunes

" Les manifestations contre le plan azote s’inscrivent dans la même idée de décalage entre le peuple et les élites", suggère Michel Maffesoli, sociologue et professeur émérite à La Sorbonne dans les colonnes du "Figaro", au risque d’un "mécanisme de saturation, observé notamment pendant le mouvement des gilets jaunes. Au bout d’un moment, ce genre de processus peut devenir violent", alerte le sociologue.

Pour lui, ces mouvements ont la même cause : "C’est la manifestation du désaccord contre une élite démocratique qui impose des règles de manière abstraite, sans concertation aucune. Ici, ce sont les normes européennes imposées de manière verticale", au service d’une "écologie politique", qui sont remises en cause. "Pendant des décennies, on a adopté aux Pays-Bas un modèle d’agriculture technologique et, subitement, on veut revenir à une agriculture artisanale".

Le plan du gouvernement néerlandais pourrait préfigurer des réformes similaires – et des protestations – dans d’autres nations européennes dont les secteurs agricoles rejettent également dans l’environnement de grandes quantités de polluants. La Belgique, et en particulier la Flandre, est le troisième pays qui rejette le plus d'azote en Europe.

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