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Littérature

“Piranèse”, un roman labyrinthique et ludique

“Piranèse”, un roman labyrinthique et ludique

14 ans après “Jonathan Strange et Mr Norrell”, l'autrice britannique Susanna Clarke fait son retour dans les librairies francophones avec un deuxième roman sinueux et mémorable.

Il est aisé de se perdre dans les premières pages de "Piranèse", dans ses laborieuses descriptions d'un monde labyrinthique immense et complexe. Il faut dire que son narrateur, le mystérieux Piranèse, ne nous épargne aucun détail. Utilisant les points cardinaux comme repère principal, ce curieux personnage recense avec une minutie vertigineuse les éléments de son cadre de vie : ses escaliers, ses innombrables statues, l'infinité de salles de cette cité enfouie, les oiseaux en tout genre qui y habitent, et le rythme des marées qui envahissent les lieux. Trouver ses marques n'a rien d'évident. Non seulement le texte débute-t-il au "premier jour du cinquième mois de l'an où l'albatros est arrivé dans les salles sud-ouest", mais tout semble échapper à la raison, y compris son auteur, qui vit seul dans ce monde, avec pour unique compagnon un homme qu'il surnomme L'Autre et qui lui rend visite deux fois par semaine.

Une entrée de jeu aussi confuse rebutera sans doute certaines personnes, mais "Piranèse" mérite que l’on continue son exploration. C'est un de ces romans qui récompensent les plus persévérants, transformant leur frustration en curiosité. C'est aussi un roman qui fait de ses lecteurs des détectives, nous invitant à chercher entre les mots des indices pour élucider le mystère qu'il recèle. Il y a quelque chose de ludique dans la manière dont le livre se cache et se dévoile, au point qu'on pourrait même le qualifier — surtout dans sa dernière partie — de thriller.

Ce serait néanmoins injuste de ranger dans un genre littéraire particulier un roman aussi élusif. Il y a du fantastique, du drame et de la comédie dans ce récit écrit dans un style assez dépouillé, qui regorge d'idées derrière ses descriptions précises et pragmatiques. On pense au Monde de Narnia, directement cité dans l'épigraphe, mais également à l'allégorie de la caverne de Platon, qui est revisitée d'une manière saisissante, avec de multiples niveaux de lecture. Aussi envoûtants soient les mystères du récit, ce sont les questionnements moraux et philosophiques concoctés par Susanna Clarke qui donnent au roman sa magie et le rendent mémorable. L'égarement n'est jamais très loin dans "Piranèse", mais quel plaisir de se perdre dans son labyrinthe.

 

"Piranèse" ("Piranesi") de Susanna Clarke, traduit de l'anglais par Isabelle D. Philippe, Robert Laffont, 306 pages.

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