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Pinocchio, le bruissant. Du bois un peu lourd.

Pinocchio, le bruissant. Du bois un peu lourd.

Critique:****

Trop de sens tue le sens. C'est l'impression que donnent  les auteurs du spectacle et en particulier Pietro Varasso,  habité depuis son âge tendre  par le mythe du petit enfant  menteur , égoïste et rebelle.

En résumé, les intentions de Varasso travaillant " à quatre mains" avec Savitzkaia- extraites du dossier de presse-:

Il fallait d'abord se distinguer des aventures écrites pour les enfants par Collodi et d'un spectacle récent du metteur en scène français Joël Pommerat. …On installe un dialogue interne, un bruissement, entre le «Je» du Pinocchio, enfant capricieux jusqu'à en devenir dictateur par moments, et une nature plus ancienne et profonde, païenne. Pinocchio, c'est aussi Dionysos, l'arbre, la nature …celui qui veut libérer les humains de leur condition et les conduire vers l’immortalité...Le «deux fois né»(NDLR:contenu dans "Dionysos") me permet de déchiffrer d’étonnants rapports entre le pantin du vieux menuisier, taillé dans une pièce de bois offerte par un véritable enchanteur, et Dionysos adolescent dont le corps sacrifié est retrouvé, dans de nombreux avatars du mythe, dans le tronc d’un arbre (ou dans la cuisse creuse du père des dieux).

Qu'on adapte un conte, qu'on le déforme, qu'on le modernise, ne me dérange pas. Les  expériences très dures de Pinocchio  se prêtent, de fait, à de nombreuses interprétations. Walt Disney en a fait une jolie fable conformiste et moralisante, Joël Pommerat a creusé une veine pessimiste sur la nature humaine- le vieil enfant sauvage sommeille toujours en nous-. Mais avec quelle élégance de mise en scène, pour Pommerat!

Une ligne pas claire.

Ce qui frappe d'abord dans Pinocchio le bruissant , c'est un texte qui ne "chante" pas toujours juste, qui peine à dégager les multiples sens ajoutés (ou retranchés) à Collodi, à dégager une ligne claire et excitante pour les yeux et l'esprit, laissant le "héros" assis entre deux chaises. Le décor d'Olivier Wiame , malgré quelques jolies trouvailles peine à alléger la sauce. Même les costumes de  Natacha Belova, d'habitude remarquables, manquent  parfois d'inspiration, à commencer par  les ridicules caleçons dont elle affuble les malheureux protagonistes, le pauvre Pinocchio, presque constamment. (voir photo). Les personnages secondaires sont les mieux réussis, visuellement, même si vous ne retrouverez ni le grillon de la conscience ni le ventre nourrissant de la baleine, ni le fameux nez de Pinocchio qui s'allonge à chaque mensonge.

Face à ces difficultés d'interprétation (pour le spectateur),  les acteurs semblent un peu perdus, hésitant entre deux registres (y compris dans leur voix prise entre le naturel et l'artificiel, la voix d'enfant -ou du conte pour enfants-  ou la voix d'adulte). Damien Trapletti, qu'on avait aimé dans Grow or go de Françoise Bloch incarne comme il peut un Pinocchio tout sauf "dionysiaque" et Jean-Michel Balthazar joue avec une masse impressionnante un Gepetto menaçant mais très premier degré malgré ses somptueux accoutrements.

Une déception, vous l'aurez compris.  On peut encore  tailler  dans le texte (2h, actuellement, pour un conte pour enfants!) et raffiner et alléger la mise en scène  pour permettre aux acteurs de mieux se défendre.  Car après Liège, ce Pinocchio fera encore  escale à Mons, Namur et  Bruxelles  en une coproduction à 4 mains.

Pinocchio le Bruissant,  d' Eugène Savitzkaia, d'après Collodi, m.e.s de Pietro Varasso, à Liège (Théâtre de la Place) jusqu'au 30 septembre, puis au Manège.Mons du 4 au 7 octobre,  au Théâtre de Namur du 1er au 4 mars 2012, au Varia (Bruxelles) du 17 au 28 avril 2012.

Infos:   http://www.theatredelaplace.be/ http://www.lemanege.com/ http://www.theatredenamur.be/ http://www.varia.be/ /

Christian Jade (RTBF.be)

Critique:****

Trop de sens tue le sens. C'est l'impression que donnent  les auteurs du spectacle et en particulier Pietro Varasso,  habité depuis son âge tendre  par le mythe du petit enfant  menteur , égoïste et rebelle.

En résumé, les intentions de Varasso travaillant " à quatre mains" avec Savitzkaia- extraites du dossier de presse-:

Il fallait d'abord se distinguer des aventures écrites pour les enfants par Collodi et d'un spectacle récent du metteur en scène français Joël Pommerat. …On installe un dialogue interne, un bruissement, entre le «Je» du Pinocchio, enfant capricieux jusqu'à en devenir dictateur par moments, et une nature plus ancienne et profonde, païenne. Pinocchio, c'est aussi Dionysos, l'arbre, la nature …celui qui veut libérer les humains de leur condition et les conduire vers l’immortalité...Le «deux fois né»(NDLR:contenu dans "Dionysos") me permet de déchiffrer d’étonnants rapports entre le pantin du vieux menuisier, taillé dans une pièce de bois offerte par un véritable enchanteur, et Dionysos adolescent dont le corps sacrifié est retrouvé, dans de nombreux avatars du mythe, dans le tronc d’un arbre (ou dans la cuisse creuse du père des dieux).

Qu'on adapte un conte, qu'on le déforme, qu'on le modernise, ne me dérange pas. Les  expériences très dures de Pinocchio  se prêtent, de fait, à de nombreuses interprétations. Walt Disney en a fait une jolie fable conformiste et moralisante, Joël Pommerat a creusé une veine pessimiste sur la nature humaine- le vieil enfant sauvage sommeille toujours en nous-. Mais avec quelle élégance de mise en scène, pour Pommerat!

Une ligne pas claire.

Ce qui frappe d'abord dans Pinocchio le bruissant , c'est un texte qui ne "chante" pas toujours juste, qui peine à dégager les multiples sens ajoutés (ou retranchés) à Collodi, à dégager une ligne claire et excitante pour les yeux et l'esprit, laissant le "héros" assis entre deux chaises. Le décor d'Olivier Wiame , malgré quelques jolies trouvailles peine à alléger la sauce. Même les costumes de  Natacha Belova, d'habitude remarquables, manquent  parfois d'inspiration, à commencer par  les ridicules caleçons dont elle affuble les malheureux protagonistes, le pauvre Pinocchio, presque constamment. (voir photo). Les personnages secondaires sont les mieux réussis, visuellement, même si vous ne retrouverez ni le grillon de la conscience ni le ventre nourrissant de la baleine, ni le fameux nez de Pinocchio qui s'allonge à chaque mensonge.

Face à ces difficultés d'interprétation (pour le spectateur),  les acteurs semblent un peu perdus, hésitant entre deux registres (y compris dans leur voix prise entre le naturel et l'artificiel, la voix d'enfant -ou du conte pour enfants-  ou la voix d'adulte). Damien Trapletti, qu'on avait aimé dans Grow or go de Françoise Bloch incarne comme il peut un Pinocchio tout sauf "dionysiaque" et Jean-Michel Balthazar joue avec une masse impressionnante un Gepetto menaçant mais très premier degré malgré ses somptueux accoutrements.

Une déception, vous l'aurez compris.  On peut encore  tailler  dans le texte (2h, actuellement, pour un conte pour enfants!) et raffiner et alléger la mise en scène  pour permettre aux acteurs de mieux se défendre.  Car après Liège, ce Pinocchio fera encore  escale à Mons, Namur et  Bruxelles  en une coproduction à 4 mains.

Pinocchio le Bruissant,  d' Eugène Savitzkaia, d'après Collodi, m.e.s de Pietro Varasso, à Liège (Théâtre de la Place) jusqu'au 30 septembre, puis au Manège.Mons du 4 au 7 octobre,  au Théâtre de Namur du 1er au 4 mars 2012, au Varia (Bruxelles) du 17 au 28 avril 2012.

Infos:   http://www.theatredelaplace.be/ http://www.lemanege.com/

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