Guerre en Ukraine

Pillages, propagande et démotivation : un soldat russe témoigne des premières semaines de l’offensive en Ukraine

Un soldat russe révèle les conditions difficiles de l'armée en Ukraine

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20 août 2022 à 05:00 - mise à jour 20 août 2022 à 18:02Temps de lecture2 min
Par Benoît Feyt

"Avez-vous déjà vu les tableaux évoquant la mise à sac de Rome par les barbares ? C’est la meilleure façon de décrire ce qui se passait autour de moi." Ces mots sont ceux de Pavel Filatiev, 33 ans, membre 56e régiment aéroporté de l’armée russe qui a mené l’offensive sur Kherson, en Ukraine, le 24 février dernier. Dans un témoignage de plus de 140 pages, posté sur le réseau social russe VKontakte, il raconte ses conditions de vie durant les premières semaines de la guerre et décrit comment son régiment s’est comporté durant l’offensive sur le port de Kherson.

"Tout le monde avait l’air épuisé et sauvage, explique Pavel Filatiev. Nous avons tous commencé à parcourir les bâtiments à la recherche de nourriture, d’eau, d’une douche et d’un endroit pour la nuit. Certains ont commencé à s’emparer d’ordinateurs et de tous les biens de valeur qu’ils pouvaient trouver. Je n’étais pas une exception. […] On s’en foutait de tout, on avait déjà été poussés à bout. La plupart avaient passé un mois dans les champs sans aucune trace de confort, de douche ou de nourriture normale. C’est fou dans quel état sauvage vous pouvez conduire les gens en ne pensant pas au fait qu’ils ont besoin de dormir, de manger et de se laver."

Sous-équipement et manœuvres hésitantes

Dans son témoignage, Pavel évoque encore le sous-équipement de son régiment au début de l’offensive, sa mitrailleuse rouillée, les véhicules dépourvus d’armement, le matériel ancien, les manœuvres hésitantes. "Nous étions une cible idéale", avance-t-il en racontant ces longues semaines passées dans les tranchées près de Mykolaiv, sous le feu de l’artillerie ukrainienne. "Le plan n’était clair pour personne et, comme d’habitude, personne ne savait ce qui avait été décidé en haut lieu."

À en croire son témoignage, le moral des troupes russes s’est rapidement dégradé dès début de l’offensive au point de voir des soldats se mutiler volontairement pour échapper à l’enfer de la guerre en espérant toucher une prime de compensation de l’armée. "La plupart des soldats sont mécontents de ce qui se passe là-bas, poursuit Pavel Filatiev. "Ils sont mécontents du gouvernement et de leurs commandants, ils sont mécontents de Poutine et de sa politique, ils sont mécontents du ministre de la Défense qui n’a jamais servi dans l’armée."

La propagande à l’épreuve du terrain

Ce ressentiment se serait ainsi accentué au fil des semaines, lorsque le mur de la propagande russe a commencé à s’effriter au contact du terrain. "Il m’a fallu des semaines pour comprendre qu’il n’y avait pas de guerre sur le territoire russe… que c’était en fait nous qui attaquions l’Ukraine", explique Pavel. "Éthiquement, ce serait plus facile si l’Ukraine nous attaquait, mais la vérité est que nous avons envahi l’Ukraine et que les Ukrainiens ne nous ont pas invités."

"Je ne vois pas de justice dans cette guerre. Je ne vois pas de vérité ici"

Blessé à l’œil lors de l’offensive sur Kherson, Pavel Filatiev a choisi de témoigner à son retour en Russie. Malgré les risques, il a choisi de raconter son expérience sur le réseau social russe VKontakte avant de fuir à l’étranger. "Je ne peux plus rester silencieux, explique-t-il aujourd’hui. Même si je sais que cela ne changera probablement rien."

Sur le même sujet : extrait du JT du 20/08/2022

Guerre en Ukraine : Témoignage d un soldat russe

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