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Pierre Bannier : "J’aime bien l’idée que Columbo s’appelle Luigi"

Pierre Bannier : "J’aime bien l’idée que Columbo s’appelle Luigi"
13 avr. 2022 à 13:534 min
Par RTBF La Première

Sur nos petits écrans, de manière quasi continue depuis sa première diffusion, la série télévisée Columbo traverse les âges. Pourtant, le goût du public et l’air du temps auraient pu la faire disparaître des grilles de programmes depuis longtemps… C’est qu’au-delà de la particularité des enquêtes policières (les meurtriers sont identifiés dès les premières minutes par les téléspectateurs), il est possible de percevoir des thématiques intemporelles dans le parcours de l’enquêteur mal fagoté. Eclairage avec Pierre Bannier.

Pierre Bannier est l’auteur de
Columbo – le caillou dans la chaussure,
paru en 2021 aux Editions Entremises.

Quel est le prénom de Columbo ?

Beaucoup de gens ont glosé là-dessus ! Plusieurs de ses interlocuteurs, dans les divers épisodes, essaient d'ailleurs de le faire parler, mais avec malice, il répond toujours "lieutenant".

Dans le milieu anglo-saxon, au début de la série, les journalistes ont tenté de l’appeler Joe, prénom souvent utilisé quand on ne connaît pas le prénom d’une personne. Dans un épisode, on entend aussi le prénom Franck, et dans un autre, Bob. Il y a aussi, sur la liste, Philip, sur base d’une nouvelle policière qui est devenue une pièce de théâtre et dont l’affiche mentionnait ce prénom.

Mais pour Pierre Bannier, "si l’on continue dans le délire d’une étude sérieuse sans se prendre au sérieux et si l’on prend toute l’histoire du personnage Columbo, il est états-unien, mais il est fils d’immigrés italiens qui ont fui l’Italie de Mussolini, arrivé au pouvoir en 22. Le personnage de Columbo a à peu près l’âge de Peter Falk, né en 1927."

On peut donc imaginer que, très peu d’années après être arrivés aux Etats-Unis, les parents de Columbo ont dû lui donner un prénom italien. J’aime bien l’idée qu’il s’appelle Luigi.

Columbo, l'anti-recette

Cette série est devenue un classique de la télé alors qu’au départ, il n’y a rien de classique : pas de générique identifiable, pas de rythme de production, pas de personnages secondaires récurrents, un héros qui apparaît au bout d’un quart d’heure…

"C’est une sorte d’anti-recette, qui aboutit, jusque dans les années 2000, au fait qu’on estime que deux milliards de personnes sur terre ont vu, à un certain moment de leur vie, au moins un épisode de Columbo."

Columbo, c’est le héros d’une certaine banalité, qui est sa marque de fabrique. Pierre Bannier parle même d’une super-banalité et de normalité renforcée : "Le lieutenant Columbo est tout sauf remarquable, avec quand même une sagacité naturelle et une connaissance sans égale de la nature humaine."

Mais dans cette super-banalité, Peter Falk, acteur, n’y est pas pour rien. On sait qu’il n’aimait pas trop sortir, s’habiller… Il a mis beaucoup de lui dans son personnage, et même une part de provocation, parce qu’il n’était en réalité pas très intéressé par la télévision. Il était acteur de théâtre et de cinéma, en particulier de films d’auteur, comme dans Femmes sous influence et Husbands, de John Cassavetes.

Cette banalité se traduit à travers plusieurs éléments très reconnaissables : son imperméable, aberration vestimentaire sous le climat de Los Angeles ; sa vieille Peugeot 403 qui ne ressemble à rien ; et son chien…

Ce basset est une idée de Peter Falk à qui on avait demandé d’introduire un personnage secondaire régulier, avec qui développer des interactions. Il n’était pas très enthousiaste et la seule concession qu’il a accepté de faire, c’est ce chien pour lequel il a eu tout de suite une immense tendresse.

Comment expliquer le succès de la série ?

Plusieurs choses s’additionnent pour expliquer ce succès.

Il y a d’abord l’incarnation formidable d’un acteur. C'est la rencontre d’un acteur et d’un rôle. On aime sa nonchalance, sa normalité qui nous permet de nous projeter. Il est un peu lent psychologiquement, intellectuellement, mais il arrive à faire tomber les puissants, alors qu’on sait à quel point c’est difficile.

"Il y a aussi ce fantasme de l’idée de l’égalité des chances et d’une justice immanente." A propos de cette justice absolue qui est rendue à travers ces enquêtes, Pierre Bannier parle de 'sensation réconfortante'.

Il y a peut-être aussi une sorte d’attirance pour le fait que le téléspectateur sait dès le départ tous les tenants et aboutissants du meurtre et est donc plus malin que le lieutenant Columbo. Qui lui-même finira par être plus malin que les esprits supérieurs des gens brillants, scientifiques, avocats, etc…

Donc finalement, quand on éteint sa télévision après un épisode de Columbo, on se dit qu’on n’est pas si mal !

 

Columbo irremplaçable

On ne pourra jamais remplacer Peter Falk, qui est décédé le 23 juin 2011 à 83 ans. Il est hors de question de voir un reboot de la série.

Pour Pierre Bannier, le Columbo moderne serait The Mentalist ; il voit de nombreuses connexions entre les deux séries.

D’abord des connexions directes, comme les enquêtes policières, la localisation, la voiture française, les meurtriers qui évoluent dans un milieu privilégié,…

Et puis les deux axes dans leur manière de mener leurs enquêtes :

  • La bienveillance, avec cette idée de laisser sa chance au criminel. "Je pense qu’elle est réelle chez Patrick Jane, dont toute la famille a été massacrée. Et elle est feinte du côté lieutenant Columbo, qui a construit un personnage qui permet d’arriver à ses fins, sous des airs absolument balourds, idiots et de quasi-clochard."
     
  • Et la provocation, qu’ils pratiquent de manière différente. Columbo fait l’idiot et Patrick Jane pose des questions abominables, avec l’air de ne pas y toucher, pour mieux observer les réactions de ses interlocuteurs.

Plein d'autres choses sont à découvrir dans Columbo – le caillou dans la chaussure, paru aux Editions Entremises. 
Ecoutez la séquence ici >>>

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Columbo - le caillou dans la chaussure

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