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Philippe Henry affirme, à tort, que le féminicide est la première cause de décès des femmes européennes de 16-44 ans

Ce 19 novembre 2022, dans les rues de Paris, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre les violences sexistes et sexuelles et pour dénoncer les dysfonctionnements de la justice dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelle

© NurPhoto

26 nov. 2022 à 17:48 - mise à jour 27 nov. 2022 à 11:47Temps de lecture3 min
Par Romane Bonnemé et Lavinia Rotili avec Ambroise Carton

Contrairement à ce qu’a affirmé, Philippe Henry (Écolo), la première cause de décès des femmes européennes n’est pas le féminicide mais les maladies cardiovasculaires.

À l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes le 25 novembre, le Vice-président du gouvernement de Wallonie, Philippe Henry, a voulu apporter son soutien dans la lutte contre les féminicides.

Dans une publication postée sur Twitter ce vendredi matin, celui qui est également ministre du Climat, de l’Energie, de la Mobilité et des Infrastructures a écrit : "Le féminicide est la 1ère cause de mortalité des femmes de 16 à 44 ans en Europe".

Cette statistique, non sourcée, est pourtant incorrecte. Philippe Henry a depuis reconnu "une erreur". "Le fact checking est fondamental, les chiffres auxquels je me référais dataient, c’était une erreur. Que cela ne nous empêche pas de nous élever contre les féminicides", a-t-il écrit sur Twitter ce dimanche 27 novembre.

© Capture d’écran Twitter

Les maladies cardiovasculaires : première cause de décès des femmes

Selon les dernières données disponibles d’Eurostat, les quatre premières causes de décès chez les femmes des 27 pays de l’Union européenne (UE) étaient en 2016 : les cardiopathies ischémiques, les maladies cérébrovasculaires, les cancers du poumon et les cancers du sein.

Mais les féminicides n’apparaissent pas dans les statistiques européennes pour 100.000 habitants.

Causes de décès pour 100.000 habitants par sexe (en 2016).
Causes de décès pour 100.000 habitants par sexe (en 2016). © Eurostat

Les maladies chroniques comme cause de décès la plus fréquente chez les femmes entre 15 et 49 ans.

En revanche, la base de données de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est un peu plus récente et permet de ventiler les données par tranche d’âge. Pour elle, les causes de décès sont réparties en trois catégories : les maladies transmissibles, comme les maladies infectieuses, parasitaires, les affections maternelles ou périnatales ; les maladies non transmissibles (comprenez : les maladies chroniques) et les traumatismes.

Quand on regarde les dernières données disponibles (2019) pour l’Europe, on s’aperçoit que les femmes décèdent principalement à cause des maladies transmissibles, dont notamment les infections respiratoires. Chez les femmes âgées de 15 à 29 ans et de 30 à 49 ans, ce sont les maladies non transmissibles qui sont responsables de la plupart des décès.

© Malaurie Gallez

La violence interpersonnelle

Selon les données présentes dans les tableaux ci-dessus et ci-dessous, dans la catégorie des traumatismes, en 2019, 7134 femmes seraient décédées suite à des violences interpersonnelles, dont 2559 femmes âgées entre 30 et 49 ans.

© Malaurie Gallez

Du côté de Statbel, les dernières données disponibles remontent aussi à 2019, mais l’office des statistiques se limite à observer que chez les femmes, la principale cause de mortalité sont les maladies de l’appareil circulatoire, suivies des tumeurs. Aucune information donc sur les violences ou ceux que l’OMS qualifie de traumatismes.

Si cela nuance bien les constats du ministre Henry, il faut admettre que les statistiques ne permettent pas d’expliquer si des suicides ou des décès liés à des addictions, par exemple, seraient la conséquence de violences subies.

1225 féminicides en 2020 au sein des 27 pays de l’Union européenne

Selon le site de statistiques Statista, 1225 féminicides auraient été décomptés pour l’année 2020 dans l'UE. La Pologne arrive largement en tête des pays qui comptent le plus ces types de crimes (400), devant l’Allemagne (117), et ensuite l’Italie (102).

Toutefois, il n’existe pas de recensement au niveau européen du nombre de meurtres fondés sur le genre, et les méthodologies de calculs varient d’un pays à l’autre.

Ainsi, en Belgique, les données des services qui accueillent les victimes ne sont pas collectées et uniformisées. Par ailleurs, il est impossible de se baser sur le nombre de plaintes parce que ces dernières ne sont pas genrées.

Chez nous, il existe uniquement un blog, "Stop Féminicides", qui recense les féminicides, mais en se basant uniquement sur les données parues dans la presse. Selon ce décompte, il y a eu au moins 20 féminicides en Belgique depuis le début de l’année.

Pour rappel, il existe une ligne téléphonique gratuite en Belgique francophone, le 0800/30.030, pour renforcer la lutte contre les violences conjugales.

Estimation du nombre de victimes de féminicides dans l’Union européenne en 2020, par pays.
Estimation du nombre de victimes de féminicides dans l’Union européenne en 2020, par pays. © Statista

Cet article a été modifié le 25 novembre suite à la réponse de Philippe Henry puis le 1er décembre pour des modifications mineures et lui redonner son titre initial dans un souci de clarté éditoriale.

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