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Philippe Bormans (Union Saint-Gilloise) sur le Gril : "Le mercato ? Même pour 20 millions, personne ne part !"

Sur le Gril

Philippe Bormans (Union Saint-Gilloise)

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Philippe Bormans (Union Saint-Gilloise) en mode selfie
Philippe Bormans (Union Saint-Gilloise) en mode selfie © Tous droits réservés

Mais où, Diable, s’arrêteront-ils ? Le joli conte unioniste de l’été et de l’automne tourne doucement à l’ulcère pour les cadors du foot belge. Le Directeur Général saint-gillois témoigne de cette évolution… mais évoque aussi le mercato, le Football-Gate, la télévision nippone, Deniz Undav,  le sentiment d’impunité et Tony Bloom. Mais aussi la gestion des émotions, Mogi Bayat, la Bière Cuvée de l’Union, Herman Van Holsbeeck, la pression du titre et Christian Burgess. Mais surtout… la parenté cheval-footballeur. Philippe Bormans passe " Sur le Gril ".

La vision est presque surréaliste : son bureau étroit (avec vue directe sur le terrain du Stade Mariën) est logé dans un des containers provisoires qui servent de secrétariat au club-leader de la D1A. Au service Ticketing, on s’affaire pour gérer au mieux le retour du public (mais juste les abonnés…) à l’occasion de la venue d’Anderlecht dimanche. Le Directeur Sportif Chris O’Loughlin, qui partage le même local, interrompt brièvement l’interview : il a oublié sa mallette. Plus bas, on entend les rires de quelques joueurs qui quittent les vestiaires, après l’entraînement à J-2 du match.

Ce stade, dans ce magnifique Parc Duden, c’est vraiment l’ADN de l’Union " commence Philippe Bormans, le jeune (34 ans) Directeur Général du club jaune et bleu. " Quoi qu’il arrive, le cœur de ce club restera ici : quand on aura notre nouveau stade, on fera jouer les jeunes ici ou même des matches amicaux de l’équipe première. On a investi ici : on a refait le terrain, on a installé le chauffage et on a rénové les tribunes. Et prochainement, on va installer l’éclairage LED et on va restaurer cette magnifique façade. Quand j’ai quitté Saint-Trond (NDLA : où Bormans occupa la même fonction durant 7 ans, sous la présidence de Roland Duchâtelet), j’en avais un peu marre du foot et je voulais changer de milieu. Mais j’ai écouté le projet des repreneurs de l’Union… et j’ai directement été séduit. Il y a une vraie volonté de construire petit à petit et de ne pas se prendre la tête, malgré les résultats actuels. On ne veut pas concurrencer Bruges ou Anderlecht en termes de budget : on veut rester un club sympa et familial… mais qui ennuie régulièrement les grands ! "

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" L’équipe grandit plus vite que le club… "

Engagé dans un calendrier démentiel, et pour cette dernière semaine de mercato, Philippe Bormans a plusieurs fers au feu. Mais il n’en démord pas : pas après pas, match par match.

Les gens commencent à nous parler du titre mais nous, franchement, on n’y pense pas : depuis le début de la saison, on s’est dit qu’on jouait chaque match avec l’envie de le gagner… et qu’on verrait où ça nous mènerait. Pour l’instant, c’est plutôt un parcours sympa, non ? (sourire) On est aussi attentif au contenu des matches : on se dit que si le jeu est bon, les résultats suivront. Mais ça complique aussi les choses… car l’équipe grandit plus vite que le club : l’infrastructure et le budget ne sont pas au diapason et on tourne toujours avec une perte opérationnelle qui est épongée par les propriétaires du club. " (NDLA : le club appartient aux Britanniques Tony Bloom, également propriétaire de Brighton, et Alex Muzio)

" On est la Feel Good Story du foot belge… "

En cette dernière semaine de mercato, ça s’active forcément autour de l’équipe-phare de la saison.

On est un peu la ‘Feel Good Story’ (sic) du football belge… et par les temps qui courent, avec ce Footgate qui nous sidère tous, ça fait plutôt du bien. Mais c’est vrai que des offres pour nos joueurs, j’en reçois chaque jour. Mais je ne m’inquiète pas : on a un groupe très mature qui est conscient qu’il est en train d’écrire une histoire incroyable… et que cette chance ne passera peut-être qu’une fois dans leur carrière de joueurs. Ils veulent vivre cette aventure ensemble… et jusqu’au bout : ce n’est pas 4 ou 5 mois qui vont changer leur destin. Donc, oui j’ai des offres… mais non, personne ne partira cet hiver. Et même pour 10, 15 ou 20 millions d’euros ! On doit aussi rester crédible : on demande aux joueurs de rester… et puis nous, à la première grosse offre, on adopterait l’attitude inverse ? Non, ça ne va pas ! Mais pour l’été, ce sera autre chose : là, on sera ouvert… et c’est normal car les joueurs auront bien mérité de penser à leur avenir. Mais je ne suis pas surpris par leur sérénité : notre recrutement inclut un aspect psychologique, on s’intéresse au background des joueurs et leur manière de vivre leur métier et leur vie de groupe. Beaucoup de nos joueurs ont connu des moments très difficiles dans leur carrière : ils ont donc leurs pieds bien sur terre ! "

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" Les copains d’Undav se moquaient de lui "

Ainsi, Deniz Undav aurait déjà signé pour un club de Bundesliga… mais en vue d’un départ en fin de saison. Le gardien Anthony Moris a connu le chômage… mais est considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs portiers de D1A.

On n’engage pas que des footballeurs, on engage aussi des hommes : des mecs prêts à aller à la guerre… car justement, ils ont connu l’envers du décor. On leur explique notre histoire et on voit s’ils adhèrent... Undav a pris le risque de venir ici quand on était en D1B : ses copains en Allemagne se moquaient de lui ! Christian Burgess avait un vrai statut en Angleterre mais il est quand même venu… et son engagement social (NDLA : le défenseur britannique milite dans des actions en soutien aux sans-abris) colle à ce qu’on veut aussi dégager comme club social. Bram Nieuwkoop vient de Feyenoord, il jouait chaque semaine au Kuip de Rotterdam… et il a fait une drôle de tête quand il a vu notre stade la première fois ! Tous ces gars ne sont pas venus ici pour leur portefeuille… et ne passent pas leur vie en boîte de nuit ou au volant de grosses bagnoles ! (sic) Et c’est ça qu’on veut protéger… notamment dans le dossier du stade : car jouer au Heysel, comme on l’a fait il y a 4 ans, ce serait tuer l’esprit du club ! "

" Un stade formaté sur Gand "

En début de semaine, trois sites ont été retenus pour le futur stade de l’Union : le site du stade actuel, l’ancien stade de La Forestoise (derrière la salle de concert toute proche de Forest-National) et enfin le site le plus probable, en bordure du Ring derrière Audi Forest.

" C’est un dossier très complexe… comme chaque fois qu’on veut bâtir un nouveau stade en Belgique : on le voit avec le Stade Roi Baudouin, le Club Bruges, Charleroi ou encore Courtrai... Seule La Gantoise a réussi son pari jusqu’ici… et c’est un peu le modèle qu’on veut suivre : un stade de 17.000 places, qui peut monter à 21.000 pour l’Europe. On ne demande que les permis : le financement, on le fera nous-même ! Nos investisseurs ont une enveloppe de 60-70 millions pour ce stade… et on aimerait déjà apporter une réponse aux supporters en fin de saison. Avec pour objectif un nouveau stade en 2024.C’est capital pour l’avenir du club… car si le propriétaire se retire, et ça arrivera forcément un jour, le stade sera toujours là pour assurer la pérennité de l’Union. "

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Impossible d’éviter le sujet brûlant qui embrase le football belge : les scandales de corruption et de blanchiment… qui ont notamment envoyé Herman Van Holsbeeck en prison.

Je suis très triste pour Herman, que j’ai toujours connu comme personne très sympathique, respectueuse et correcte. Ca fait mal de voir tout ça… mais si des choses ont été faites, les personnes impliquées doivent être punies. Mais c’est aux tribunaux à faire leur travail : la justice ne se fait pas dans les médias. On a sans doute trop laissé faire, et pendant trop longtemps, et cela a créé un sentiment d’impunité. On parle de faux contrats de scouting, et si ça marchait, certains en ont sans doute fait une habitude. Mais moi, que ce soit à Saint-Trond ou ici, on ne m’a jamais rien proposé de ce genre-là… Après, c’est vrai que vous vous posez des questions quand vous voyez qu’avec le même budget que vous, un autre club arrive à engager un joueur que vous convoitez : c’est très frustrant… "

" Le foot n’est pas peuplé que de gangsters ! "

Et d’aborder les relations avec les agents du milieu, ces personnages centraux… mais souvent sulfureux.

Vous savez, les managers, c’est comme quand vous rencontrez une fille : ils tâtent un peu le terrain, ils voient si ça prend… mais si vous montrez que vous n’êtes pas intéressé, ils n’insistent pas. Il ne faut jamais ouvrir la porte à ce genre de choses… sinon vous êtes définitivement coincés. On cite aussi beaucoup Mogi Bayat… mais moi, je n’ai jamais eu de problèmes avec lui. C’est même un agent très efficace pour convaincre des joueurs. Mais nous, on scoute des joueurs partout dans le monde… et si leur profil nous intéresse, on contacte ensuite leur agent. Mais dans un second temps ! Pas question de donner les clés du club à un même agent qui aurait plusieurs joueurs sous contrat chez nous… et c’est vrai que certains clubs ont fait ça. Oui, l’image actuelle du foot n’est pas belle, mais je pense que ce scandale concerne une minorité de personnes… et qu’il va permettre de nettoyer le milieu : le monde du foot n’est pas peuplé que de gangsters ! (sic) Je vois cette affaire comme une chance de repartir d’une page blanche. Le foot garde une force plus grande que n’importe quel autre secteur : au stade, je croise chaque semaine des gens qui y oublient leurs soucis de la semaine. Et quand les Diables Rouges jouent, tout le monde est uni… et on oublie nos divisions. "

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" Je déconnecte à cheval "

Promu à 25 ans Directeur Général de Saint-Trond par Duchâtelet, Philippe Bormans semble en permanence maître de ses émotions : peu probable de le voir escalader les grillages après un but marqué.

C’est ce qu’on me reproche souvent : de peu montrer mes sentiments. J’aime le foot… mais c’est vrai que, même après notre victoire lors de la première journée à Anderlecht, je suis resté très calme : je me projetais déjà dans le match d’après… A l’inverse, je reste positif même après une défaite. J’ai vu trop de gens perdre leur santé à force de ne jamais déconnecter. J’ai la passion de l’équitation et je possède une soixante de chevaux d’obstacles : quand je vais les voir le soir dans leur box, j’oublie le foot. Mais c’est aussi un business… comme pour les footballeurs. Mais ça n’empêche pas de rester humain dans une négociation et de rechercher la satisfaction de chacun. "

" Les Japonais sont profilés pour notre foot "

A l’image de nombre de clubs belges de D1A, l’Union a pris l’accent nippon : après l’ailier Kaoru Mitoma, les Saint-Gillois ont accueilli cet hiver le défenseur Koki Machida. Et à Saint-Trond, Bormans avait justement accueilli des repreneurs japonais.

" On me demande souvent si nos matches sont suivis à la télé japonaise, mais franchement… je n’en sais rien ! Ces opérations n’avaient rien de commercial : on n’a regardé que l’aspect sportif. Maintenant, c’est vrai que les footballeurs japonais ont de bons profils pour notre championnat : ils sont rapides, techniques et très disciplinés. Le football a explosé là-bas depuis la Coupe du Monde 2002 et ce sont les enfants de cette génération-là qui apparaissent aujourd’hui. Au Japon, ils savent aussi que la Belgique est une bonne entrée en Europe… et un bon tremplin vers les grands championnats : Takehiro Tomiyasu, que j’ai connu à Saint-Trond, est aujourd’hui à Arsenal ! Mais ne croyez pas que les joueurs japonais sont moins chers : s’ils visaient le financier, ils resteraient chez eux car ils y gagnent bien leur vie. Ce qui prouve qu’ils viennent ici pour le challenge sportif : on gagne donc des joueurs très déterminés. "

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" On ne se cassera pas la gueule… "

Le projet unioniste est donc global, voire mondialisé. Mais ses propriétaires n’en font pas pour autant la danseuse du Président.

Le génie de Tony Bloom et d’Alex Muzio est d’avoir compris… et préservé la culture de l’Union. C’était leur but : ils cherchaient un club avec une âme et une histoire. Ce club dormait depuis 50 ans dans les divisions inférieures et ils ont parié sur son potentiel. Ils nous laissent travailler sans vouloir imposer leur mode de management. Mais au début, en D1B, on nous regardait de travers. Les gens se disaient : ‘encore des types qui vont se pousser du col, monter en D1A, puis tout dépenser en pseudo-vedettes’… Ces gens-là se sont bien trompés. Je sais qu’à l’époque e le club avait connu de grandes années, avant de se casser la gueule. Cela n’arrivera plus : on est là… et pour longtemps. Mais en sachant notre place et sans se prendre pour quelqu’un d’autre… On prendra tout ce qui viendra… Et si on est champion, je boirai avec Felice Mazzù une bonne bière ‘Cuvée de l’Union’ qu’on produit nous-mêmes ! "

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